 |  |  Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VII
Ce livre commence par la condamnation à mort de Lynceste et s'achève par la défaite du Sogdien Arimaze.
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Cependant les Macédoniens, s'étant écartés en désordre pour aller aux fourrages, furent surpris par un parti de Barbares descendus des montagnes voisines; il y en eut toutefois plus de pris que de tués : quant aux Barbares, chassant devant eux leurs prisonniers, ils regagnèrent la montagne. Ces brigands étaient au nombre de vingt mille : ils attaquent leur ennemi avec des frondes et des flèches. Tandis que le roi les assiège et qu'il combat aux premiers rangs, il est atteint à la jambe d'une flèche, dont la pointe y reste enfoncée. Les Macédoniens, frappés de tristesse et de stupeur, le reportent au camp. Les Barbares s'aperçurent bien qu'on l'avait enlevé du champ de bataille : car, de leurs hauteurs, ils avaient tout vu. Ils envoyèrent donc, le lendemain, des députés au roi; Alexandre les fit sur-le-champ introduire; et, détachant les bandes qui entouraient sa blessure, pour leur en déguiser la gravité, il leur montra sa jambe. Invités à s'asseoir, ils déclarèrent que les Macédoniens n'avaient pas été plus affligés qu'eux-mêmes en apprenant la blessure du roi; s'ils en eussent connu l'auteur, ils le lui auraient livré : car il n'appartenait qu'à des sacrilèges de combattre contre les dieux; que, du reste, cédant à son courage, ils se remettaient à sa discrétion. Le roi, après leur avoir donné sa foi et recouvré ses prisonniers, reçut ce peuple en son obéissance. L'armée s'étant remise en route, on le plaça sur une litière de campagne que fantassins et cavaliers se disputaient l'honneur de porter. Les cavaliers, au milieu desquels le roi était accoutumé à combattre, prétendaient que c'était une de leurs prérogatives. Les fantassins, au contraire, qui portaient habituellement leurs compagnons blessés, se plaignaient qu'on leur enlevât un privilège qui leur appartenait, alors précisément qu'il s'agissait de porter le roi. Alexandre, au milieu de ces prétentions rivales, trouvant le choix difficile, et craignant de choquer ceux qu'il écarterait, décida que les uns et les autres le porteraient à leur tour.
On arriva quatre jours après devant Maracande : les murs de cette ville couvrent un espace de soixante et dix stades : la citadelle n'est défendue par aucune enceinte. Après y avoir mis une garnison, Alexandre ravagea et brûla les bourgs du voisinage. Bientôt lui arrivèrent les députés des Scythes Abiens, libres depuis la mort de Cyrus, mais disposés alors à se soumettre. Ils passaient pour le plus juste d'entre les peuples barbares, ne prenant pas les armes, à moins d'être provoqués. L'habitude d'une liberté tranquille et égale pour tous, avait élevé, chez eux, les petits au niveau des grands. Alexandre leur parla avec bonté, et envoya, en même temps, aux Scythes d'Europe un de ses amis, nommé Derdas, pour leur signifier de ne point passer sans son ordre le Tanaïs, qui bornait leur territoire : sa mission était aussi de reconnaître le pays, et de s'avancer jusque chez les Scythes qui habitent sur le Bosphore. Le roi avait, en effet, choisi un emplacement sur les bords du Tanaïs, pour y bâtir une ville, barrière destinée à contenir et les peuples déjà soumis, et ceux qu'il comptait visiter dans la suite. Mais ce projet fut différé par la nouvelle de la défection des Sogdiens, qui entraîna aussi celle de la Bactriane. Sept mille cavaliers avaient donné le signal, et les autres s'étaient rangés à leur suite.
Alexandre fit venir Spitaménès et Catanès, qui lui avaient livré Bessus, ne doutant pas qu'il ne dépendit d'eux de faire rentrer les révoltés dans le devoir, en punissant les chefs de l'insurrection. Mais ils étaient eux-mêmes les auteurs de la rébellion qu'on les appelait à réprimer; c'étaient eux qui avaient répandu le bruit que le roi voulait faire venir toute la cavalerie bactrienne pour la passer au fil de l'épée : que la commission leur en avait été donnée; mais qu'ils n'avaient pu se résoudre à l'exécuter, de peur de se rendre coupables envers leurs compatriotes d'un crime impardonnable : qu'ils n'avaient pas vu avec moins d'horreur la barbarie d'Alexandre que le parricide de Bessus. Les esprits, déjà émus par eux-mêmes, se laissèrent aisément entraîner à prendre les armes dans la crainte du châtiment.
