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Les camées
Le terme de camée, emprunté de l'italien cameo est de même origine que camaïeu.
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Le camée est une gravure en relief sur pierre, généralement siliceuse et appartenant à la variété des quartz semi translucides. Ces pierres offrent des couches superposées de différentes couleurs.

L'artiste utilise le plus souvent la partie sombre de la pierre pour réaliser le fond et les parties blanches ou claires pour sculpter les figures.

Parmi les différentes variétés d'onyx, la sardonyx (qui peut avoir jusqu'à six couches de teintes différentes) sera très prisée par les graveurs. Ces derniers utiliseront également des agates (qui renferment des dessins naturels dans leur cristallisation), la calcédoine, la sardoine ou sarde (appelée cornaline quand elle est rouge), et l'opale qui est une agate monochrome. Les quartzs hyalins seront rarement choisis pour graver des camées, mise à part les améthystes, les émeraudes, les grenats et parfois les fausses topazes. Les artistes de Byzance et du Moyen-Age auront également recours aux quartz compacts, tels la serpentine, la stéatite et la pierre lithographique. Connue à partir du IVème millénaire au Moyen-Orient, la taille en creux de la pierre a souvent permis de réaliser des cachets et des sceaux. Les scarabées égyptiens constituent la forme primitive des camées. Les Grecs imiteront les artistes du Moyen-Orient et d'Égypte tout en s'affranchissant peu à peu de leurs modèles.

Les camées grecs, monochromes au VIIème au IVème siècle avant Jésus-Christ, représenteront à la fin de cette période des scènes complexes gravées sur des pierres polychromes.

Les Romains, amateurs de camées, feront venir des pierres et des artistes de Grèce et d'Orient. Le camée connaîtra l'apogée de son art au Ier siècle.

Les plus grandes oeuvres seront ornées des figures en pied et de véritables scènes en relief. Cela sera le cas du Grand Camée de France, appelé également Agate de Tibère, sur lequel l'artiste - probablement Dioscoride d'Égée - a représenté trois plans de personnages, au centre desquels Auguste recevant Germanicus.

Les artistes, chassés de Rome par les invasions barbares du IVème siècle, trouveront refuge à Constantinople. Les thèmes mythologiques laisseront progressivement la place au sacré. Les Croisés ramèneront un grand nombre de camées en Europe, qu'ils offriront aux rois, aux princes et à l'Église. Les ecclésiastiques, qui ne seront distinguer les scènes mythologiques des sujets tirés de la bible ou de l'Evangile, utiliseront ces camées pour orner des châsses et des vases d'orfèvrerie destinés au culte. Ils sauveront ainsi de nombreuses oeuvres iconoclastes condamnées à la destruction. Par la suite, la superstition contribuera également à la conservation des camées considérés comme des talismans ou des amulettes.

L'art de la glyptique sera progressivement abandonné au Moyen-Age, au profit de la gravure sur verre particulièrement florissante en Allemagne. La Renaissance contribuera au renouveau de la discipline, grâce notamment aux Médicis. Dominique del Camei et Pierre-Marie di Pescia compteront parmi les plus célèbres graveurs de leur époque. François Ier fera venir Matteo des Nassaro de Vérone. Les oeuvres des artistes italiens des XVème et XVIème siècles rivaliseront avec celles de l'Antiquité. La glyptique cessera d'être encouragée en France après la mort d'Henri IV. La plupart des artistes exerceront alors dans les cours d'Autriche et d'Allemagne. En Italie, nombreux graveurs de pierres bénéficieront de la protection des papes et des princes. La nacre apparaîtra durant la période baroque en raison de sa brillance et de sa transparence.

Madame de Pompadour, protectrice de Jacques Guay, contribuera au retour en grâce des camées au XVIIIème siècle. La vogue des camées inspirera, en Angleterre, les fabrications du céramiste Josiah Wedgwood (1730-1795).

Napoléon rapportera une grande quantité de camées de sa campagne d'Italie de 1796. Ces objets d'art reviendront alors à la mode sous la forme de pièces anciennes remontées en broches ou en boutons pour les hommes, en boucles, colliers ou bracelets pour les femmes.

Rome, centre de production important, exportera sa production et ses artistes. Benedetto Pistrucci deviendra chef graveur de l'Hôtel des Monnaies en Angleterre. Une école de glyptique sera créée à Paris pour concurrencer Rome. La rareté croissante des pierres fines et la baisse des prix de vente contribueront à l'apparition des camées gravés sur verre ou sur coquilles. Ce matériau deviendra alors quasi-exclusif.

La période sera marquée par la production de faux (les doublets) constitués de petits reliefs en verre collés sur des fonds de pierres semi-précieuses. Les camées seront parfois artificiellement vieillis (en les faisant avaler aux volailles) ou briser et restauré pour les vendre comme antiques.

Le Second Empire, à la recherche d'un lien avec la tradition lancera plusieurs modes, notamment celle du retour au style napoléonien.

Le mouvement néo-renaissance italien de cette période gagnera l'Europe. Le bijou antique sera remis au goût du jour dans une monture articulée et colorée. On réalisera ainsi des camées "habillés" représentant des bustes féminins rehaussés d'or ou de pierres précieuses.

Les souverains français relanceront le goût des objets précieux d'origine antique en 1860, en achetant la collection archéologique du chevalier Campana. Cette mode sera servie par de grands artistes comme Carlo Giuliano, napolitain d'origine, qui ouvrira un atelier à Londres où il dessinera exclusivement des bijoux d'inspiration antique. Fortunato Pio Castellani remettra quant à lui à la mode les bijoux grecs et étrusques. Sous l'influence de l'Art nouveau, les personnages des camées se pareront de gravures florales à partir de 1870.

Les camées destinés aux voyageurs qui visitent Pompéi et Herculanum seront gravés sur du corail ou de la pierre de lave polie. Les paysages napolitains et costumes locaux renouvelleront l'iconographie. Torre del Greco (qui compte aujourd'hui 100 000 habitants) rivalisera avec Naples dans l'art de la gravure et rouvrira l'école de gravure sur corail en 1887. La production de ce petit port, qui a conservé sa place de capitale mondiale du commerce et de la transformation du corail et des coquillages, sera très prisée au cours des années 1920-1940.