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Le Second Concile de Nicée (787)
Le chanoine Adolphe-Charles Peltier, dans son Dictionnaire universel et complet des conciles publié dans l'Encyclopédie théologique en 1847, rapporte les travaux du second concile oecuménique de Nicée (787) qui rétablira l'usage des images religieuses.
Sommaire   

1. L'ouverture du concile
2. Première session
3. Deuxième session
4. Troisième session
5. Quatrième session
6. Cinquième session
7. Sixième session
8. Septième session
9. Les vingt-deux canons
Article   
Première session
L'usage des images est très ancien dans l'Église : on en voyait dès les premiers siècles ; mais cet usage a varié suivant les temps. Nous parlons des images en peinture, et non pas des images en relief : celles-ci n'ont eu lieu que plus tard, si ce n'est dans les portiques des églises, où on en voyait dès le septième siècle, surtout en France.

Théodore, le Lecteur rapporte qu'Eudocie envoya de Jérusalem à l'impératrice Pulchérie une image de la Mère de Notre-Seigneur, qu'on disait avoir été peinte par l'évangéliste saint Luc. Eusèbe de Césarée, parlant de la statue de Jésus-Christ dressée par la syro-phénicienne, ainsi qu'on le disait, remarque qu'il n'était point surprenant que les païens, qui avaient reçu du Sauveur tant de bienfaits, lui eussent en reconnaissance fait dresser une statue ; puisque nous voyons encore, ajoute-t-il, les images de saint Pierre, de saint Paul et même de Jésus-Christ, faites en peinture. Il serait inutile de rapporter ce que les anciens écrivains ont dit des images ; mais il n'est pas aisé de montrer que l'Église en ait exigé le culte dans tous les temps : seulement il est certain qu'elle ne l'a jamais désapprouvé, et la raison seule montre que les images des saints sont respectables par elles-mêmes. Peut-être l'Église s'est-elle dispensée de leur décerner un culte dès le commencement, de peur que les gentils qui, en se convertissant à la foi, quittaient leurs idoles, n'y retombassent en honorant les images. C'est pour cette raison que les évêques ont jugé à propos de ne pas admettre dans leurs églises l'usage des images, afin qu'elles ne pussent être un sujet de scandale aux gentils. Le concile d'Elvire défendit d'en peindre sur les murailles ; mais il paraît qu'il fit cette défense par un autre motif ; savoir qu'il y avait lieu de craindre qu'elles ne fussent profanées par les infidèles dans les temps de persécution.

Les plus habiles théologiens conviennent que les images sont une de ces choses qu'on appelle indifférentes, c'est-à-dire, qui ne sont point absolument nécessaires au salut, ni de la substance même de la religion, et qu'il est au pouvoir de l'Église d'en faire usage ou non, selon les circonstances des temps et des lieux. Mais du moment où elle en eut permis l'usage, les fidèles, par un amour respectueux pour Jésus-Christ, pour sa très-sainte Mère et pour les autres saints, témoignèrent beaucoup d'ardeur pour leurs images, et d'horreur pour ceux qui les méprisaient. Cela se remarqua non seulement dans le peuple fidèle moins instruit, mais encore dans les évêques et les autres pasteurs, qui trouvèrent bon que l'on mît des images dans les églises, principalement parce qu'elles servaient de livres à ceux qui ne savaient pas lire ; qu'elles apprenaient à ceux qui les regardaient les actions admirables de Jésus-Christ et des saints, et qu'elles étaient utiles à ceux qui savaient déjà ces actions, pour leur en rafraîchir la mémoire.

On ne poussa guère plus loin le culte des images dans les premiers siècles. Depuis on y ajouta des marques plus sensibles de respect et de vénération, comme de les baiser, de les saluer, de s'agenouiller, de brûler devant elles de l'encens et des cierges. Quelques-uns s'élevèrent contre cet usage, comme s'il eût été superstitieux ; d'autres le tolérèrent comme rendu par simplicité, et d'autres l'approuvèrent, pourvu que ce culte fût relatif, et que l'honneur que l'on rendait aux images se reportât à la personne qu'elles représentaient.

Les Juifs, qui ne pouvaient souffrir que l'on rendît un culte public à l'image de celui qu'ils avaient attaché à une croix, persuadèrent au calife Yézid, qu'en faisant effacer toutes les peintures qui étaient dans les églises des chrétiens, soit sur des planches de bois, soit en mosaïque sur les murailles, soit sur les vases sacrés et les ornements des autels, son règne serait de longue durée. Le calife, ajoutant foi à cette promesse, envoya une lettre circulaire par tout son empire, portant ordre de supprimer les peintures qui se trouvaient non seulement dans les églises, mais aussi sur les places publiques pour l'ornement des villes. C'était vers l'an 724. Trois ans après, l'empereur Léon l'Isaurien, frappé de certains événements extraordinaires arrivés sur mer, et les prenant pour des marques de la colère de Dieu irrité, à ce qu'il pensait, de l'honneur que l'on rendait aux images de Jésus-Christ et des saints (car il regardait ce culte comme une idolâtrie, et il avait appris des Musulmans à penser ainsi), fit assembler le peuple, et dit hautement que faire des images était un acte d'idolâtrie, et qu'à plus forte raison on ne devait pas les adorer. Il n'en dit pas davantage alors ; mais au mois de janvier de l'an 730, il fit un décret contre les images, et voulant en commencer l'exécution par l'image de Jésus-Christ qui était placée dans le vestibule du grand palais, il la fit ôter, jeter au feu, et mit à la place une simple croix, avec une inscription qui marquait qu'on en avait ôté l'image.

