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Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre IX

Ce livre commence par la conquète de l'Inde et s'achève par le retour d'Alexandre dans le pays des Arabites, des Cédrosiens et des Indiens.

   Article   

On remonta alors l'Indus, et, le second jour, on mouilla près d'un lac d'eau salée dont la nature inconnue trompa la plupart des soldats qui avaient eu la témérité de s'y baigner. Leur corps se couvrit aussitôt d'une gale, qui devint même contagieuse, et se répandit dans le reste de l'armée. On trouva dans l'huile un remède pour la guérir. Alexandre fit ensuite partir Léonnatus, pour creuser des puits sur la route de terre qu'il comptait faire suivre à son armée, et qui traversait des contrées arides; pour lui, il s'arrêta avec ses troupes, en attendant le retour du printemps. Dans cet intervalle, il s'occupa à bâtir de nombreuses villes. Il chargea Néarque et Onésicrite, marins expérimentés, d'emmener sur l'Océan ses meilleurs vaisseaux, et de s'avancer aussi loin qu'ils pourraient le faire avec sûreté, pour reconnaître la nature de cette mer; leurs instructions les autorisaient à remonter indifféremment, ou le même fleuve, ou l'Euphrate, quand ils voudraient venir le rejoindre.

Comme l'hiver commençait à s'adoucir, il brûla ceux de ses vaisseaux qui lui paraissaient inutiles, et fit prendre à son armée la route de terre. Au bout de neuf journées, il entra dans le pays des Arabites; puis, en autant de jours, dans celui des Gédrosiens. Ce peuple, qui se gouvernait librement, après avoir tenu conseil, se décida à se soumettre. On n'exigea d'eux que des vivres pour gage de leur obéissance. Cinq jours après, il arriva sur le bord d'un fleuve, appelé par les habitants Arabus. Plus loin s'offrit à lui une contrée déserte et dépourvue d'eau; après l'avoir traversée, il passa chez les Horites. Là, il remit à Héphestion la plus grande partie de son armée, et partagea avec Ptolémée et Léonnatus le commandement des troupes légères. Trois corps d'armée ravageaient ainsi à la fois les Indes, et un immense butin y fut recueilli. Ptolémée brûlait les côtes; le roi et Léonnatus, chacun de leur côté, portaient la flamme dans le reste du pays. Une ville fut encore fondée en ces parages par Alexandre : il la peupla d'une colonie d'Arachosiens. De là, il entra dans l'Inde maritime : c'est un pays qui s'étend au loin en de vastes déserts, et dont les habitants n'ont pas, même avec leurs voisins, la moindre relation de commerce. Cet isolement a rendu plus farouche encore leur génie, naturellement sauvage : leurs ongles, qu'ils ne coupent jamais, sont d'une longueur démesurée; leur chevelure, hérissée, croît dans toute sa longueur; ils construisent leurs cabanes avec des coquillages et d'autres rebuts de la mer; vêtus de peaux de bêtes, ils se nourrissent de poissons séchés au soleil, et dé la chair des autres animaux plus gros que les flots jettent sur le rivage.

Les Macédoniens, qui avaient consommé toutes leurs provisions, commencèrent à éprouver d'abord la disette, et enfin même la famine : de tous côtés, ils cherchaient les racines du palmier, seul arbre qui croisse en cette contrée; mais cet aliment même vint à leur manquer, et ils se mirent alors à tuer leurs bêtes de somme, sans épargner même les chevaux; puis, comme ils n'avaient plus de moyens de transporter leurs bagages, ils livrèrent aux flammes les dépouilles de tant d'ennemis, pour lesquelles ils avaient parcouru les contrées les plus reculées de l'Orient. La famine fut suivie de près par la peste : ces aliments malsains et nouveaux pour eux, joints aux fatigues de la marche et aux souffrances de l'âme, avaient multiplié les maladies. Ils ne pouvaient s'arrêter, ni avancer sans péril : s'ils s'arrêtaient, c'était la faim; s'ils s'avançaient, c'était la peste, qui, plus terrible, venait les atteindre. Les campagnes étaient jonchées de morts, et d'une foule, plus nombreuse peut-être, de mourants. Ceux même qui étaient le moins malades ne pouvaient suivre : car l'armée courait à marches forcées, chacun s'imaginant gagner autant de chances de salut qu'il ferait de pas en avant. On voyait donc les malheureux que leurs forces avaient abandonnés supplier les passants, qu'ils les connussent ou ne les connussent pas, de leur prêter une main secourable. Mais on n'avait pas de bêtes de somme pour les porter, et le soldat, déjà trop chargé de ses armes, avait encore devant les yeux l'image du danger qui le menaçait lui-même. Aussi, vingt fois rappelés, ils ne se retournaient même pas pour regarder leurs compagnons : la pitié dans leurs coeurs avait fait place à la crainte; les infortunés que l'on délaissait invoquaient alors le nom des dieux et le lien sacré de la religion; ils appelaient l'assistance du roi; puis, voyant qu'ils fatiguaient vainement des oreilles insensibles, le désespoir les faisait tomber dans la rage, et ils leur souhaitaient une fin comme la leur, avec des amis et des compagnons tels qu'ils étaient eux-mêmes. Le roi, accablé à la fois de douleur et de honte, en songeant qu'il était l'auteur d'un si grand désastre, envoya l'ordre à Phrataphernès, satrape des Parthes, de lui amener sur des chameaux des vivres tout cuits; il informa aussi de sa détresse les autres gouverneurs des provinces voisines. Et ils ne demeurèrent pas oisifs. De cette manière l'armée fut, du moins, délivrée de la famine, et elle atteignit enfin les frontières de la Cédrosie. Cette contrée est fertile en toute espèce de productions : Alexandre y prit ses quartiers, pour réparer par le repos les forces épuisées de ses soldats. Là, il reçut une lettre de Léonnatus, qui l'informait qu'il avait combattu avec succès contre huit mille hommes d'infanterie et cinq cents cavaliers de la nation des Horites, Il lui vint aussi un courrier de Cratère; celui-ci lui annonçait comment il avait surpris les deux nobles Persans Ozinès et Zariaspès, au moment où ils méditaient une révolte, et qu'il les tenait dans les fers.

