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Insecula > Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VII
Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VII
Ce livre commence par la condamnation à mort de Lynceste et s'achève par la défaite du Sogdien Arimaze.
Sommaire   

1. Alexandre donne l'ordre de tuer Lynceste, coupable de lèse-majesté, et ordonne une enquête contre Amyntas et Simias, ami de Philotas
2. Amyntas et ses frères rentrent en grâce. Le roi, qui envoie Polydamas en Médie pour tuer Parménion, provoque une mutinerie
3. Alexandre soumet de nombreux peuples et traverses le Caucase avec son armée en dix-sept jours
4. Bessus met en délibération la question de la guerre contre Alexandre - Ce dernier arrive dans le pays des Bactriens, où il apprend la révolte des Grecs et la mort de Satibarzanès, tué en combat singulier
5. L'armée d'Alexandre franchit le fleuve Oxus. Bessus est amené devant Alexandre qui le donne à Oxathrès, frère de Darius, pour le mettre en croix
6. Alexandre prend beaucoup de ville et fait bâtir en peu de temps Alexandrie près du fleuve Tanaïs
7. Victime d'une blessure, Alexandre tient conseil pour aller faire la guerre aux Scythes - Ménédème est tué avec deux mille fantassins et trois cents cavaliers macédoniens
8. Les ambassadeurs scythes adressent à Alexandre un discours touchant la paix
9. Alexandre fait la guerre aux Scythes et traite favorablement les vaincus
10. Courage des nobles de Sogdiane et punition de Bessus. L'armée d'Alexandre renforcée par de nouvelles troupes
11. Alexandre obtient la reddition d'une fortification réputée imprenable tenue par le Sogdien Arimaze
Article   
Les ambassadeurs scythes adressent à Alexandre un discours touchant la paixCourage des nobles de Sogdiane et punition de Bessus. L'armée d'Alexandre renforcée par de nouvelles troupes
Le roi leur répondit qu'il s'en rapporterait à sa fortune et à leurs conseils : à sa fortune, pour prendre confiance en elle; à leurs conseils, pour ne rien faire de téméraire et de hasardeux. Les ayant ensuite congédiés, il embarqua son armée sur les radeaux qu'il avait fait construire. À la proue, il avait placé une troupe armée de boucliers, avec ordre de se tenir à genoux pour se mieux garantir de l'atteinte des flèches. Derrière, étaient ceux qui devaient faire jouer les machines, protégés par devant et sur les côtés par des soldats; le reste, qui avait pris rang en arrière des machines, mettait à couvert les rameurs, revêtus eux-mêmes de cuirasses, sous leurs boucliers réunis en tortue. Le même ordre avait été observé sur les radeaux qui portaient la cavalerie : la plus grande partie tenaient par la bride leurs chevaux, qui nageaient derrière la poupe; quant aux autres, qui se soutenaient sur des outres remplies de paille, les radeaux qui manoeuvraient devant eux leur servaient de défense.

Le roi, avec la troupe d'élite qui l'accompagnait, mit le premier son radeau en mouvement, et commanda que l'on gouvernât vers l'autre rive; mais en face de lui étaient les Scythes, avec leur cavalerie, dont les rangs s'étaient avancés jusque sur le bord du fleuve, de manière à empêcher les radeaux de toucher même la terre. Troublés à l'aspect de cette armée qui dominait les rives du fleuve, les Macédoniens avaient encore un autre grand sujet de terreur : entraînés par le courant, les hommes placés au gouvernail ne pouvaient assurer leur marche, pendant que de leur côté les soldats chancelants, et craignant d'être renversés, troublaient les manoeuvres de l'équipage. Avec tous leurs efforts, ils étaient même incapables de lancer leurs traits, plus occupés du soin de garder leur équilibre que de faire du mal à l'ennemi. Ce furent les machines qui les sauvèrent, les traits qu'elles faisaient pleuvoir allant donner contre des escadrons serrés et qui se jetaient témérairement au-devant des coups, ne restèrent pas sans effet. Les Barbares, de leur côté, envoyèrent une grêle de flèches sur les radeaux; et à peine y eut-il un bouclier qui ne fut percé en plusieurs endroits. Déjà les radeaux touchaient la terre, lorsque la troupe, armée de boucliers, se lève tout ensemble, et, libre alors dans ses mouvements, lance ses javelots d'une main assurée. Les chevaux effrayés reculent; pleins d'ardeur à cette vue, ils s'encouragent mutuellement et s'élancent à terre. Le trouble était dans les rangs des Barbares; ils les chargèrent avec vigueur, tandis que ceux des cavaliers qui avaient leurs chevaux bridés, achevaient de rompre la ligne de l'ennemi. Le reste de l'armée macédonienne, à couvert derrière les troupes engagées, se préparait pendant ce temps au combat. Le roi lui-même suppléait par l'énergie de son âme à ce qui manquait encore de forces à son corps malade. Sa voix, qui les exhortait, ne pouvait se faire entendre, à cause de la cicatrice non encore fermée de sa tête; mais tous le voyaient combattre. Aussi faisaient-ils eux-mêmes les fonctions de chefs; et, s'animant les uns les autres, sans prendre nul soin de leur vie, ils se précipitèrent contre l'ennemi.

