Métamorphoses d'Ovide : Triptolème (V, 642-678)
Ainsi parle Aréthuse; et la déesse des moissons attelle deux dragons, les soumet au frein, s'élance sur son char rapide, et le faisant rouler entre le ciel et la terre, dans le vague des airs, descend dans la ville consacrée à Minerve.
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Elle confie son char au jeune Triptolème, et lui remettant des semences fécondes, elle lui commande de fertiliser les champs que le soc a retournés jadis, et ceux dont le soc n'ouvrit jamais le sein.
[648] Déjà Triptolème avait traversé dans les airs et l'Europe et l'Asie. Il descend dans la Scythie, au palais de Lyncus. Lyncus régnait dans ces contrées. "Quel est, lui dit ce prince, le motif de ton voyage ? quel est ton nom ? et quelle est ta patrie ?". - "Triptolème est mon nom; la célèbre Athènes est ma patrie, lui répond l'étranger. Je ne suis venu ni par terre, à travers de longs chemins, ni sur un vaisseau qui sillonna les mers : je me suis ouvert un passage dans les plaines de l'éther. J'apporte avec moi les dons de Cérès, qui, confiés aux champs, produisent une nourriture salutaire et d'abondantes moissons."
Le barbare, jaloux d'une pareille découverte, et voulant en usurper l'honneur, reçoit Triptolème dans son palais; et tandis que le sommeil le livre sans défense, il l'attaque le fer en main. Il allait achever son crime : Cérès le change en lynx, et ordonne au jeune Athénien de remonter sur son char, et de le guider dans les airs.
[662] Calliope avait fini ses chants. Les Nymphes, d'une voix unanime, décernent le prix aux déesses de l'Hélicon. Les Piérides vaincues murmurent l'injure et l'outrage. "Puisque, reprit la Muse, c'est peu pour vous d'avoir déjà mérité, par votre défi téméraire, un légitime châtiment, et que vous osez encore ajouter l'insulte à l'audace, la patience n'est plus en notre pouvoir; et justement irritées, nous saurons vous punir et nous venger."
Elles écoutaient nos menaces avec un ris moqueur. Mais voulant joindre à la violence de leurs clameurs des gestes insolents, elles aperçoivent des plumes croître sur leurs doigts et sur leurs bras. Elles voient leur bouche se durcir en un bec allongé. Déjà changées en oiseaux, elles voulaient meurtrir leur sein, elles battent des ailes, et s'élèvent dans les airs. Elles vont se percher sur les arbres; et transformées en pies, elles ont conservé leur caquet indiscret et leur cri rauque et babillard.
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