 |  |  Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VIII
Ce livre commence par le don en mariage de la fille du roi des Scythes et s'achève par la vie sauve laissée à Porus.
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De là Polypercon fut envoyé contre la ville de Ora. Il en défit les habitants, qui s'étaient avancés en désordre, les poursuivit jusqu'au dedans de leurs retranchements, et se rendit maître de la place. Plusieurs autres villes de peu de renom tombèrent, désertes, au pouvoir du roi. Les habitants étaient allés se poster en armes sur un rocher appelé Aornis. La renommée publiait qu'Hercule l'avait assiégé inutilement, et qu'un tremblement de terre l'avait forcé de se retirer. À la vue de ce roc de tous côtés coupé à pic et inaccessible, Alexandre ne savait qu'imaginer, lorsqu'un vieillard, qui connaissait le pays, vint, avec ses deux fils, lui promettre, si sa peine était récompensée, de lui montrer un chemin. Alexandre s'engagea à lui donner quatre-vingts talents; et, gardant un de ses fils comme otage, il le congédia, pour qu'il allât remplir sa promesse. Un détachement de troupes légères partit sous les ordres de Mullinus, secrétaire du roi. Ils devaient tromper l'ennemi par un détour, et gagner le sommet. Ce rocher n'offre pas, comme beaucoup d'autres, une suite de pentes douces et insensibles; il s'élève tout à fait en forme de pyramide : large à sa base, il se rétrécit à mesure qu'il monte, et se termine au sommet en une pointe aiguë. Le pied en est baigné par le fleuve Indus, encaissé profondément entre ses deux rives, taillées à pic : de l'autre côté sont des précipices et d'affreux ravins. II n'y avait pas d'autre moyen d'attaque, que de combler ces abîmes. On avait sous la main une forêt : le roi la fit couper, de manière qu'on ne jetât que les troncs dépouillés : car les branches avec leur feuillage eussent embarrassé ceux qui les portaient. Ce fut lui qui lança le premier tronc d'arbre : l'armée en poussa un cri d'allégresse, et nul n'hésita plus à prendre sa part d'un travail dont le roi avait donné l'exemple. Au bout de sept jours les précipices étaient comblés : alors Alexandre ordonna à ses archers et aux Agriens de gravir les flancs escarpés du roc, il fit marcher avec eux trente jeunes gens tirés de sa compagnie, auxquels il donna pour chefs Charus et Alexandre, rappelant au dernier le nom qui lui était commun avec son roi.
Au premier moment, le péril était si manifeste, que l'on ne voulut pas que le roi y exposât sa personne; mais la trompette n'eut pas plutôt donné le signal, que l'intrépide guerrier, se tournant vers ses gardes, leur commanda de le suivre, et, le premier, il courut sur le rocher. Pas un homme ne resta dès lors en place parmi les Macédoniens; ce fut à qui laisserait son poste pour s'élancer à la suite du roi. Il y en eut plusieurs qui périrent misérablement : roulant le long d'une pente si rapide, le fleuve qui passait au-dessous les engloutit dans ses eaux; spectacle douloureux, même pour des hommes qui n'eussent pas couru le même danger! Mais le malheur des autres les avertissait de ce qu'ils avaient à redouter pour eux-mêmes; et la pitié faisant place à la crainte, c'était leur propre sort, non celui des morts, qu'ils déploraient. Déjà ils étaient parvenus à une telle hauteur, qu'il n'y avait pour eux de sûreté à en revenir que victorieux : car les Barbares faisaient rouler sur leurs têtes d'énormes quartiers de rocs qui, venant les atteindre dans leur marche chancelante et mal assurée, les précipitaient en bas. Cependant Alexandre et Charus, envoyés en avant par le roi avec trente hommes d'élite, avaient gagné le sommet, et commencé à engager de près le combat; mais, comme les Barbares tiraient sur eux d'en haut, ils recevaient plus de coups qu'ils n'en portaient. Alexandre se souvint de son nom et de sa promesse : tandis qu'il combat avec plus d'ardeur que de prudence, il tombe, percé à la fois de mille traits. Charus, en voyant son compagnon renversé, oublia tout, hormis la vengeance, et s'élança sur les ennemis, dont il tua un grand nombre à coups de lance, et quelques autres du tranchant de son épée. Mais, attaqué seul par tant de bras à la fois, il tomba sans vie sur le corps de son ami.
