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Insecula > Prométhée enchaîné
Prométhée enchaîné
Le texte d'Eschyle est traduit par Leconte de Lisle
Sommaire   

1. Scène 01 : vers 1 à 88 - Prométhée amené au supplice par Pouvoir (Kratos) et Force (Bia) accompagné d'Héphaïstos
2. Scène 02 : vers 88 à 127 - "Il convient de subir aisément la destinée qui m'est faite, sachant que la puissance de la nécessité est invincible"
3. Scène 03 : vers 128 à 285 - Les Océanides viennent voir Prométhée qui leur explique pourquoi il subit la colère de Zeus
4. Scène 04 : vers 286 à 398 - Océanos en personne vient voir Prométhée
5. Scène 05 : vers 399 à 560 - Prométhée affirme aux Océanides avoir un grand savoir et décrit tout ce qu'il enseigna aux hommes
6. Scène 06 : vers 561 à 886 - L'histoire passée et future de Io est révélée par Prométhée
7. Scène 07 : vers 887 à 943 - Prométhée révèle que Zeus ne commandera pas toujours aux dieux
8. Scène 08 : vers 944 à 1079 - Hermès est envoyé par Zeus afin de connaître le secret de Prométhée. Prométhée exige la levée de son supplice avant de parler
9. Scène 09 : vers 1080 à 1093 - La colère de Zeus
Article   
Scène 03 : vers 128 à 285 - Les Océanides viennent voir Prométhée qui leur explique pourquoi il subit la colère de ZeusScène 05 : vers 399 à 560 - Prométhée affirme aux Océanides avoir un grand savoir et décrit tout ce qu'il enseigna aux hommes
Océanos :
- Prométhée ! accouru vers toi, après un long chemin, j'arrive, porté sur cet Oiseau rapide que je mène par ma seule volonté et sans frein. Je compatis à ta destinée, sache-le. Je pense que la parenté m'y pousse; mais, en outre, je ne m'intéresse à nul autre plus qu'à toi. Tu sauras que mes paroles sont vraies. Je n'ai point coutume de flatter par des mensonges. Allons ! Apprends-moi ce qu'il faut faire pour te secourir. Tu ne diras pas qu'un autre est pour toi un ami plus ferme qu'Océanos.

Prométhée :
- Ah ! qu'est-ce donc ? Toi aussi, tu es venu contempler mon supplice ? Comment as-tu osé quitter le Fleuve qui porte ton nom, et tes antres accoutumés, aux voûtes de rocher, pour venir sur cette terre, mère du fer ? Es-tu venu pour assister à ma destinée, ou pour y compatir ? Vois donc ! Contemple l'Ami de Zeus. Je l'ai aidé à fonder sa tyrannie, et c'est par lui que je subis ces maux !

Océanos :
- Je vois, Prométhée, et je veux te conseiller pour le mieux, tout habile que tu es. Connais-toi, conforme-toi aux pensées nouvelles. Il y a un nouveau tyran parmi les dieux. Si tu lances des paroles amères et farouches, Zeus les entendra, bien qu'il soit dans les hauteurs, et loin de toi. Alors sa fureur présente, qui cause tes tourments, ne sera plus qu'un jeu. Ô malheureux ! rejette la colère que tu nourris dans ton esprit. Cherche plutôt la fin de tes maux. Je semble te dire des choses hors d'usage. Cependant, Prométhée, tu vois ce que produisent des paroles sans frein. Tu n'es pas humble. Tu ne cèdes pas à la souffrance, et tu veux ajouter d'autres maux à ceux que tu subis. Si tu m'en crois, tu ne lèveras pas le pied contre l'aiguiIlon. Tu comprendras qu'un monarque sans pitié commande et ne rend compte à personne. Maintenant je te quitterai, et je tenterai de te délivrer de ton supplice. Sois en repos. Ne parle pas trop amèrement. Ne sais-tu pas sûrement, très sage que tu es, que les paroles téméraires attirent les châtiments ?

