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Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre IX

Ce livre commence par la conquète de l'Inde et s'achève par le retour d'Alexandre dans le pays des Arabites, des Cédrosiens et des Indiens.

   Article   

Le roi séjourna deux jours chez ce prince; le troisième, il avait résolu de passer le fleuve, entreprise difficile, et par la largeur des eaux, et par les rochers dont le lit était embarrassé. Ayant donc pris auprès de Phégée les renseignements qui lui étaient nécessaires, il sut qu'au-delà du fleuve il y avait une route de onze jours, à travers de vastes déserts; qu'on rencontrait alors le Gange, le plus grand des fleuves de l'Inde; que, sur la rive opposée, habitaient les Gangarides et les Prasiens; que leur roi Aggrammès occupait le passage avec vingt mille hommes de cavalerie, et deux cent mille d'infanterie; qu'en outre il traînait après lui deux mille chars et des éléphants, principal objet de terreur, dont le nombre s'élevait à trois mille.

Tout cela paraissait incroyable au roi. Il s'informa donc auprès de Porus, qui l'accompagnait, si ce qu'on lui disait était véritable. Celui-ci assura que ce n'était pas sans raison que l'on vantait les forces de ces peuples et de leur empire; mais que le roi qui les gouvernait était sans nom, et sorti même de la condition la plus basse. Son père, barbier de profession, qui gagnait à peine chaque jour de quoi vivre, avait plu à la reine par son extérieur, qui n'était pas sans agréments. Appelé par elle au premier rang dans la faveur du prince qui régnait alors, il l'avait assassiné, et, sous le titre de tuteur, avait pris possession du trône; bientôt après, il avait fait périr les héritiers de la couronne, et donné naissance au roi maintenant régnant, prince haï et méprisé de ses sujets, et qui se souvenait mieux de la fortune de son père que de la sienne propre.

Ce témoignage de Porus jeta l'esprit du roi dans une grande perplexité. L'ennemi et ses éléphants ne l'inquiétaient guère; il redoutait les difficultés des lieux et la grandeur des fleuves. Il lui semblait difficile de poursuivre des peuples relégués presque aux extrémités du monde, et de les arracher de leurs retraites. D'un autre côté, son avidité pour la gloire, et son insatiable désir de renommée ne lui permettaient de reconnaître de barrière ni de distance impossibles à franchir. Puis, il lui arrivait de se demander si les Macédoniens, après avoir parcouru de si vastes espaces, après avoir vieilli sur les champs de bataille et dans les camps, voudraient le suivre à travers tant de fleuves jetés sur son passage, à travers tant d'obstacles élevés par la nature. Riches et chargés de butin, ils aimaient mieux jouir de ce qu'ils possédaient, que de se fatiguer à acquérir encore. Ses soldats n'étaient pas dans les mêmes dispositions que lui. Pour lui, qui embrassait dans sa pensée l'empire du monde, il ne se voyait encore qu'au début de sa carrière; mais eux, fatigués de leurs travaux, ne demandaient qu'à en recueillir au plus tôt le prix, et à se voir au terme de leurs périls.

La passion toutefois l'emporta sur la raison, et, ayant assemblé ses troupes, il leur parla à peu près en ces termes "Je n'ignore point, soldats, que ces jours derniers les peuples de l'Inde ont à dessein répandu une foule de bruits propres à vous effrayer; mais les vaines exagérations du mensonge ne sont point pour vous une nouveauté. C'est ainsi que les gorges de la Cilicie, les plaines de la Mésopotamie, le Tigre et l'Euphrate, que nous avons passés, l'un à gué, l'autre sur un pont, étaient dans les récits des Perses des objets si terribles. Jamais la renommée ne reste pure de tout mélange : il n'est rien qu'elle n'exagère; notre gloire même, toute réelle qu'elle est, fait plus de bruit qu'elle ne nous a coûté d'efforts. À entendre ce qu'on nous disait naguère, et de ces monstrueux animaux, semblables à autant de murailles, et du fleuve Hydaspe, et de cent autres obstacles, tous faussement exagérés, qui eût cru que nous pussions jamais les affronter? Il y a bien longtemps que nous eussions fui l'Asie, s'il avait suffi de fables pour nous vaincre."