Touché, comme il devait l'être, de la perte de cette vaillante jeunesse, et des soldats qui avaient péri avec elle, le roi donna le signal de la retraite. Ce qui sauva les Macédoniens, c'est qu'ils se retirèrent pas à pas et avec une ferme contenance : les Barbares, contents d'avoir repoussé l'ennemi, ne se mirent point à sa poursuite. Alexandre, quoique décidé à renoncer à l'entreprise (car il ne voyait aucun moyen de se rendre maître du rocher), fit semblant néanmoins de s'obstiner à pousser le siège. Il fit occuper toutes les avenues, approcher les tours, et remplaça par des troupes fraîches celles qui étaient fatiguées. Quand ils virent son opiniâtreté, les Indiens, pendant deux jours et deux nuits, affectèrent de faire parade de leur confiance et même de leur victoire, en se livrant à la bonne chère et battant le tambour à la façon de leur pays. La troisième nuit, le bruit des tambours avait cessé de se faire entendre; mais, de tous côtés, la montagne était éclairée par des feux que les Barbares avaient allumés pour assurer leur fuite et diriger leur marche dans les ténèbres, parmi ces monts inaccessibles. Le roi envoya Balacrus en reconnaissance, et apprit que les Indiens venaient de fuir et d'abandonner le rocher : donnant alors à ses soldats le signal de pousser ensemble un même cri, il répandit l'épouvante parmi les Barbares qui fuyaient en désordre; beaucoup, comme s'ils eussent eu l'ennemi derrière eux, trouvèrent la mort en se jetant au milieu de pierres glissantes et de rocs impraticables. Un plus grand nombre, arrêtés par la perte de quelque membre, furent délaissés de leurs compagnons intacts. Alexandre, vainqueur de la nature plutôt que de l'ennemi, n'en acquitta pas moins sa dette envers les dieux par les hommages et les sacrifices qu'il leur eût offerts pour une victoire éclatante. On éleva sur le rocher des autels à Minerve et à la Victoire. Les guides qui avaient dirigé la marche des troupes légères, quoiqu'ils eussent tenu moins qu'ils n'avaient promis, reçurent fidèlement le prix convenu. La garde du rocher et du pays qui en dépendait fut confiée à Sisocostus.
| Sommaire |  |  |
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| 1. | Les Scythes offrent en mariage à Alexandre la fille de leur roi. Ce dernier tue seul un lion dans une chasse, puis Clitus dans un festin qui parlait trop librement
| | 2. | Alexandre se repent du meurtre de Clitus - Ses expéditions contre Sisimithrès et les transfuges de la Bactriane. La mort de Philippe et celle d'Érigyius
| | 3. | Alexandre demande à la femme de Spitaménès, qui apportait la tête de son mari qu'elle avait tué, de sortir du camp - Il venge quelques provinces
| | 4. | L'armée d'Alexandre est presque perdue par le froid, en allant à Gazabe - Constance d'Alexandre et son mariage avec Roxane
| | 5. | Alexandre veut qu'on le reconnaisse pour le fils de Jupiter, ce que Callisthène condamne par un discours
| | 6. | Conspiration contre Alexandre, à cause d'une injure qu'Hermolaüs en avait reçue. Callisthène innocent, il est mis entre les auteurs de cet attentat
| | 7. | Hermolaüs soutient que Callisthène est innocent
| | 8. | Réponse d'Alexandre et punition des conjurés et de Callisthène innocent
| | 9. | Description du fleuve Indus, du Gange, du Diardinès, de l'Inde, de ses habitants, de ses rois et de ses sages
| | 10. | Alexandre assujettit divers peuples de l'Inde
| | 11. | La cidatelle inaccessible d'Aornis est prise par Alexandre
| | 12. | Le prince Omphis s'abandonne avec son royaume à Alexandre qui refuse
| | 13. | Alexandre fait la guerre au roi Porus, à l'instigation d'Omphis
| | 14. | Combat des Indiens et des Macédoniens - Alexandre épargne Porus pour son courage
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