Saint Germain, patriarche de Constantinople, s'éleva en vain contre cet édit ; le pape Grégoire II ne fut pas plus heureux dans les avertissements et les menaces qu'il fit à ce prince. Son fils Constantin dit Copronyme, qui lui succéda en 741, ne se déclara pas moins ouvertement que son père contre les images. Il poussa l'impiété jusqu'à mépriser non seulement les saints, mais Jésus-Christ. En 754, ce prince fit assembler un concile à Constantinople ou plutôt dans un palais vis-à-vis de cette ville, sur la côte d'Asie : trois cent huit évêques s'y rendirent ; et tous, soit par flatterie, soit parce qu'ils pensaient en effet comme l'empereur, dirent anathème à quiconque adorait les images. Ils ne pouvaient toutefois ignorer que le terme d'adoration se prend en deux manières dans l'Écriture : l'une, qui convient à Dieu seul, l'autre, qui n'est qu'en l'honneur que nous rendons aux amis de Dieu, à cause de lui-même, ou que les hommes se rendent mutuellement, comme lorsque Jacob adora son frère. Entre autres raisons que les évêques iconoclastes rendirent de la condamnation des images, ils alléguèrent dans leur définition de foi, que c'était faire injure aux saints qui vivent avec Dieu, que de les représenter avec une matière morte et mise en oeuvre par des païens, comme s'il n'y eût point eu de chrétiens qui sussent l'art de peindre.

Constantin Copronyme étant mort en 775, après un règne de trente-quatre ans et de près de trois mois, son fils Léon lui succéda. Pendant son règne, qui ne fut que de cinq ans, il se conduisit diversement à l'égard des images. D'abord il témoigna de la piété et du respect pour la sainte Vierge ; mais sur la fin il se déclara contre les images, et fit souffrir plusieurs tourments à ceux qui les honoraient. Il eut pour successeur son fils Constantin ; mais ce jeune prince, en 780, qui fut l'année de la mort de son père, n'étant point en état de gouverner l'empire, Irène sa mère en prit les rênes.

Comme elle se montra zélée pour la religion catholique, on commença sous son règne à parler librement pour le culte des images. Taraise, qu'elle fit élire pour patriarche de Constantinople en 784, refusa d'accepter le gouvernement de cette Église, jusqu'à ce que l'impératrice lui eût promis d'assembler un concile oecuménique, pour réunir les Églises d'Orient, qui étaient divisées au sujet des images. On le lui promit : et quelque temps après son acceptation, Irène fit expédier les lettres pour la convocation du concile, au nom de Constantin son fils, et au sien.

Ces lettres ayant été envoyées à tous les évêques de l'empire, ils se rendirent à Constantinople en même temps que les légats du pape Adrien, à qui l'impératrice Irène avait communiqué, dès l'an 785, la résolution qu'elle avait prise avec le patriarche Taraise d'assembler un concile universel. L'empereur et l'impératrice étaient alors en Thrace. Les évêques iconoclastes, profitant de leur absence, s'opposèrent à la tenue du concile, disant qu'il fallait s'en tenir à ce qui avait été décidé dans la même ville en 754, contre les images.

Le patriarche Taraise, informé que ces évêques tenaient des assemblées particulières, leur fit dire qu'ils ne pouvaient en tenir à Constantinople sans son agrément, sous peine d'être déposés suivant les canons. Sur cet avis, les évêques cessèrent de s'assembler. Irène et Constantin étant de retour en cette ville, l'ouverture du concile fut fixée au premier jour d'août de l'an 786, et le lieu dans l'église des Saints Apôtres. La veille, des soldats furieux entrèrent le soir dans le baptistère de l'église, criant en tumulte qu'il n'était point permis d'assembler un concile.

Le patriarche en fit son rapport à l'impératrice, qui ne crut pas que l'on dût pour cela différer de l'assembler. Il s'assembla en effet le lendemain. Comme on avait commencé à lire quelques lettres synodiques, les soldats poussés par les évêques du parti iconoclaste entrèrent dans l'église l'épée à la main, menaçant de tuer le patriarche, les évêques orthodoxes et les abbés. L'empereur et l'impératrice, qui étaient dans les galeries hautes, d'où ils pouvaient voir le concile, envoyèrent les soldats de leur garde pour arrêter le tumulte.

Les Iconoclastes étant sortis, le patriarche Taraise célébra les saints mystères avec les catholiques : mais l'impératrice lui envoya dire à lui et aux autres évêques de se retirer, afin d'éviter l'emportement du peuple. Il était environ midi, et chacun se retira chez soi pour prendre sa réfection ; car ils étaient tous à jeun. Au mois de septembre suivant, l'impératrice fit sortir de Constantinople toutes les troupes qui avaient servi sous l'empereur son beau-père, et qui étaient infectées de l'erreur des iconoclastes ; puis les ayant fait passer en Anatolie, elle les obligea de poser les armes, les cassa toutes, et en leva de nouvelles dont elle s'assura. Au mois de mai de l'année suivante, elle envoya convoquer de nouveau tous les évêques pour tenir le concile à Nicée en Bithynie.

Première session