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Histoire de la prostitution à Paris
Les capitulaires de Charlemagne stipuleront que toutes personnes qui racolent, aident des prostituées, ou encore tiennent des bordels, étaient passibles de flagellation.
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Les filles publiques, perçues comme de très graves criminels, pouvaient recevoir 300 coups de fouets (le nombre le plus élevé mentionnés dans le "Code Alaric"), en plus de voir leur chevelure coupée. En cas de récidive, la criminelle était vendue au marché des esclaves.

La politique face à la prostitution évoluera au cours du règne de Saint-Louis. Elle sera tantôt prohibée, tantôt tolérée. Un édit de 1254 menacera d'extradition toute personne faisant indirectement ou non de la prostitution son métier. Du fait de la répression, la prostitution clandestine remplacera les maisons de débauches ouvertes à tous. Très impopulaire, cet édit sera révoqué deux ans plus tard et remplacé par un décret qui réglementera l'activité des filles publiques et les boutera hors de l'enceinte de Philippe Auguste. Les dames de petite vertu s'installeront dans des baraques en bords (planche) en dehors de la ville, qui prendront le nom de bordes. Elles mêmes seront baptisées filles bordelières. L'enceinte de Charles V intègrera les rues spécialisées qui portaient les noms de Brise-Miche, Trace-putain (rue Beaubourg), Gratte-cul (rue Dussoubs), Tire-Boudin (Marie-Stuart), Bien-Fêtée, Hélène la Brette, Lucette aux yeux pers ...

Le Grand Conseil de 1358, décidera que "les pécheresses sont absolument nécessaires à la Terra". Les municipalités et les élites des royaumes, tels le clergé, prendront rapidement le contrôle de cette activité qui sera limitée à certaines zones de la ville. Jeanne Ière, reine des Deux-Siciles et tenancière d'un bordel en Avignon en 1360, adoptera la première des mesures sanitaires. Ses filles seront régulièrement contrôlées par des médecins et une abbesse. Cette initiative permettra de renflouer les coffres du royaume. Voltaire rapportera que l'évêque de Genève administrait tous les bordiaux de ses terres. Dominique Dallayrac prétendra que la prostitution amènera plus de richesse au clergé que tous leurs fidèles réunis. Saint-Thomas d'Aquin mentionnera que des moines perpignanais organiseront une collecte pour ouvrir un nouveau bordel dont ils vantaient le mérite; "oeuvre sainte, pie et méritoire". Le pape Jules II fera construire un bordel strictement réservé aux chrétiens en 1510.

Les femmes publiques du Moyen-Age étaient vêtues en bourgeoises, elles-mêmes très libres, et exerçaient leur talent dans la plupart des quartiers de Paris.

Hugues Aubriot, prévôt de Paris, ordonnera en 1367
- "que toutes les femmes prostituées, tenant bordel en la ville de Paris, allassent demeurer et tenir leurs bordels en places et lieux publics à ce ordonnés et accoutumés, selon l'ordonnance de Saint Louis. C'est à savoir : à L'Abreuvoir de Mascon (à l'angle du pont Saint-Michel et de la rue de la Huchette), en La Boucherie (voisine de la rue de la Huchette), rue Froidmentel, près du clos Brunel (à l'est du Collège de France aboutissant au carrefour du Puits-Certain), en Glatigny (rue nommée Val d'Amour dans la Cité), en la Court-Robert de Pris (rue du Renard-Saint-Merri), en Baille-Hoë (près de l'église Saint-Merri et communiquant avec la rue Taille-Pain et à la rue Brise-Miche), en Tyron (rue entre la rue Saint-Antoine et du roi de Sicile), en la rue Chapon (aboutissant rue du Temple) et en Champ-Flory (rue Champ-Fleury, près du Louvre). Si les femmes publiques, d'écris ensuite cette ordonnance, se permettent d'habiter des rues ou quartiers autres que ceux ci-dessus désignés, elles seront emprisonnées au Châtelet puis bannies de Paris. Et les sergents, pour salaire, prendront sur leurs biens huit sous parisis."

Cette ordonnance restera lettre morte. L'auteur du Journal de Paris sous Charles VI et Charles VII écrira :
- " la semaine avant l'Ascension fut crié, parmi Paris, que les ribaudes ne porteroient plus de ceinture d'argent ni de collets renversés, ni de pennes (plumes) de gris en leurs robes menuvair (fourrures de diverses couleurs), et qu'elles allassent demeurer en bordel, ordonné comme il était au temps passé".

Le prévôt de Paris Ambroise Delore, baron de Juilly, pourtant marié à une très jolie femme ne manifestera aucun zèle particulier dans l'application des ordonnances et entretiendra quatre concubines.

Le Parlement rendra plusieurs arrêts en 1480 et condamnera plusieurs femmes publiques à la prison et une amende arbitraire, ensuite au bannissement. Un écrivain du XVème comptera environ cinq ou six mille belles filles dévouées à la prostitution à Paris. Antoine Astezan, poète italien, rapportera le propos suivant à son retour d'un séjour à Paris : -" J'y ai vu avec admiration une quantité innombrable de filles extrêmement belles. Leurs manières étaient si gracieuses, si lascives, qu'elles auraient enflammé le sage Nestor et le vieux Priam".

De nombreuses villes françaises feront construire un bordel public financé par les deniers municipaux et tenu par une abbesse ou à un tenancier. Les étuves deviendront également des maisons de tolérance, malgré de nombreuses interdictions.

La Préfecture de Police de Paris élaborera la réglementation des maisons de tolérance, reconnaissables par un gros numéro peint sur verre de couleur. Les maquerelles devront donner tout le nécessaire pour les soins de propreté à leurs filles et disposer d'une salle de visite pour le médecin du contrôle sanitaire qui examinait chaque préposée deux fois par semaine.

Les maisons closes étaient de plusieurs natures. Les maisons de rendez-vous étaient essentiellement fréquentées par les bourgeoises mariées qui travaillaient à heures fixes et percevaient la moitié de la somme versée par le client. Les maisons ouvertes, que les filles ne fréquentaient qu'aux heures de travail, percevaient une redevance de leur part. Les maisons d'abattage, essentiellement implantées dans les quartiers de Saint Paul et de la Chapelle, travaillaient sur la quantité au détriment de la qualité. Les bordels chics, tels le Chabanais de Madame Kelly près de la Bibliothèque nationale, recevaient le gratin du clergé, de l'aristocratie et de la bourgeoisie européenne dans un cadre somptueux. Les brasserie de filles verront le jour durant la Belle-Epoque. Les préposées servaient à table et montaient dans les chambres à la demande.

Les maisons clandestines et les studios de passades verront le jour après le vote de la loi Marthe Richard qui entraînera la fermeture des maisons closes. Cette loi interdira le racolage qui deviendra un délit et élargira la définition du proxénétisme qui sera sévèrement puni.