 |  |  Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VII
Ce livre commence par la condamnation à mort de Lynceste et s'achève par la défaite du Sogdien Arimaze.
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La Sogdiane est une contrée presque partout déserte : de vastes solitudes y occupent en largeur près de huit cents stades. Un espace considérable de pays est traversé en droite ligne par un fleuve, que les habitants ont nommé Polytimétos, et qui coule avec la rapidité d'un torrent. Resserré par ses rives en un lit étroit, il entre ensuite dans une caverne et se précipite sous terre. Là, son invisible cours n'est indiqué que par le bruit de ses eaux; car le sol sous lequel roule un si grand fleuve n'exhale pas la moindre humidité.
Trente prisonniers sogdiens de distinction, tous remarquables par la rare vigueur de leur corps, avaient été amenés devant Alexandre. Ayant appris de la bouche d'un interprète, que, par l'ordre du roi, on les traînait au supplice, ils se mirent à entonner un chant d'allégresse, et à témoigner, par des danses et des gestes extravagants, la joie de leurs coeurs. Le roi, étonné du courage avec lequel ils marchaient à la mort, les fit rappeler, et leur demanda d'où leur venaient ces transports de joie, lorsqu'ils avaient le supplice devant les yeux. Ils répondirent que, si un autre les eût fait périr, ils seraient morts tristes; mais que, rendus à leurs ancêtres par un si grand roi, vainqueur de toutes les nations, ils allaient jouir d'une mort honorable, objet des voeux de tout homme de coeur, et qu'ils la célébraient par des chants à leur manière et par des témoignages d'allégresse. "Eh bien! donc, leur dit Alexandre, me promettez-vous de vivre sans haine pour moi, si vous vivez par un bienfait de ma clémence?" Ils répliquèrent qu'ils n'avaient jamais eu de haine pour lui; mais que, provoqués à la guerre, ils avaient été ses ennemis. Que si on les avait mis à l'épreuve par des bienfaits plutôt que par des outrages, ils eussent essayé de ne pas se laisser vaincre en bons procédés. Et comme il leur demandait quel gage ils comptaient lui donner de leur fidélité : "La vie que nous avons reçue de toi sera ce gage, répondirent-ils; nous serons prêts à te la rendre quand tu nous la redemanderas." Et ils tinrent leur promesse. Ceux qui s'en retournèrent dans leurs demeures maintinrent leurs concitoyens dans l'obéissance; et les quatre qui restèrent pour prendre leur place parmi les gardes de la personne royale, ne le cédèrent à aucun des Macédoniens en dévouement pour Alexandre.
Après avoir laissé Peucolaus dans la Sogdiane avec trois mille hommes d'infanterie, car une plus forte garnison n'était pas nécessaire, il se rendit à Bactres : de là, il fit conduire Bessus à Ecbatane, pour lui faire payer de sa tête le meurtre de Darius. Ptolémée et Mènidas, vers le même temps, amenèrent au roi trois mille fantassins et mille chevaux de troupes mercenaires. Asander arriva de la Lycie avec un nombre égal de fantassins et cinq cents chevaux : il en vint autant de la Syrie, sous la conduite d'Asclépiodore; et Antipater avait envoyé huit mille Grecs, parmi lesquels cinq cents hommes de cavalerie. Avec son armée ainsi renforcée, le roi se mit en marche pour rétablir le calme aux lieux troublés par la révolte; et, après avoir puni de mort les auteurs du soulèvement, il arriva en quatre jours sur les bords de l'Oxus. Ce fleuve roule une grande quantité de limon, ce qui fait qu'il est toujours trouble et que l'eau en est malsaine. Les soldats se mirent donc à creuser des puits; mais, quoique l'on fût entré dans la terre à une grande profondeur, on ne trouvait point d'eau, lorsque soudain dans la tente même du roi on découvrit une source. Comme elle n'avait été que tardivement reconnue, on prétendit qu'elle avait jailli tout à coup; et le roi lui-même voulut faire croire que c'était le bienfait d'un dieu.
Ayant ensuite passé l'Ochus et l'Oxus, il arrive devant la ville de Margiana : on choisit dans les environs l'emplacement convenable pour bâtir six forteresses. Deux furent tournées du côté du Midi, et quatre du côté de l'Orient : elles étaient à peu de distance les unes des autres, pour n'avoir pas à chercher trop loin les secours qu'elles devaient se prêter. Toutes furent placées sur des collines élevées : c'était alors comme un frein pour les peuples conquis; aujourd'hui elles ont oublié leur origine et dépendent de ceux à qui elles ont commandé.
| Sommaire |  |  |
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| 1. | Alexandre donne l'ordre de tuer Lynceste, coupable de lèse-majesté, et ordonne une enquête contre Amyntas et Simias, ami de Philotas
| | 2. | Amyntas et ses frères rentrent en grâce. Le roi, qui envoie Polydamas en Médie pour tuer Parménion, provoque une mutinerie
| | 3. | Alexandre soumet de nombreux peuples et traverses le Caucase avec son armée en dix-sept jours
| | 4. | Bessus met en délibération la question de la guerre contre Alexandre - Ce dernier arrive dans le pays des Bactriens, où il apprend la révolte des Grecs et la mort de Satibarzanès, tué en combat singulier
| | 5. | L'armée d'Alexandre franchit le fleuve Oxus. Bessus est amené devant Alexandre qui le donne à Oxathrès, frère de Darius, pour le mettre en croix
| | 6. | Alexandre prend beaucoup de ville et fait bâtir en peu de temps Alexandrie près du fleuve Tanaïs
| | 7. | Victime d'une blessure, Alexandre tient conseil pour aller faire la guerre aux Scythes - Ménédème est tué avec deux mille fantassins et trois cents cavaliers macédoniens
| | 8. | Les ambassadeurs scythes adressent à Alexandre un discours touchant la paix
| | 9. | Alexandre fait la guerre aux Scythes et traite favorablement les vaincus
| | 10. | Courage des nobles de Sogdiane et punition de Bessus. L'armée d'Alexandre renforcée par de nouvelles troupes
| | 11. | Alexandre obtient la reddition d'une fortification réputée imprenable tenue par le Sogdien Arimaze
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