"Croyez-vous que les troupeaux d'éléphants soient ici plus nombreux que ceux de boeufs en d'autres climats? cet animal n'est-il pas rare, difficile à prendre, et plus difficile encore à apprivoiser? Eh bien, il en est de même du reste des forces ennemies : infanterie, cavalerie, l'exagération en a fait le compte. Quant au fleuve, plus il s'étend en largeur, plus son cours est paisible. Les eaux resserrées entre leurs rives, et comme emprisonnées dans un lit trop étroit, se précipitent en torrents; un large canal leur donne une course plus lente. Tout le péril d'ailleurs est sur la rive, où, à l'instant de débarquer, l'on est attendu par l'ennemi; et, quelle que soit l'étendue du fleuve, pour prendre terre, le risque sera toujours le même. Mais, supposons vrais tous ces rapports, est-ce la grosseur des animaux, ou le nombre des ennemis qui vous effraye? Les éléphants, nous en avons un tout récent exemple, se sont jetés avec plus de fureur contre leurs maîtres que contre nous; des haches et des faux ont mutilé ces corps gigantesques. Qu'importe ensuite que l'on n'en compte pas plus qu'en avait Porus, ou qu'ils soient trois mille, lorsqu'un ou deux blessés suffisent pour mettre les autres en fuite? Peu nombreux, on les gouverne avec peine; rassemblés au nombre de tant de milliers, ils s'écraseront les uns les autres, du moment que leur masse inhabile et pesante ne saura ni rester en place, ni fuir. Pour moi, j'ai toujours fait si peu de cas de ces animaux, que, maître d'en opposer à l'ennemi, je n'ai pas voulu les employer : je savais trop bien qu'ils sont plus dangereux à l'armée où ils combattent qu'à l'armée contraire."

"Mais peut-être est-ce cette foule immense d'hommes et de chevaux qui vous épouvante? Il est vrai que vous êtes accoutumés à ne combattre que des ennemis peu nombreux, et que, pour la première fois, vous rencontrerez devant vous une multitude désordonnée. J'en atteste le Granique, témoin du courage invincible des Macédoniens contre des bataillons innombrables; la Cilicie, inondée du sang des Perses; et Arbèles, dont les champs sont jonchés des ossements de ceux que nous avons vaincus. C'est commencer bien tard à compter les légions ennemies, aujourd'hui qu'à force de vaincre vous avez fait de l'Asie une solitude. C'était au moment de traverser l'Hellespont qu'il fallait regarder à notre faible nombre. Maintenant, les Scythes marchent à notre suite; les forces des Bactriens sont à nous; les Dahes et les Sogdiens combattent dans nos rangs. Ce n'est pas toutefois en leurs bandes que je me confie; c'est sur vos bras que se fixent mes regards, c'est votre valeur qui m'assure et me garantit le succès de ce qui me reste à faire. Tant que je me trouverai au milieu de vous sur le champ de bataille, je ne compterai ni mes troupes ni celles des ennemis. Montrez-moi seulement des esprits pleins d'ardeur et de confiance. Nous ne sommes plus à l'entrée de nos travaux et de nos fatigues; nous touchons à leur terme. Nous voilà arrivés aux lieux où se lève le soleil, et sur les bords de l'Océan, si le courage ne nous manque pas; et de là, vainqueurs, après avoir porté nos conquêtes aux extrémités de la terre, nous retournerons dans notre patrie. Gardez-vous d'imiter le laboureur paresseux qui, par indolence, laisse échapper de ses mains des fruits que la saison a mûris. Et combien ici les récompenses sont plus grandes que les dangers! Le pays est à la fois riche et efféminé, et c'est au pillage que je vous conduis plutôt qu'à la gloire. Les richesses que cette mer apporte sur ses rivages, vous êtes dignes de les remporter dans votre patrie, dignes de ne reculer devant aucune épreuve, de ne faire aucun sacrifice à la crainte. Ainsi donc, par vous-mêmes, et par votre gloire qui vous élève au-dessus de l'humanité, par les services que vous me devez et ceux que je vous dois, je vous supplie, je vous conjure de ne pas abandonner, au moment de toucher les limites du monde, votre élève, votre compagnon d'armes, je ne veux pas dire votre roi."

