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Histoire de Notre-Dame de Paris
La cathédrale des cathédrales françaises, qui se dresse à la pointe Sud-est de l'île de la Cité, est la quintessence de l'art français du Moyen-Age.
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Outre l'importance de Notre-Dame sur le plan architectural, ce monument n'a cessé d'inspirer poètes, artistes et musiciens, de François Villon à Victor Hugo et Paul Claudel. Le succès de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, de Luc Plamandon et Richard Cocciante, prouve le caractère intemporel du monument. Il est indissociable de l'histoire religieuse, politique et artistique de notre pays.

A l'origine temple gallo-romain, puis basilique chrétienne et église romane, Notre-Dame occupe un espace voué au culte depuis vingt siècles. Le premier groupe épiscopal, construit à l'emplacement de Notre-Dame, est mentionné par Grégoire de Tours au VIème siècle. Il comprenait une église consacrée à saint Etienne, une deuxième église consacrée à Notre-Dame construite par Clovis après le guérison de son fils Childebert, et un baptistère dédié à saint Jean. Cet ensemble recouvrait des édifices païens dont on a retrouvé des pierres sculptées lors de l'aménagement du choeur par Robert de Cotte, au XVIIème siècle.

Maurice de Sully, fils d'une bûcheronne de Sully-sur-Loire devenu évêque de Paris en 1160, décidera de la construction de la cathédrale. Le monument devait bénéficier des découvertes récentes permettant de faire entrer davantage de lumière à l'intérieur des édifices. La nouvelle architecture ogivale, dénommée ensuite gothique (barbare), permettra de faire supporter les efforts sur les piliers et les contreforts. Les murs, ainsi soulagés, seront moins épais et percés de hautes et larges fenêtres. Notre-Dame, précédée par la basilique Saint-Denis et les cathédrales de Sens et de Laon, sera l'un des premiers grands édifices gothiques construits en France. Le caractère sombre de l'intérieur de la cathédrale s'explique par cette ancienneté.

Maurice de Sully fera raser l'église du VIème siècle dédiée à saint-Etienne, en préservant le portail d'Etienne de Garlande (portail Sainte-Anne de la façade occidentale). Le royaume de Louis VII connaissait alors une période d'essor exceptionnelle. La nouvelle cathédrale mobilisera 5.500 m² de surface au sol. Le tissu urbain sera profondément transformé. Le projet entraînera la destruction des tous les abords, à l'exception de l'enclos canonial et du baptistère. Un parvis sera aménagé par le déplacement, à l'Est, de la façade occidentale. La rue Neuve-Notre-Dame sera tracée afin de permettre le transport des matériaux sur le chantier.

Les travaux débuteront à partir du chevet. L'élévation intérieure s'étagera sur quatre niveaux, avec une file de roses au-dessus des galeries. Les tribunes seront ouvertes vers l'extérieur. Il n'existera aucun arc-boutants. Les travaux dureront près de deux siècles (de 1163 à 1351). L'architecte de génie à l'origine du projet demeure inconnu. Un nouvel architecte, désigné dans les années 1170, entreprendra l'ouverture des tribunes sur la nef par trois baies au lieu de deux. Le maître-autel sera consacré en 1182 par le cardinal légat. Un troisième architecte lancera, avant l'achèvement de la nef, la construction du massif occidental jusqu'au niveau de la galerie des Rois. Il réalisera également le parvis. La façade sera raccordée aux maçonneries de la nef, vers 1210-1220, par un quatrième architecte. Celui-ci modifiera le projet initial en remplaçant la formule de la colonne par une composition similaire à celle de la cathédrale de Chartres.

Le projet subira, au XIIIème siècle et au début du XIVème siècle, d'importantes modifications dans le style du gothique rayonnant qui permettront d'ouvrir la cathédrale à la lumière. Les fenêtres des parties hautes de la nef seront agrandies vers 1225-1230. Les transformations entraîneront la disparition du niveau des roses. La toiture des combles des tribunes sera remplacée par des terrasses et des arc-boutants qui permettront l'évacuation des eaux de pluie. La flèche sera érigée au centre du transept.

