 |  |  Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre IV
Ce livre commence par la nomination d'Abdalonyme au poste de gouverneur de la Célésyrie et s'achève par le déroute des Perses après la bataille d'Arbèles.
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Lorsqu'à son retour d'Hammon, Alexandre passa devant le lac Maréotis, situé non loin de l'île de Pharos, l'aspect du lieu lui inspira d'abord la pensée de fonder une ville nouvelle dans l'île même. Ayant ensuite reconnu que cette île ne pouvait fournir un grand emplacement, il adopta l'endroit où est maintenant Alexandrie, ainsi nommée de son fondateur. Tout ce qui s'étendait entre le lac et la mer fut embrassé dans ses plans, et une enceinte de quatre-vingts stades assignée aux murailles : des commissaires laissés sur les lieux devaient présider aux travaux de la ville, pendant qu'il se rendait à Memphis. Il avait conçu le désir, assez raisonnable d'ailleurs, mais tout à fait hors de saison, de visiter l'intérieur de l'Égypte et même l'Éthiopie. La curiosité de voir le fameux palais de Memnon et de Tithon allait entraîner cet esprit passionné pour l'antiquité presque au-delà des bornes du soleil. Mais les soins pressants d'une guerre, dont la partie la plus difficile lui restait encore, ne lui laissait pas le temps de se promener en voyageur oisif. Il remit donc le gouvernement de l'Égypte au Rhodien Eschyle et au Macédonien Peucestès. Quatre mille hommes leur furent laissés pour garder le pays, et la défense des bouches du Nil fut confiée à Polémon : on lui donna pour cela trente galères. Apollonius eut le commandement de la partie de l'Afrique qui touche à l'Égypte, et Cléomène fut chargé de percevoir les tributs de l'une et de l'autre de ces provinces. Des habitants des villes voisines, appelés à Alexandrie, remplirent d'une grande population les murs de la cité nouvelle. On dit qu'au moment où le roi, selon l'usage macédonien, faisait tracer avec de la farine l'enceinte destinée à la ville future, des essaims d'oiseaux y accoururent et mangèrent cette farine. Presque tous les esprits y voyaient un triste présage; mais les devins répondirent qu'un immense concours d'étrangers viendrait habiter cette ville, et qu'elle fournirait à un grand nombre de pays leur subsistance.
Comme le roi descendait le fleuve, Hector, fils de Parménion, jeune homme en la plus belle fleur de l'âge, et l'un de ceux que distinguait l'amitié d'Alexandre, était monté, désireux de le suivre, sur un petit bâtiment où l'on avait reçu plus de monde qu'il n'en pouvait contenir : la barque chavira et laissa au courant de l'eau tous les passagers. Hector lutta longtemps contre le fleuve, et, quoique ses vêtements mouillés et ses pieds embarrassés dans sa chaussure l'empêchassent de nager, il parvint cependant à gagner la rive à demi mort; mais aussitôt que, dans son épuisement, il voulut rendre cours à sa respiration, que la crainte avait suspendue, personne ne se trouvant là pour le secourir, et tous ses compagnons s'étant échappés d'un autre côté, il expira. Le roi fut vivement affligé de sa perte; et, quand on eut retrouvé son corps, il lui fit faire de magnifiques funérailles. Sa douleur s'accrut de la nouvelle qui lui vint de la mort d'Andromachus, à qui il avait confié le gouvernement de la Syrie : les Samaritains l'avaient brûlé vif. Il partit avec toute la diligence possible pour le venger; mais, à son arrivée, on lui livra les auteurs de cet horrible attentat. Il remplaça Andromachus par Memnon, et fit périr les assassins au milieu des supplices. Il livra aussi les tyrans, entre autres ceux de Méthymne, Aristonicus et Ersilaus, aux mains de leurs concitoyens : ils expièrent leurs outrages par les tortures et la mort. Vinrent ensuite les députés d'Athènes, de Rhodes et de Chios. Les Athéniens félicitaient Alexandre de ses victoires et le priaient de rendre à leur patrie les prisonniers grecs; ceux de Rhodes et de Chios se plaignaient des garnisons qui leur étaient imposées : tous obtinrent ce qu'ils paraissaient désirer. Voulant aussi récompenser les Mytiléniens de leur généreux dévouement à sa cause, il leur rendit tout l'argent qu'ils avaient dépensé pour la guerre, et ajouta à leur pays une grande étendue de territoire. Les Cypriotes, qui avaient quitté le parti de Darius pour le sien, et lui avaient envoyé une flotte au temps du siège de Tyr, furent honorablement payés de leurs services. Enfin, le commandant de la flotte macédonienne, Amphotérus, qui avait été chargé de délivrer l'île de Crète, dont presque toutes les places étaient assiégées par les Perses et les Spartiates, reçut, avant tout, l'ordre de purger la mer des pirates qui l'infestaient : en effet, la guerre qui occupait les deux monarques la laissait ouverte à leurs brigandages. Ayant ainsi tout réglé, Alexandre consacra à Hercule Tyrien un cratère d'or avec trente petites coupes; et, ne songeant plus qu'à poursuivre Darius, il fit publier qu'on allait se mettre en marche sur l'Euphrate.
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