 Le chanoine Adolphe-Charles Peltier, dans son Dictionnaire universel et complet des conciles publié dans l'Encyclopédie théologique en 1847, rapporte les travaux du second concile oecuménique de Nicée (787) qui rétablira l'usage des images religieuses.  | Sommaire |  |
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On lut dans la septième session, qui est du 13 d'octobre 787, la confession de foi du concile, et les deux décrets touchant les images. La confession n'est autre chose que le symbole de Nicée ; mais il est suivi d'anathèmes contre les hérétiques qui se sont depuis élevés dans l'Église ; en particulier, contre Nestorius, Eutychès, Dioscore, Sévère, Pierre et leurs sectateurs. On anathématisa encore les fauteurs d'Origène, d'Evagre et de Didyme, Sergius, Honorius, Cyrus et les autres qui n'ont point reconnu deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ. Vient ensuite le décret touchant les images, qui est conçu en ces termes :
"Ayant employé tout le soin et l'exactitude possible, nous décidons que les saintes images, soit de couleur, soit de pièces de rapport, ou de quelque autre matière convenable, doivent être exposées, comme la figure de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tant dans les églises, sur les vases et les habits sacrés, sur les murailles et les planches, que dans les maisons et dans les chemins : c'est à savoir l'image de Jésus-Christ, de sa sainte mère, des anges et de tous les saints ; car plus on les voit souvent dans leurs images, plus ceux qui les regardent sont excités au souvenir et à l'affection des originaux.
On doit rendre à ces images le salut et l'adoration d'honneur, non la véritable latrie que demande notre foi, et qui ne convient qu'à la nature divine. Mais on approchera de ces images l'encens et le luminaire, comme on en use à l'égard de la croix, des Évangiles et des autres choses sacrées ; le tout suivant la pieuse coutume des anciens : car l'honneur de l'image passe à l'original ; et celui qui adore l'image adore le sujet qu'elle représente. Telle est la doctrine des saints Pères, et la tradition de l'Église catholique, répandue partout. Nous suivons ainsi le précepte de saint Paul, en retenant les traditions que nous avons reçues. Ceux donc qui osent penser ou enseigner autrement ; qui abolissent, comme les hérétiques, les traditions de l'Église ; qui introduisent des nouveautés, qui ôtent quelque chose de ce que l'on conserve dans l'église, l'Évangile, la croix, les images, ou les reliques des saints martyrs ; qui profanent les vases sacrés, ou les vénérables monastères : nous ordonnons qu'ils soient déposés, s'ils sont évêques ou clercs ; et excommuniés, s'ils sont moines ou laïques".
Les légats et tous les évêques du concile, au nombre de trois cent cinq, y compris quelques prêtres et quelques diacres pour les évêques absents, souscrivirent à ce décret. Après qu'on en eut fait la lecture, on dit anathème au concile de Constantinople assemblé contre les images, et à quelques évêques en particulier, qui étaient regardés comme les principaux fauteurs des iconoclastes : au contraire, le concile fit des acclamations pour la mémoire éternelle de saint Germain de Constantinople, de saint Damascène et de saint Georges de Chypre.
Il y a plusieurs observations à faire sur le décret de ce concile : la première qu'il n'y est pas fait mention de statues, mais seulement de peintures plates. Il est certain néanmoins que les Grecs avaient, dès le neuvième siècle, des statues dans leurs églises. Cela se voit par la lettre des empereurs Michel et Théophile à Louis Auguste, où ils se plaignent de ce que quelques-uns mettaient le corps du Seigneur entre les mains des images pour recevoir d'elles la communion : cela ne peut s'entendre des images peintes, mais seulement des images faites en relief. Il y en avait donc alors de ce genre. Saint Damascène, qui écrivait avant ce concile, parle de statues élevées en l'honneur des saints : mais, ou il n'y en avait pas encore du temps de ce concile dans les églises, ou elles étaient si rares, qu'on ne crut pas devoir en parler. Au sixième siècle, l'empereur Justinien ayant bâti l'église de Sainte-Sophie, n'y mit que des images ou peintes ou sculptées sur des tables d'argent : ce qui ne faisait pas une grande différence d'avec les images peintes ou faites à la mosaïque. La seconde observation est que le concile ne décida rien sur les images de la sainte Trinité, ou du Père ou du Saint-Esprit, parce qu'on n'avait pas alors coutume de les peindre. La troisième, que le culte des images de Jésus-Christ et des saints, établi par ce décret, n'est point un culte absolu, mais relatif ; c'est-à-dire, qui se rapporte, non à l'image même, mais au sujet qu'elle représente. La quatrième, que l'adoration extérieure que l'on rend à la croix, n'est pas un culte de latrie, mais simplement une adoration d'honneur que nous lui rendons en la baisant, et en nous prosternant devant elle, dans le souvenir que c'est par elle que Jésus-Christ nous a rachetés. Les évêques de France s'accordaient en ce point avec ceux de ce concile, lorsqu'ils disaient que, suivant la tradition des saints Pères, on honore, on adore la croix, mais non pas d'un culte et d'une adoration qui appartient à la Divinité seule.