Il fut alors impossible aux Barbares de soutenir le regard, ni le cri, ni les armes des Macédoniens; il n'y avait parmi eux que de la cavalerie, et tous prirent la fuite à bride abattue. Le roi, quoique incapable de supporter les souffrances de son corps affaibli, s'obstina néanmoins à les poursuivre l'espace de quatre-vingts stades. Se sentant à la fin défaillir, il ordonna aux siens de s'attacher à la poursuite des fuyards, tant qu'il leur resterait un peu de jour. Pour lui, les forces même de son esprit étant épuisées, il rentra dans le camp et y demeura. Déjà avaient été dépassées les bornes de Bacchus, marquées par des pierres placées de distance en distance, et par de grands arbres dont les troncs étaient couverts de lierre; mais la fureur emporta plus loin les Macédoniens, et ils ne revinrent au camp que vers le milieu de la nuit, après avoir tué un grand nombre d'ennemis et en avoir pris davantage. Ils ramenèrent en outre avec eux dix-huit cents chevaux : leur perte se monta à soixante cavaliers et environ cent hommes d'infanterie; les blessés furent au nombre de mille.

Cette expédition, par la renommée d'une victoire remportée si à propos, remit sous le joug l'Asie en grande partie révoltée. On regardait les Scythes comme invincibles; en les voyant défaits, on reconnut qu'aucune nation n'était capable de résister aux armes macédoniennes. Aussi les Saces envoyèrent-ils une députation, chargée d'apporter au roi leur soumission. Ce qui les y déterminait, c'était moins peut-être la valeur du prince, que sa clémence envers les Scythes après la victoire. Il leur avait en effet renvoyé tous leurs prisonniers sans rançon, pour montrer qu'avec le peuple le plus belliqueux de l'Asie, il n'avait point combattu par haine, mais avait disputé le prix du courage.

Ayant donc reçu avec bonté les députés des Saces, il les fit accompagner par Euxenippos, jeune homme qui avait gagné sa faveur par les grâces de son âge, égal en beauté à Héphestion, quoiqu'il fût loin d'avoir sa mâle prestance. Pour lui, laissant l'ordre à Cratère de le suivre à petites journées avec la plus grande partie de l'armée, il se rendit à Maracande. Spitamènes, à la nouvelle de son arrivée, avait quitté cette ville et s'était réfugié à Bactres. Après avoir parcouru en quatre jours une grande étendue de pays, le roi parvint au lieu où avaient péri les deux mille fantassins et les trois cents chevaux confiés au commandement de Ménédème : il fit mettre leurs ossements dans la tombe et paya à leurs mânes le tribut accoutumé des honneurs funèbres. Déjà Cratère, qui avait l'ordre de marcher derrière avec la phalange, avait rejoint le roi. Pour faire alors peser également les maux de la guerre sur tous ceux qui avaient pris part à la révolte, il divisa ses troupes, et donna l'ordre de brûler les campagnes et de mettre à mort tout ce qui était dans l'âge de l'adolescence.

Les ambassadeurs scythes adressent à Alexandre un discours touchant la paixCourage des nobles de Sogdiane et punition de Bessus. L'armée d'Alexandre renforcée par de nouvelles troupes


 
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