Prométhée :
- Je t'envie ! Tu es hors de danger, après avoir tout conçu, tout osé avec moi. Maintenant, va ! Ne t'inquiète point de ceci, Tu ne persuaderas point Zeus, car il est inexorable. Prends garde toi-même de t'attirer malheur pour être venu ici.

Océanos :
- Tu es plus sage pour les autres que pour toi. J'en juge par le fait, non par les paroles. Ne tente pas de me retenir. Je me vante d'obtenir de Zeus qu'il te délivre de ton supplice.

Prométhée :
- Je te remercie, Je ne cesserai jamais de te remercier. Je ne doute pas de ton active bienveillance, mais tu ne réussiras point. Tu souffriras sans me servir. Reste en repos, et à l'écart. Si je suis malheureux, je ne veux pas que le malheur en atteigne d'autres. Non ! Je suis assez affligé des souffrances de mon frère Atlas qui, vers les régions de Hespéros, se tient debout, portant sur ses épaules la colonne de l'Ouranos et de la terre, fardeau écrasant ! Je contemple aussi, plein de pitié, ce fils de Gaia, habitant des antres Kilikiens, ce monstre guerrier, aux cent têtes, qui terrassait tout de sa force, l'impétueux Typhon, qui se rebella contre tous les dieux, vomissant le carnage de ses gueules horribles. L'éclair de Gorgô jaillissait, flamboyant, de ses yeux, tandis que, de son assaut violent, il menaçait la tyrannie de Zeus. Mais le Trait vigilant, la Foudre précipitée et respirant la flamme, se rua sur lui, écrasant ses insolences tumultueuses. Frappé à travers la poitrine et consumé de la Foudre, il perdit ses forces, brisé par le tonnerre. Maintenant, son corps gît, inutile et abject, entre les détroits de la mer, écrasé sous les racines de l'Aitna, tandis que Héphaïstos, assis sur les sommets, forge les masses de fer chauffées à blanc. De là, un jour, se précipiteront les Fleuves de feu, dévorant de leurs ardentes mâchoires les larges plaines de la féconde Sikélia. Typhon vomira ainsi sa fureur en un tourbillon de flamme débordante, bien que consumé par la Foudre de Zeus. Tu n'es pas inexpérimenté. Tu ne seras pas privé de mes avertissements. Préserve-toi, de quelque façon que ce soit. Pour moi, je subirai ma destinée présente, jusqu'à ce que l'esprit de Zeus cesse d'être irrité.

Océanos :
- Prométhée ! ne sais-tu pas que les paroles sont les médecins de la colère, cette maladie ?

Prométhée :
- Si toutefois le coeur s'apaise; si on ne heurte pas ainsi le gonflement furieux de l'esprit.

Océanos :
- Mais quel danger peut résulter d'un effort, d'une tentative hardie ? Dis-le-moi.

Prométhée :
- Peine très inutile, simplicité stupide.

Océanos :
- Laisse-moi courir ce danger. Ne point sembler sage est d'une sagesse très avantageuse.

Prométhée :
- Ta faute me serait imputée.

Océanos :
- Par ce discours, maintenant, tu me chasses.

Prométhée :
- Prends garde que ta pitié pour moi n'excite la haine contre toi.

Océanos :
- Est-ce la haine de Celui qui a récemment conquis le trône tout-puissant ?

Prométhée :
- Crains que son coeur s'irrite jamais !

Océanos :
- Prométhée ! ta destinée sera ma leçon.

Prométhée :
- Va ! hâte-toi ! Pense toujours ainsi.

Océanos :
- Je me hâte à ta voix. Voici que le Quadrupède ailé traverse le large chemin de l'Aithèr, plein du désir de se reposer dans l'étable accoutumée.

Scène 03 : vers 128 à 285 - Les Océanides viennent voir Prométhée qui leur explique pourquoi il subit la colère de ZeusScène 05 : vers 399 à 560 - Prométhée affirme aux Océanides avoir un grand savoir et décrit tout ce qu'il enseigna aux hommes


 
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