"Jusqu'ici je vous ai commandé; aujourd'hui, c'est une dette que je viens contracter envers vous : et celui qui vous prie, c'est moi, moi qui ne vous ai jamais rien ordonné sans aller le premier m'offrir au péril; qui souvent, au milieu du combat, vous ai couverts de mon bouclier. Ah! ne brisez pas dans mes mains une palme qui, si l'envie n'y met obstacle, égalera ma gloire à celle d'Hercule et de Bacchus; accordez cette grâce à mes prières, et rompez enfin un silence si obstiné. Où sont ces cris, témoignage de votre allégresse? où est ce visage de mes Macédoniens? Je ne vous reconnais plus, soldats, et il semble que je ne sois plus reconnu de vous. Depuis longtemps je ne parle plus qu'à de sourdes oreilles, et je me consume en efforts pour ranimer des esprits. mécontents et abattus."

Et comme les Macédoniens, la tête baissée, continuaient de garder le silence : "Je ne sais, reprit-il, de quel tort je me suis, sans le vouloir, rendu coupable envers vous, pour que vous ne daigniez pas même me regarder. Il me semble être seul au milieu d'un désert. Personne qui me réponde; personne qui me fasse entendre même un refus. À qui parlé-je, et que demandé-je? C'est de votre gloire, de votre propre grandeur qu'il s'agit ici. Où sont-ils, ceux que je vis naguère se disputer l'honneur de recevoir entre leurs bras leur roi blessé? Je suis abandonné, délaissé, livré à l'ennemi; mais, seul, je saurai encore poursuivre ma marche. Laissez-moi à la merci des fleuves, de ces monstrueux animaux, de ces nations dont les noms vous font trembler; j'en trouverai d'autres pour me suivre, si vous m'abandonnez. J'aurai avec moi les Scythes et les Bactriens, jadis mes ennemis, aujourd'hui mes soldats. Il vaut mieux mourir que de n'avoir qu'un commandement précaire. Allez, retournez dans vos demeures; partez, glorieux d'avoir délaissé votre roi. Quant à moi, je saurai trouver ici la victoire dont vous avez désespéré, ou une mort honorable.

Alexandre passe dans l'Inde, après avoir vaincu Porus et assujetti à son empireCôènos répond à Alexandre au nom de tous les soldats, et meurt quelque temps après de maladie

   Sommaire   

1. Alexandre passe dans l'Inde, après avoir vaincu Porus et assujetti à son empire
2. Alexandre exhorte ses soldats fatigués avant d'attaquer les Gangarides et les Prasiens
3. Côènos répond à Alexandre au nom de tous les soldats, et meurt quelque temps après de maladie
4. Alexandre, devenu maître des Sibes et de quelques autres peuples, entre dans le pays des Sudraques et des Malliens sans se soucier des prédictions du devin Démophon
5. Alexandre blessé dans la ville des Subraques, est découvert presque mort et abandonné
6. Les amis d'Alexandre le prient d'avoir soin de son salut et du salut de tous
7. Alexandre donne un festin aux ambassadeurs des Indiens, au cours duquel Horratas et Dioxippe se battent enfin en duel avec des armes dissemblables
8. Alexandre arrive chez les Prestes, après avoir subjugué les nations riveraines de l'Indus. Ptolémée est guéri d'une blessure empoisonnée par le secours d'une herbe
9. Alexandre, qui souhaite voir l'Océan, contente enfin son désir
10. Alexandre revient de l'Océan dans le pays des Arabites, des Cédrosiens et des Indiens, où son armée combat contre la famine et la peste ...




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