Jean de Chelles se verra confier la réalisation de nouvelles façades de chaque coté du transept et réalisera le coté Nord. Les fondations seront élargies, entre 1250 et 1258, afin de construire les chapelles. Pierre de Montreuil, célèbre bâtisseur et architecte de la Sainte-Chapelle à qui l'on doit l'agrandissement de Saint-Germain-des-Prés, lui succèdera en 1265. Il donnera naissance aux premières chapelles du choeur. Pierre de Chelles et Jean Ravy prendront le relais, de 1296 à 1325. Ils lanceront les grands arcs-boutants à simple volée au-dessus de l'abside et entreprendront la construction du jubé et de la clôture de pierre fermant le choeur. Jean le Bouteiller, neveu de Jean Ravy, achèvera les travaux en 1351. Ces bâtisseurs de génie, qui consacreront le meilleur de leur art à la création du monument, mobiliseront une armée de tailleurs de pierres, charpentiers, forgerons, sculpteurs et de verriers. La frise qui orne le déambulatoire date du milieu du XIVème siècle, période au cours de laquelle presque la moitié de la population française, soit environ dix millions de personnes, périra de la peste. Les couleurs des tableaux sculptés (la plupart sont l'oeuvre de jean Ravy) ont été rénovées pour le huitième centenaire de la cathédrale en 1963.

Bien avant son achèvement, Notre-Dame sera le théâtre d'événements religieux et politiques qui marqueront l'histoire de France. Saint Louis y déposera la Couronne d'Epines en 1239, avant la consécration de la Sainte-Chapelle. Philippe le Bel, opposé à Boniface VIII après la disparition violente des Templiers, réunira les premiers Etats généraux du Royaume à Notre-Dame en 1302, afin d'affirmer l'indépendance de la France à l'égard de la papauté. Cette dernière s'installera, à partir de 1305, à Avignon pour une durée de soixante-dix ans. Le jeune roi d'Angleterre, Henri VI, y sera couronné en 1430. Le procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc s'ouvrira à Notre-Dame en 1455. Le très politique mariage de la catholique Marguerite de Valois et du huguenot Henri de Navarre sera célébré dans la cathédrale en 1572. Ce dernier devra rester à la porte au cours de la cérémonie : "Paris vaut bien une messe" dira-t-il à cette occasion ...

La cathédrale hébergera d'importantes corporations, notamment celle des orfèvres qui contribueront à l'enrichissement de son patrimoine. Ces derniers, qui possèdent une chapelle, fonderont la confrérie de sainte Anne et saint Marcel. Ils feront, à partir de 1549, un don à la Vierge le Ier mai de chaque année. Ils offriront un arbre vert, le "May flamboyant", puis un autel portatif fait de feuillages. Il faudra attendre l'année 1630 pour que le premier tableau soit offert. Cette tradition, qui se poursuivra jusqu'en 1707, permettra de réunir soixante-seize peintures commandées à des peintres de renom parmi lesquels Charles Le Brun, Sébastien Bourdon et Eustache Le Sueur. Chaque tableau, de 11 pieds de haut (environ 3.50 mètres) sur 8 pieds et 6 pouces de large (environ 2.75 mètres) prendra essentiellement pour thème la vie des Apôtres. Ils seront accrochés dans les chapelles latérales et dans la nef. La plupart de ces grands tableaux seront dispersés à la Révolution. Un certain nombre ont retrouvé leur emplacement d'origine, d'autres rejoindront le Musée du Louvre et certaines églises ou musées de province.

Bossuet prononcera ici, en 1687, l'un des plus beaux textes de la littérature française, l'oraison funèbre du prince de Condé. Notre-Dame souffrira de mauvais traitements à partir du XVIIème siècle que. Le goût croissant pour l'art gréco-romain et le mépris que l'on éprouvera pour le Moyen-Age, perçu comme une époque d'obscurantisme, en seront la cause. Louis XIII, qui ne parvenait pas à doter la France d'un dauphin, fera le voeu de placer la France sous la protection de la Vierge s'il parvenait à concevoir un fils. Louis XIII et Anne d'Autriche attendront vingt-trois ans de mariage avant de donner un héritier au trône. Ils attribueront le deuxième prénom de Dieudonné à l'enfant. Louis XIII qui décédera en 1643 alors que son fils n'a que quatre ans et demi, ne pourra élever un nouveau maître-autel à Notre-Dame et offrir au choeur un groupe sculpté représentant une pietà. Louis XIV réalisera le voeu de son père soixante années plus tard.

