 |  |  Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre V
Ce livre commence par l'annexion d'Arbèles et de Babylone et s'achève par la mort de Darius.
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Mais ces nobles qualités du coeur, cet heureux naturel qui l'a placé au dessus de tous les rois, cette constance au milieu des dangers, cette promptitude à entreprendre et à exécuter, cette bonne foi envers ceux qui se soumettaient, cette clémence envers les prisonniers, cette modération jusque dans les plaisirs permis et autorisés par l'usage, toutes ces vertus, il les souilla par sa passion inexcusable pour le vin. Tandis que son ennemi, le rival de sa puissance, s'occupait plus que jamais de recommencer la guerre; parmi des peuples nouvellement soumis et indociles à un joug tout récent encore, on le voyait donner en plein jour des festins auxquels assistaient des femmes, non de celles qu'on ne pouvait sans crime outrager, mais des courtisanes habituées à vivre en pleine licence au milieu des gens de guerre. Une d'entre elles, Thaïs, ivre elle-même, assura au roi qu'il acquerrait des droits immortels à la reconnaissance des Grecs, s'il livrait aux flammes le palais des rois de Perse : c'était une satisfaction qu'attendaient les peuples dont les Barbares avaient détruit les villes.
À peine cet arrêt de destruction était-il sorti de la bouche d'une courtisane dans l'ivresse, qu'un ou deux des assistants, chargés de vin comme elle, s'empressent d'y applaudir. Le roi lui-même était plus disposé à donner le signal qu'à l'attendre. "Eh bien, dit-il, que tardons-nous à venger la Grèce et à livrer cette ville aux flammes?" Tous étaient échauffés par le vin; ils se levèrent donc ivres pour brûler une ville qu'ils avaient respectée les armes à la main. Le roi, le premier, mit le feu au palais; puis, après lui, ses convives, ses officiers et la troupe des courtisanes. Une grande partie du palais était bâtie de bois de cèdre : le feu prit promptement, et l'incendie se répandit au loin. À ce spectacle, l'armée, dont les tentes s'étendaient à peu de distance de la ville, croyant que c'était l'effet du hasard, accourut pour apporter du secours; mais lorsque, arrivés à l'entrée du palais, les soldats voient le roi lui-même encore la torche à la main, ils laissent alors de côté l'eau qu'ils avaient portée avec eux, et se mettent à lancer au milieu des flammes des matières combustibles. Ainsi périt la capitale de tout l'Orient, cette cité où tant de nations venaient auparavant demander des lois, la patrie de tant de monarques, jadis l'unique terreur de la Grèce, et qui envoya contre elle une flotte de mille vaisseaux, et des armées dont l'Europe fut inondée, alors que l'on vit un pont jeté sur la mer, et des montagnes percées pour ouvrir un passage aux flots dans leur sein.
Et depuis le long espace de temps qui a suivi sa ruine, elle ne s'est pas relevée. Les rois de Macédoine ont possédé d'autres villes, qui existent aujourd'hui sous la domination des Parthes; mais de celle-ci nul vestige ne se retrouverait, si l'Araxe n'était pas là pour en montrer la place : il coulait prés de ses murailles; et c'est d'après cela que les habitants du pays croient plutôt qu'ils ne savent qu'elle en était à vingt stades de distance. Les Macédoniens avaient honte de penser qu'une si noble cité eût été détruite par leur roi, au milieu d'une débauche : aussi envisagèrent-ils plus sérieusement la chose; ils prirent sur eux de se persuader que c'était de cette manière que Persépolis devait finir. Lui-même, dès que le repos lui eut rendu sa raison troublée par l'ivresse, en éprouva, assure-t-on, du repentir, et dit que la Grèce eût été bien mieux vengée des Perses, s'ils avaient été condamnés à le voir assis sur le trône de Xerxès. Le lendemain, il fit don de trente talents au Lycien qui lui avait montré le chemin par lequel il était entré dans la Perse. De là, il passa dans le pays des Mèdes, où il reçut de nouvelles recrues qui arrivaient de Cilicie; elles se composaient de cinq mille hommes de pied et mille chevaux : le tout était commandé par l'Athénien Platon. Avec ce renfort il résolut de poursuivre Darius.
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