 |  |  Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre VIII
Ce livre commence par le don en mariage de la fille du roi des Scythes et s'achève par la vie sauve laissée à Porus.
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Il voulait ensuite marcher contre les Dahes : car il avait appris que c'était chez eux qu'était Spitaménès. Mais il en fut de cette expédition comme de beaucoup d'autres : la fortune, toujours infatigable à lui complaire, se chargea pour lui de la terminer. Spitaménès aimait éperdument sa femme, et, malgré le déplaisir qu'elle éprouvait à fuir sans cesse d'exil en exil, il la traînait avec lui parmi tous les dangers. Fatiguée de tant de maux, chaque jour elle employait auprès de lui les séductions de son sexe pour le décider à suspendre enfin sa fuite, à mettre à l'épreuve la clémence du vainqueur, et le fléchir, puisque aussi bien il ne pouvait lui échapper. Mère de trois fils déjà grands qu'elle avait eus de lui, elle les mettait dans les bras de leur père, le suppliant de prendre au moins pitié d'eux; et pour donner plus d'autorité à ses prières, tout près de là était Alexandre. Spitaménès, prenant de semblables paroles pour une trahison, non pour un conseil, et s'imaginant que, confiante en sa beauté, elle brûlait d'être au plus tôt entre les mains d'Alexandre, tira son cimeterre, et il allait l'en frapper, si les frères de cette femme ne se fussent jetés au-devant du coup pour l'arrêter. Il lui ordonna cependant de sortir de sa présence, la menaçant de la mort si elle s'offrait jamais à ses regards, et, pour se consoler de sa perte, il se mit à passer les nuits avec des concubines. Mais, avec le dégoût de la jouissance, se ralluma une passion qui régnait toujours dans le fond de son coeur. Il se rendit tout entier à son épouse, mais avec les plus instantes prières de ne plus lui donner un semblable conseil, et de se résigner au sort, quel qu'il fût, que leur préparait la fortune. Pour lui, la mort lui coûterait moins que la honte de se rendre. Elle se mit alors à se justifier de lui avoir conseillé une démarche qu'elle croyait utile, avec toute la faiblesse peut-être d'un coeur de femme, mais avec les plus loyales intentions; du reste, ajoutait-elle, elle n'aurait jamais d'autre volonté que celle de son mari. Spitaménès, séduit par ce feint empressement à lui complaire, fait préparer de jour un festin : appesanti par les vapeurs du vin et de la bonne chère, on l'emporte dans sa chambre à moitié endormi.
Sa femme, dès qu'elle le vit reposer d'un calme et profond sommeil, tire une épée qu'elle avait cachée sous sa robe, lui coupe la tête, et, toute souillée de sang, la remet à l'esclave complice de son crime. Accompagnée de ce même esclave, et avec sa robe encore tout ensanglantée, elle se rend au camp des Macédoniens, et fait dire à Alexandre qu'elle a des choses à lui annoncer qu'il ne doit entendre que de sa bouche. Le roi donne aussitôt l'ordre d'introduire cette femme. Quand il la vit couverte de sang, convaincu qu'elle venait se plaindre de quelque outrage, il l'invita à dire ce qu'elle souhaitait. Elle demanda alors que l'on fit entrer l'esclave qu'elle avait laissé dans le vestibule; mais, en tenant enveloppée sous ses vêtements la tête de Spitaménès, cet homme avait inspiré des soupçons, et, fouillé par les gardes, il leur montra ce qu'il cachait. La pâleur de la mort avait renversé les traits de ce visage éteint, et il était impossible de le reconnaître. Lorsque le roi sut que l'esclave portait une tête d'homme, il sortit de sa tente, et lui demanda ce que c'était; l'autre le satisfit sur-le-champ par sa réponse. À cet instant, mille pensées contraires vinrent agiter son esprit et le livrer à l'irrésolution. C'était un grand service qu'on venait de lui rendre de mettre à mort un transfuge, un traître, qui, s'il eût vécu, eût retardé le cours de ses grandes entreprises; mais, d'un autre côté, il ne pouvait voir sans horreur un forfait si énorme, une femme qui avait assassiné l'homme à qui elle devait le plus, le père de ses enfants. Cependant l'atrocité du crime l'emporta sur l'importance du service, et il lui fit signifier de sortir du camp. Il craignait que cet exemple de la férocité barbare n'altérât les moeurs des Grecs et la douceur de leur caractère.
Les Dahes, à la nouvelle de la mort de Spitaménès, livrent enchaîné à Alexandre, Dataphernès, le complice de sa trahison, et se soumettent eux-mêmes. Le roi, délivré pour le présent d'une grande partie de ses embarras, s'occupa de faire droit aux griefs des peuples qui souffraient du gouvernement avare et despotique de ses lieutenants. Il remit donc à Phrataphernès l'Hyrcanie avec le pays des Mardes et des Tapuriens, le chargeant de lui envoyer Phradatès, à qui il succédait, pour le punir par la prison. Arsamès, satrape des Dranges, fut remplacé par Stasanor. Arsacès fut envoyé en Médie pour prendre le poste d'Oxydatès. Le gouvernement de la Babylonie, vacant par la mort de Mazée, fut conféré à Ditaménès.
| Sommaire |  |  |
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| 1. | Les Scythes offrent en mariage à Alexandre la fille de leur roi. Ce dernier tue seul un lion dans une chasse, puis Clitus dans un festin qui parlait trop librement
| | 2. | Alexandre se repent du meurtre de Clitus - Ses expéditions contre Sisimithrès et les transfuges de la Bactriane. La mort de Philippe et celle d'Érigyius
| | 3. | Alexandre demande à la femme de Spitaménès, qui apportait la tête de son mari qu'elle avait tué, de sortir du camp - Il venge quelques provinces
| | 4. | L'armée d'Alexandre est presque perdue par le froid, en allant à Gazabe - Constance d'Alexandre et son mariage avec Roxane
| | 5. | Alexandre veut qu'on le reconnaisse pour le fils de Jupiter, ce que Callisthène condamne par un discours
| | 6. | Conspiration contre Alexandre, à cause d'une injure qu'Hermolaüs en avait reçue. Callisthène innocent, il est mis entre les auteurs de cet attentat
| | 7. | Hermolaüs soutient que Callisthène est innocent
| | 8. | Réponse d'Alexandre et punition des conjurés et de Callisthène innocent
| | 9. | Description du fleuve Indus, du Gange, du Diardinès, de l'Inde, de ses habitants, de ses rois et de ses sages
| | 10. | Alexandre assujettit divers peuples de l'Inde
| | 11. | La cidatelle inaccessible d'Aornis est prise par Alexandre
| | 12. | Le prince Omphis s'abandonne avec son royaume à Alexandre qui refuse
| | 13. | Alexandre fait la guerre au roi Porus, à l'instigation d'Omphis
| | 14. | Combat des Indiens et des Macédoniens - Alexandre épargne Porus pour son courage
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