Le projet baroque de Robert de Cotte, préféré à Jules-Hardouin Mansart, entraînera la destruction du jubé et transformera le choeur gothique. Les ogives seront dissimulées par des arcades de marbre en plein cintre et piles massives seront recouvertes de pilastres. Guillaume Coustou et Antoine Coysevox sculpteront respectivement les statues de Louis XIII et de Louis XIV, de part et d'autre d'une Vierge de pitié réalisée par Nicolas Coustou. Les six anges de bronze qui entourent l'ensemble portent chacun un objet qui symbolise la Passion du Christ : une couronne d'épines, les clous de la crucifixion, l'éponge imbibée de vinaigre, l'inscription qui surmontait la croix, le roseau ayant frappé le Christ et enfin la lance ayant transpercé le coeur. Les stalles de Dugoulon et Charpentier, construites sur le pourtour du choeur, seront surmontées de huit peintures dont il ne subsiste plus que celle accrochée aujourd'hui dans la chapelle Saint-Guillaume. Le pavement en marbre polychrome perdra une partie de son intégrité lors des travaux entrepris par Viollet-le-Duc au XIXème siècle. Ce dernier, soucieux de rétablir la cohérence de la cathédrale, conservera les stalles mais remplacera les arcades par des chapiteaux et des ogives dans le style du XIIIème siècle.

Notre-Dame de Paris subira d'autres dégradations au XVIIIème siècle. Germain Soufflot détruira le trumeau ainsi que les deux linteaux inférieurs du Portail du Jugement dernier afin de permettre le passage du dais lors des cérémonies processionnelles. A la même époque, les anciens vitraux du choeur seront remplacés par du verre blanc. La Révolution entraînera la destruction des "gothiques simulacres", de la flèche, et enverra à la fonte les objets de bronze ou de métal précieux. Une partie de la statuaire, déposée par Alexandre Lenoir au Musée des Monuments français, échappera au vandalisme. Devenu temple de la Raison, Notre-Dame sera ensuite transformée en entrepôt.

Napoléon Ier, qui rendra au culte la cathédrale en 1802, y sera sacré empereur le 2 décembre 1804. L'édifice, pour la circonstance blanchi à la chaux, sera dissimulé sous les décors de style troubadour de Charles Percier et François-Léonard Fontaine. Les drapeaux d'Austerlitz, accrochés aux murs, masqueront le délabrement intérieur de la cathédrale.

Le gouvernement de Louis-Philippe, soumis à la pression du mouvement romantique incarné par le roman de Victor Hugo intitulé Notre Dame de Paris (1831), confiera en 1843 les travaux de réhabilitation de la cathédrale à Jean-Baptiste Lassus et Eugène Viollet-le-Duc, déjà associés pour la restauration de la Sainte-Chapelle. Le premier disparaîtra en 1857. Viollet-le-Duc assumera seul le chantier jusqu'à sa mort, en 1879. L'important programme entraînera la construction de la sacristie (qui abrite aujourd'hui le Trésor), sur le flanc sud, l'érection d'une nouvelle flèche à la croisée du transept, et l'apparition d'une nouvelle statuaire - pas toujours conforme au projet initial - à laquelle sera associé l'atelier de Victor Geoffroy-Dechaume.

Depuis 1992, les progrès de technologie permettent de redonner à la pierre extérieure de la Cathédrale noircie par les siècles, sa pureté et sa blancheur originales. Les analyses distingueront deux couches distinctes de pollution, une partie brune correspondant à la partie de la pierre exposée à l'air et aux rayons du soleil et une couche noire de surface constituée de gypse. La partie crasseuse, représentant un danger pour la pierre, sera éliminée. Les sculptures seront traitées par laser, micro gommage et compresses humides afin de pulvériser la poussière sans altérer la patine du temps. Les pierres trop abîmées seront remplacées à l'identique à partir de calcaire coquillé prélevé en région parisienne. Un réseau de fils électriques, invisibles du sol, entraînera le départ des pigeons.