Après avoir nommé Sibyrtius gouverneur de la Cédrosie, à la place de Ménon, que la maladie venait d'enlever, il marcha sur la Carmanie. Astaspès était le satrape de cette province; on le soupçonnait d'avoir voulu tenter une révolution, pendant que le roi était dans l'Inde : Alexandre, en le voyant venir à sa rencontre, dissimula sa colère; il lui parla avec bienveillance, et, pendant qu'il vérifiait les rapports faits contre lui, il continua de le traiter avec la même distinction. Les gouverneurs de l'Inde lui ayant envoyé, d'après ses ordres, une grande quantité de chevaux et de bêtes d'attelage, ramassée dans tout le pays placé sous leur obéissance, il en distribua à ceux de ses soldats qui avaient perdu leurs équipages. Il renouvela aussi le luxe des armures; profitant pour cela du voisinage de la Perse, où, avec la paix, régnait l'opulence. Cependant, jaloux, comme nous l'avons dit plus haut, de rivaliser avec Bacchus, Alexandre ne se contenta pas de la gloire qu'il avait rapportée des mêmes contrées; il voulut encore, élevant l'orgueil de ses pensées au-dessus des grandeurs humaines, imiter l'éclat de son triomphe, soit que le dieu ait été réellement le premier auteur de cette fête, soit qu'elle n'ait été qu'un jeu de ses prêtres en délire. Il fit joncher de fleurs et de guirlandes les villages qu'il devait traverser, disposer sur le seuil des maisons des cratères remplis de vin, et d'autres vases d'une grandeur extraordinaire; préparer enfin, de manière à contenir plusieurs soldats, des chariots couverts et décorés, ainsi que des tentes, les uns de voiles blancs, les autres d'étoffes précieuses. En tête du cortège marchaient les amis et la cohorte royale, tous couronnés de fleurs diverses et de guirlandes; d'un côté les sons de la flûte, de l'autre les accords de la lyre, accompagnaient leurs pas. Venaient ensuite les soldats en débauche, sur des chariots, ornés selon les moyens de chacun, et d'où pendaient, tout alentour, ce qu'il y avait de plus riches armures. Le roi lui-même, avec ses convives, était monté sur un char tout rempli de cratères d'or et de grandes coupes du même métal. L'armée s'avança de cette manière pendant sept jours, dans une continuelle orgie : facile proie pour les vaincus, s'ils eussent seulement trouvé un peu d'audace contre leurs vainqueurs plongés dans la débauche. C'était assez de mille hommes, braves et à jeun, pour surprendre, au milieu de leurs fêtes triomphales, les Macédoniens appesantis par une ivresse de sept jours. Mais la fortune, qui donne aux choses leur prix et leur renom, fit encore une gloire pour les armes d'Alexandre de ce qui est d'ordinaire une honte. Ce fut un sujet d'admiration pour les contemporains, comme pour la postérité, que cette armée eût ainsi traversé, tout entière ivre, des nations encore mal soumises, et que les Barbares eussent pris pour de la confiance ce qui n'était que de la témérité. Cependant le bourreau marchait à la suite de ces fêtes; et Astaspès, dont nous parlions tout à l'heure, fut condamné à périr. Tant il est vrai que la cruauté n'a rien d'incompatible avec les plaisirs, ni les plaisirs avec la cruauté!

Alexandre, qui souhaite voir l'Océan, contente enfin son désir

   Sommaire   

1. Alexandre passe dans l'Inde, après avoir vaincu Porus et assujetti à son empire
2. Alexandre exhorte ses soldats fatigués avant d'attaquer les Gangarides et les Prasiens
3. Côènos répond à Alexandre au nom de tous les soldats, et meurt quelque temps après de maladie
4. Alexandre, devenu maître des Sibes et de quelques autres peuples, entre dans le pays des Sudraques et des Malliens sans se soucier des prédictions du devin Démophon
5. Alexandre blessé dans la ville des Subraques, est découvert presque mort et abandonné
6. Les amis d'Alexandre le prient d'avoir soin de son salut et du salut de tous
7. Alexandre donne un festin aux ambassadeurs des Indiens, au cours duquel Horratas et Dioxippe se battent enfin en duel avec des armes dissemblables
8. Alexandre arrive chez les Prestes, après avoir subjugué les nations riveraines de l'Indus. Ptolémée est guéri d'une blessure empoisonnée par le secours d'une herbe
9. Alexandre, qui souhaite voir l'Océan, contente enfin son désir
10. Alexandre revient de l'Océan dans le pays des Arabites, des Cédrosiens et des Indiens, où son armée combat contre la famine et la peste ...




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