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Insecula > Métamorphoses d'Ovide : Penthée (III, 511-563)
Métamorphoses d'Ovide : Penthée (III, 511-563)
Cette aventure s'étant répandue dans toutes les villes de la Grèce, rendit plus célèbre le nom de Tirésias, et donna plus de crédit à ses oracles.
Article   
Le fils d'Échion, Penthée, qui méprisait les dieux, seul osa dédaigner son savoir fatidique. Il le raillait sur la perte de sa vue, et sur le sujet qui provoqua la vengeance de Junon. Alors le vieil augure secouant sa tête ornée de cheveux blancs : "Que tu serais heureux, dit-il, si privé comme moi de la lumière des cieux, tu pouvais ne pas voir les mystères de Bacchus ! Un jour viendra, et déjà je pressens qu'il s'approche, où le jeune fils de Sémélé paraîtra dans ces lieux. Si ton encens ne fume sur ses autels, tes membres seront déchirés en lambeaux; et ton sang souillera les forêts, et les mains de ta mère, et les mains de tes soeurs. Mais cette prédiction s'accomplira; oui, tu oseras refuser au nouveau dieu les honneurs immortels; et trop tard tu te plaindras qu'un aveugle ait pu si bien lire au livre des destins".

[524] Il dit, et le fils d'Échion le chasse avec mépris. Mais la prédiction du vieillard va bientôt s'accomplir. Bacchus arrive, et au loin tous les champs retentissent de hurlements sacrés; la foule se précipite au devant de ses pas; ensemble confondus les mères, les époux, les enfants, et le peuple, et ses chefs, s'empressent à ces nouvelles solennités. "Dignes enfants de Mars, ô Thébains ! s'écrie Penthée, quelle fureur a saisi vos esprits ? le bruit de l'airain frappé contre l'airain, ces flûtes recourbées, et tous ces vains prestiges ont-ils tant de pouvoir ? Quoi ! vous que n'ont point effrayés le glaive des combats, la trompette guerrière, et les bataillons hérissés de dards, vous céderiez aux cris insensés de ces femmes, à ce vil troupeau qu'agite le délire du vin et le bruit des tambours ? n'êtes-vous plus ces vieux soldats qui, traversant les vastes mers, vinrent dans ces contrées fonder une nouvelle Tyr, et transporter leurs pénates errants ? livrerez-vous vos dieux sans les défendre ? et vous, jeunes Thébains, dont l'âge approche plus du mien, vous à qui sans doute le thyrse convenait moins que le fer, le pampre que le casque."

[543] "Souvenez-vous encore, je vous en conjure, du sang dont vous sortez ! Imitez la belliqueuse audace du dragon qui périt pour défendre son antre et la fontaine de Mars. Ah ! combattez du moins pour votre gloire ! Le dragon vainquit des guerriers valeureux, et vous n'avez devant vous qu'une troupe lâche et efféminée. Soutenez l'honneur de votre race ! et si, par la loi des destins, Thèbes doit périr, que ses murs s'écroulent retentissant sous les coups du bélier, sous l'effort des combattants, au bruit du fer, au milieu de la flamme ! Alors nous n'aurons point à rougir de nos malheurs; alors nous pourrons déplorer notre destin sans chercher à le cacher. Mais la cité de Cadmus serait-elle donc subjuguée par un faible enfant, qui ne connut jamais les armes, ni les combats, ni l'usage des coursiers; qui, dans sa mollesse, ne sait que parfumer ses cheveux de myrrhe, les couronner de lierre, se revêtir de pourpre et d'habits tissus d'or ! Cessez de le suivre, et je vais le contraindre d'avouer la supposition de sa naissance, et la fausseté de ses mystères. Acrisius aura donc eu le courage de mépriser cet imposteur sacré; il lui aura fermé les portes d'Argos; et cet étranger ferait aujourd'hui trembler Penthée et les Thébains ! Allez, que rien ne vous arrête ! (et il commandait à ses compagnons) saisissez le méprisable chef de cette troupe; amenez-le devant moi chargé de fers, et que mes ordres soient promptement exécutés".



 
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