Alexandre, instruit de la trahison des transfuges, ordonna à Cratère d'aller assiéger Cyropolis : lui-même prit par blocus une ville de la même contrée; et, à un signal qu'il donna, la jeunesse fut massacrée : le reste de la population fut partagé entre les vainqueurs, et la ville rasée, afin de contenir les peuplades voisines par l'exemple de ce désastre. Les Mémacènes, nation puissante, avaient résolu de s'exposer à un siège, comme au parti le plus honorable à la fois et le plus sûr. Le roi, dans l'espoir d'ébranler leur opiniâtreté, leur dépêcha cinquante cavaliers, chargés de les informer de sa clémence envers ceux qui se soumettraient, en même temps que de son inflexible rigueur envers les vaincus. Ils répondent qu'ils ne doutent ni de la sincérité ni de la puissance du roi; et donnent ordre à ces cavaliers de camper hors des remparts de la ville. Leur prodiguant ensuite les dons de l'hospitalité, ils attendent le moment où ils les trouvent appesantis par les vapeurs du vin et par le sommeil, pour les attaquer au milieu de la nuit, et les massacrer. Alexandre, indigné comme il devait l'être, investit la ville, et, la trouvant trop bien fortifiée pour être emportée d'un premier assaut, il s'adjoint à ce siège Méléagre et Perdiccas, occupés, comme nous l'avons dit, à celui de Cyropolis. Il avait résolu d'épargner cette dernière cité, fondée par Cyrus : car, de tous les rois de ces contrées, c'était lui qu'il admirait le plus, et avec lui Sémiramis, parce qu'en eux il croyait voir briller au plus haut degré une grande âme et des actions immortelles. Mais l'opiniâtreté des habitants enflamma sa colère; et, quand la ville fut prise, il la livra à la juste fureur d'une troupe choisie de soldats macédoniens : puis, il alla rejoindre Perdiccas et Méléagre. Mais aucune ville ne soutint le siège avec plus de vigueur que celle des Mémacènes : les plus braves soldats de l'armée macédonienne y périrent, et le roi lui-même y courut le dernier danger. En effet, une pierre le frappa si violemment à la tête, qu'un nuage épais se répandit sur ses yeux, et que, privé de sentiment, il s'évanouit. Ce qui est certain, c'est que l'armée le pleura comme si elle l'eût perdu. Mais, invincible à ce qui frappe d'épouvante les autres hommes, il n'attendit pas que sa blessure fût entièrement guérie, et n'en pressa que plus vivement le siège, la colère enflammant encore son ardeur naturelle. Une mine fut donc pratiquée sous les murailles, et elle ouvrit une large brèche, à travers laquelle il se jeta dans la ville, et, vainqueur, ordonna de la raser.
De là, il envoya à Maracande Ménédème avec trois mille fantassins et huit cents chevaux. Le transfuge Spitaménès, après en avoir chassé la garnison macédonienne, s'était renfermé dans cette ville : les habitants n'étaient pas favorables à sa défection; mais ils semblaient la partager, faute de pouvoir s'y opposer. Cependant Alexandre retourne sur les bords du Tanaïs, et tout l'espace qu'avait occupé son camp, il l'entoure de murailles : l'enceinte de la ville fut de soixante stades, et il voulut que celle-là aussi prît le nom d'Alexandrie. L'ouvrage se poursuivit avec tant de rapidité, que, dix-sept jours après, les remparts, les maisons même de la ville furent achevés. II y avait, entre les soldats, une émulation extraordinaire; c'était à qui montrerait le premier sa tâche achevée : car chacun avait la sienne. La nouvelle ville fut peuplée de captifs, qu'il racheta de leurs maîtres à prix d'argent; et aujourd'hui encore, après tant de siècles, le souvenir de ses premiers habitants s'est conservé, avec celui d'Alexandre, dans leur postérité.
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| 1. | Alexandre donne l'ordre de tuer Lynceste, coupable de lèse-majesté, et ordonne une enquête contre Amyntas et Simias, ami de Philotas
| | 2. | Amyntas et ses frères rentrent en grâce. Le roi, qui envoie Polydamas en Médie pour tuer Parménion, provoque une mutinerie
| | 3. | Alexandre soumet de nombreux peuples et traverses le Caucase avec son armée en dix-sept jours
| | 4. | Bessus met en délibération la question de la guerre contre Alexandre - Ce dernier arrive dans le pays des Bactriens, où il apprend la révolte des Grecs et la mort de Satibarzanès, tué en combat singulier
| | 5. | L'armée d'Alexandre franchit le fleuve Oxus. Bessus est amené devant Alexandre qui le donne à Oxathrès, frère de Darius, pour le mettre en croix
| | 6. | Alexandre prend beaucoup de ville et fait bâtir en peu de temps Alexandrie près du fleuve Tanaïs
| | 7. | Victime d'une blessure, Alexandre tient conseil pour aller faire la guerre aux Scythes - Ménédème est tué avec deux mille fantassins et trois cents cavaliers macédoniens
| | 8. | Les ambassadeurs scythes adressent à Alexandre un discours touchant la paix
| | 9. | Alexandre fait la guerre aux Scythes et traite favorablement les vaincus
| | 10. | Courage des nobles de Sogdiane et punition de Bessus. L'armée d'Alexandre renforcée par de nouvelles troupes
| | 11. | Alexandre obtient la reddition d'une fortification réputée imprenable tenue par le Sogdien Arimaze
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