Après la signature du décret touchant les images, on écrivit deux lettres au nom de Taraise et de tout le concile ; l'une à l'empereur et à l'impératrice, l'autre au clergé de Constantinople, pour les instruire de ce qui s'était passé. La lettre à l'empereur contient un précis de ce que les iconoclastes avaient fait pour la destruction des images, et les anathèmes prononcés contre eux et contre les autres hérétiques. Ensuite elle explique le mot d'adoration, et fait voir qu'adorer et saluer sont deux termes synonymes. Il est dit dans le premier livre des Rois que David, se prosternant le visage, adora trois fois Jonathas, et le baisa, et dans l'Épître aux Hébreux, que Jacob adora le haut du bâton de Joseph. On trouve dans saint Grégoire le Théologien de semblables expressions :
"Honorez ", dit-il, "Bethléem, et adorez la crèche ". Quand donc nous saluons la croix, ajoutent les Pères du concile, et que nous chantons : "Nous adorons la croix, Seigneur, et nous adorons la lance qui a percé votre côté " ce n'est qu'un salut, comme il paraît en ce que nous les touchons de nos lèvres. Ensuite ils distinguent les divers sens du mot d'adoration. Il y a une adoration mêlée d'honneur, d'amour et de crainte : telle est l'adoration que l'on rend à l'empereur. Il y en a une de crainte seule : comme quand Jacob adora Esaü.
Il y en a une troisième qui est d'actions de grâces ; comme quand Abraham adora les enfants de Heth, qui lui avaient accordé une place pour la sépulture de Sara. Il y en a une quatrième que l'on rend aux puissances de qui on espère quelques bienfaits ; et ce fut en pareille occasion que Jacob adora Pharaon. Mais l'Écriture voulant nous instruire, dit : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et le serviras lui seul". Elle met l'adoration indéfiniment, comme un terme équivoque qui peut convenir à d'autres et avoir plusieurs significations : mais elle restreint à lui seul le service que nous ne rendons qu'à lui, et que nous appelons latrie. Il est dit sur la fin de cette lettre que les évêques y avaient joint quelques passages des Pères, pour convaincre l'empereur que le concile n'avait rien décidé que conformément à leur doctrine. - La lettre au clergé de Constantinople dit eu substance la même chose que la précédente.
L'empereur et l'impératrice ayant reçu la lettre du concile, ne crurent pas devoir le laisser se séparer sans y avoir assisté eux-mêmes en personne. Ils écrivirent donc au patriarche Taraise d'amener tous les évêques à Constantinople, et marquèrent pour le jour de l'assemblée le vingt-troisième d'octobre de la même année 787. Elle se tint dans le palais de Magname. Les saints Évangiles étant placés au milieu de la salle, Irène s'assit à la première place avec son fils, et ils invitèrent le patriarche à parler. Ils parlèrent eux-mêmes au concile avec beaucoup de douceur et d'éloquence : et après que les évêques leur eurent répondu par de grandes acclamations, l'empereur et l'impératrice firent lire la définition de foi à haute voix, afin qu'elle fût entendue même du peuple qui était présent. Le diacre Côme en ayant fait la lecture, les princes demandèrent si elle avait été publiée du consentement unanime de tous les évêques. Ils le témoignèrent en diverses manières, disant qu'elle contenait la foi des apôtres, des Pères et de tous les orthodoxes. A quoi ils ajoutèrent des anathèmes contre les principaux iconoclastes.
Taraise présenta à l'empereur et à l'impératrice le tome où la définition de foi était écrite, les priant d'y souscrire. Irène souscrivit la première, et ensuite Constantin son fils, après quoi ils demandèrent la lecture des passages des Pères qu'on avait lus à Nicée, insérés dans la quatrième session, savoir, du panégyrique de saint Mélèce, de celui de sainte Euphémie, du traité de Jean de Thessalonique contre les païens, de la lettre de saint Siméon Stylite à l'empereur Justin, de celle de saint Nil à Olympiodore, et le quatre-vingt-deuxième canon du sixième concile oecuménique, ou plutôt du concile du Trulle. Tous les assistants en ayant entendu la lecture, parurent touchés et persuadés de la vérité. Les évêques firent plusieurs acclamations qui furent suivies de celles du peuple, car la salle en était remplie, de même que de gens de guerre. Ainsi finit le second concile de Nicée, septième oecuménique.
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