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Déjà les deux armées étaient en présence, mais hors de la portée du trait, lorsque les Perses les premiers firent entendre leur clameur confuse et sauvage. Les Macédoniens y répondirent par un cri plus fort que ne semblait le comporter le chiffre de leur armée, mais que répétèrent les sommets des montagnes et la vaste étendue des forêts : car c'est l'effet ordinaire d'une enceinte de rochers et de bois, de renvoyer en le multipliant le son qui les a frappés. Alexandre marchait en avant, contenant de temps en temps les siens d'un signe de sa main, dans la crainte qu'une marche trop précipitée ne les mît hors d'haleine et ne rendît leurs coups incertains au moment d'engager l'action. Il parcourait ensuite les rangs à cheval, et adressait à ses soldats des paroles différentes, selon que le génie de chaque peuple les réclamait. Aux Macédoniens, vainqueurs en Europe dans tant de guerres, et qui étaient partis pour la conquête de l'Asie et des contrées les plus reculées de l'Orient, moins par son ordre que par leur propre ardeur, il leur rappelait leurs anciennes vertus guerrières. Libérateurs de l'univers et destinés à accomplir la course glorieuse d'Hercule et de Bacchus, ils imposeraient leur joug, non pas seulement aux Perses, mais à toutes les autres nations : la Bactriane et l'Inde feraient partie de la Macédoine. C'était peu de chose que ce qu'ils voyaient maintenait; mais tout devait être acquis par la victoire. Il ne s'agissait pas ici de se consumer en fatigues stériles autour des rocs escarpés de l'Illyrie et des montagnes de la Thrace; c'étaient les dépouilles de l'Orient tout entier qui s'offraient à eux.
À peine auraient-ils à se servir de leurs épées; le choc de leurs boucliers suffirait pour disperser ces bataillons déjà nais en désordre par la peur. Il invoquait ensuite la mémoire de Philippe, son père, vainqueur des Athéniens; et il leur remettait devant les yeux l'image de la Béotie, récemment conquise, et de la plus illustre de ses cités rasée jusqu'en ses fondements. Il leur rappelait et le Granique traversé et tant de villes, ou prises d'assaut, ou se livrant à merci, et tout ce qui était derrière eux, enfin, abattu et mis à leurs pieds! Lorsqu'il s'approchait des Grecs, il leur rappelait les anciennes guerres faites à la Grèce par ces Barbares, l'insolence de Darius et celle de Xerxès, qui étaient venus demander à leurs pères la terre et l'eau, leur enviant jusqu'à la jouissance de leurs fontaines et au pain qui les nourrissait chaque jour. Il leur parlait de leurs temples ruinés et dévorés par les flammes, de leurs villes emportées d'assaut, de toutes les lois divines et humaines tant de fois violées. Quant aux Illyriens et aux Thraces, accoutumés à vivre de rapine, il appelait leurs regards sur cette armée resplendissante d'or et de pourpre, portant moins des armes que du butin pour l'ennemi : "Allez, leur disait-il, allez, vous, qui êtes des hommes, arracher leur or à ces femmes; échangez les âpres sommets de vos montagnes, leurs roches nues et hérissées d'une glace éternelle, contre les plaines et les riches campagnes de la Perse."
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