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Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VI
Ce livre commence par la bataille entre les Lacédémoniens et les Macédoniens et s'achève par le jugement de Philotas.
Sommaire   

1. La bataille entre les Lacédémoniens et les Macédoniens - Mort du roi Agis - Alexandre victorieux accorde la paix aux Grecs
2. Alexandre, vaincu par l'oisiveté et les délices, se réveille
3. Discours d'Alexandre à ses soldats, pour les exhorter d'achever la guerre commencée en Asie
4. Description du Ziobétis, fleuve merveilleux - Alexandre offre le pardon à Nabarzanès - Proche de la mer Caspienne et de l'Hyrcanie, il reçoit quelques capitaines de Darius
5. Alexandre, ayant reçu Artabaze, pardonne aux Grecs - Il accueille une reine des Amazones désireuse d'avoir un enfant de lui
6. Alexandre, pour empêcher une mutinerie, se prépare à la guerre contre Bessus - Il poursuit Satubarzanès, chasse les Barbares des montagnes et s'empare d'Artacène
7. Dymnus apprend à Nicomaque la conspiration qui menace Alexandre - Ce dernier refuse d'y prendre part et informe son frère Cébalinus ...
8. Philotas, accusé d'être membre de la conspiration, est arrêté et emmené au palais, la tête couverte
9. Alexandre se plaint à ses soldats de la conspiration et accuse Philotas qui prépare sa défense
10. Plaidoirie de en l'absence d'Alexandre
11. L'assemblée, présidée par un certain Bélon, propose de mettre à mort Philotas sur le champ - Alexandre, revenu dans l'assemblée, renvoie la séance au lendemain ...
Article   
Alexandre, vaincu par l'oisiveté et les délices, se réveille
Il se jeta au fort de la mêlée, renversa tout ce qui opposait le plus de résistance, et chassa devant lui une grande partie de l'armée macédonienne. Les vainqueurs étaient en fuite : et jusqu'à ce qu'ils eussent amené dans la plaine leur ennemi trop ardent à les poursuivre, ils tombèrent en foule sous ses coups; mais une fois que le terrain leur eut permis de tenir ferme, on se battit à forces égales. Cependant, entre tous les Lacédémoniens, le roi se faisait remarquer, non seulement par sa taille et l'éclat de son armure, mais aussi par la grandeur de son courage, qui, seul, ne put être vaincu. De tous côtés, soit de près, soit de loin, les traits étaient dirigés contre lui; et longtemps couvert de ses armes, il para les coups avec son bouclier, ou par l'adresse de ses mouvements : mais enfin un coup de lance lui perça les cuisses, son sang coula en abondance, et ses jambes se dérobèrent sous lui. Ses écuyers le relèvent aussitôt, le placent sur son bouclier, et le rapportent au camp, à peine assez fort pour supporter la secousse donnée à ses blessures.

Les Lacédémoniens, cependant, n'abandonnèrent pas le combat, et, étant parvenus à se retrancher dans un poste qui leur donnait l'avantage sur l'ennemi, ils serrèrent leurs rangs, pour recevoir les flots de l'armée macédonienne lancée contre eux. Jamais, dit-on, l'on ne vit de combat plus acharné. Entre les soldats des deux nations les plus belliqueuses du monde, le succès était égal. Les Lacédémoniens avaient devant les yeux leur ancienne gloire, les Macédoniens leur gloire présente; ceux-ci se battaient pour la liberté, ceux-là pour l'empire; aux Lacédémoniens c'était leur chef, aux Macédoniens c'était la position qui manquait. Les chances variées de la journée venaient aussi accroître, pour les deux partis, les alternatives de la crainte et de l'espérance, comme si, entre de si braves guerriers, la fortune eût pris plaisir à laisser la lutte indécise. Du reste, l'étroit espace où s'était circonscrite la bataille ne leur permettait pas de déployer toutes leurs forces. Il y avait plus de spectateurs que de combattants; et ceux qui étaient hors de la portée du trait, animaient à l'envi de leurs cris leurs compagnons d'armes.

Enfin l'armée lacédémonienne commença à faiblir; les soldats ne portaient plus qu'à grand-peine leurs armures ruisselantes de sueur; pressés ensuite par l'ennemi, ils reculèrent, et prirent ouvertement la fuite. Ainsi dispersés, le vainqueur les poursuivait, et après avoir traversé dans sa course tout l'espace qu'avaient couvert les troupes lacédémoniennes, c'était Agis lui-même qu'il cherchait à atteindre. Celui-ci, quand il vit la fuite des siens et l'approche des ennemis, commanda qu'on le mît à terre; puis, après avoir essayé si son corps pourrait répondre à l'énergie de son âme, comme il se sentit défaillir, il se plaça sur ses genoux, prit son casque à la hâte, se couvrit de son bouclier, et, brandissant sa lance, il appelait les ennemis, s'il en était d'assez hardis parmi eux pour venir, sur la terre où il gisait, chercher ses dépouilles. Personne n'osa l'attaquer de près : on lui lançait de loin des traits qu'il renvoyait à l'ennemi, lorsque enfin sa poitrine nue fut percée d'un javelot : l'ayant arraché de sa blessure, il posa un instant sur son bouclier sa tête inclinée et défaillante; et bientôt, la vie l'abandonnant avec son sang, il tomba mort sur ses armes.

Cinq mille trois cents Lacédémoniens périrent dans cette bataille, et, du côté des Macédoniens, mille hommes au plus; mais à peine un seul d'entre eux rentra au camp sans blessure. Cette victoire n'abattit pas seulement Sparte et ses alliés, mais aussi tous ceux qui avaient fixé les yeux sur le résultat de la guerre. Antipater n'ignorait pas combien, en le félicitant, leurs coeurs démentaient leurs visages; mais il voulait terminer la guerre, et avait besoin de se laisser tromper. Quoique d'ailleurs il s'applaudît de ses succès, l'envie lui faisait peur : car il avait plus fait que ne comportait la condition d'un lieutenant. Alexandre voulait bien que ses ennemis fussent vaincus; mais qu'Antipater fût le vainqueur, il en exprimait tout haut son mécontentement : il regardait comme un vol fait à sa gloire tout ce qui s'ajoutait à celle d'un autre. Aussi Antipater, qui connaissait parfaitement cette âme hautaine, n'osa-t-il pas exercer lui-même les droits de la victoire; il s'en remit, sur ce qu'il avait à faire, à l'assemblée générale des Grecs. Les Lacédémoniens y demandèrent pour toute grâce qu'il leur fût permis d'envoyer des députés au roi : le pardon fut accordé aux gens de Tégée, sans autre exception que celle des auteurs de la révolte. Quant aux Mégalopolitains, dont la ville avait été assiégée, les Achéens et les Éléens, qui avaient pris part à la rébellion, furent condamnés à leur payer cent vingt talents. Telle fut l'issue de cette guerre, qui éclata soudainement et fut néanmoins terminée avant qu'Alexandre eût vaincu Darius à Arbèles.

Alexandre, vaincu par l'oisiveté et les délices, se réveille


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