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Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre IX

Ce livre commence par la conquète de l'Inde et s'achève par le retour d'Alexandre dans le pays des Arabites, des Cédrosiens et des Indiens.

   Article   

On était arrivé à l'endroit où l'Hydaspe vient se joindre à l'Acésinès. De là il prend son cours vers les frontières des Sibes. Ces peuples racontaient que leurs ancêtres faisaient partie de l'armée d'Hercule, et que, laissés malades par ce conquérant, ils avaient occupé le pays où on les voyait établis eux-mêmes. Ils portaient des peaux de bêtes pour vêtements, pour armes des massues; et, quoique les moeurs grecques se fussent perdues parmi eux, on y reconnaissait encore des traces nombreuses de leur origine. Alexandre débarqua en cet endroit, s'avança de deux cent cinquante stades au coeur du pays; et, après y avoir porté le ravage, en prit, par blocus, la capitale. Une autre nation s'était présentée en armes avec quarante mille fantassins sur la rive opposée : il passa le fleuve, les mit en fuite, et les força jusque dans leurs murailles, où ils s'étaient renfermés : les jeunes gens furent égorgés, le reste de la population vendu. Il alla ensuite entreprendre le siège d'une autre ville; mais, cette fois, la vigoureuse résistance des habitants le fit reculer, et il perdit un grand nombre de Macédoniens. Comme il n'en persistait pas moins dans son entreprise, les assiégés, désespérant de leur salut, mirent le feu aux maisons, et se jetèrent, avec leurs femmes et leurs enfants, parmi les flammes de l'incendie. Leurs mains travaillaient à l'alimenter, pendant que celles des Macédoniens s'efforçaient de l'éteindre; et de là un genre tout nouveau de combat : les habitants détruisaient leur ville, les ennemis la défendaient : tant la guerre peut bouleverser jusqu'aux droits de la nature! La citadelle de cette ville était intacte : le roi y laissa une garnison. Il en fit lui-même le tour par eau : car trois fleuves, les plus grands de l'Inde après le Gange, baignent les murs de cette forteresse. Du côté du septentrion, elle est entourée par les eaux de l'Indus; du côté du midi, par celles de l'Acésinès et de l'Hydaspe. Ces fleuves, en se réunissant, forment des vagues semblables à celles de la mer; et quelquefois le choc de leurs eaux soulève des masses d'un épais limon, qui réduisent à un étroit canal le passage navigable pour les bâtiments. Les flots se succédaient donc avec rapidité, et venaient battre tantôt la proue, tantôt les flancs des navires; les matelots s'efforçaient de gagner terre : mais la peur, en même temps que l'impétueuse violence du torrent, contrariaient leurs manoeuvres. Deux bâtiments des plus grands furent submergés, aux yeux de tout le monde : les plus légers, quoiqu'il fût également impossible de les gouverner, furent cependant poussés sur la rive, sans éprouver aucun dommage. Le roi lui-même donna dans des tourbillons très rapides, où son navire, tournoyant sans cesse, était emporté de côté, incapable d'obéir au gouvernail.

Déjà il s'était dépouillé de ses vêtements, et allait s'élancer dans le fleuve; ses amis nageaient non loin de là pour le recevoir; mais le danger était également menaçant, soit qu'il se jetât à la nage, soit qu'il continuât à naviguer. Les rameurs redoublèrent donc d'efforts, et tout ce que le bras de l'homme a de force fut employé à rompre les vagues qui se précipitaient de toutes parts. On eût dit que les eaux étaient déchirées sous leurs coups, et que les gouffres reculaient devant eux. Enfin le bâtiment fut dérobé à l'ardeur des eaux, mais sans pourtant gagner la rive : il fallut l'échouer sur un bas-fond, qui en était proche. C'était une sorte de guerre que l'on venait de faire contre le fleuve. Aussi Alexandre fit-il élever pour chaque fleuve un autel, et, après avoir offert un sacrifice, s'avança de trente stades. On entra dans le pays des Sudraques et des Malliens, peuples d'ordinaire en guerre l'un avec l'autre, mais que la communauté du péril avait alors réunis. Ils avaient une infanterie de quatre-vingt-dix mille jeunes gens sous les armes, et, en outre, dix mille chevaux avec neuf cents chars.

Les Macédoniens, qui s'étaient crus au terme de toutes leurs épreuves, lorsqu'ils virent qu'une nouvelle guerre leur restait à commencer contre les nations les plus belliqueuses de l'Inde, furent frappés d'une crainte panique, et se remirent à éclater contre le roi en clameurs séditieuses : "On avait été forcé, disaient-ils, de renoncer au Gange et aux contrées au-delà de ce fleuve : et cependant la guerre n'était pas finie; elle avait seulement changé de théâtre. On les poussait contre des peuplades indomptées, et leur sang aller couler pour ouvrir à leur roi une route vers l'Océan. Entraînés par-delà le cours des astres et du soleil, ils allaient se perdre dans des pays dont la nature avait dérobé la vue aux yeux des humains; avec de nouvelles armes, c'était toujours pour eux de nouveaux ennemis. Et quand ils les auraient tous battus ou mis en fuite, quelle récompense les attendait? des brouillards, des ténèbres, et une mer enveloppée dans une nuit perpétuelle; des abîmes remplis de monstres énormes; des eaux immobiles, sur lesquelles la nature épuisée n'avait plus d'action.

Le roi, tourmenté de l'inquiétude de ses soldats, non de la sienne, les réunit en assemblée, et leur dit, "que les peuples, objet de leur effroi, étaient inhabiles à la guerre; que c'était désormais le dernier obstacle qui leur restait à vaincre; qu'ils auraient alors traversé la terre dans toute son étendue, et toucheraient à la borne du monde, en même temps que de leurs travaux. Qu'il avait cédé à la crainte que leur inspiraient le Gange et les nombreuses nations situées au-delà de ce fleuve, qu'il avait pris un autre chemin, où, avec moins de danger, il y avait autant de gloire. Que déjà ses regards découvraient l'Océan, déjà l'air de la mer venait souffler sur leurs visages; qu'ils ne lui enviassent pas cet honneur auquel il aspirait. En aidant leur roi à dépasser les limites d'Hercule et de Bacchus, ils lui donneraient, à bien peu de frais, une renommée immortelle. Qu'ils lui permissent enfin de sortir de l'Inde et de n'en pas fuir."

C'est l'ordinaire de toute assemblée, surtout de gens de guerre, de se laisser emporter à de rapides changements. Aussi, arrêter une sédition ne coûte-t-il guère plus que de la faire naître. Jamais son armée ne lui avait répondu par les cris d'un plus vif enthousiasme : ils lui demandaient de les mener au combat avec la protection des dieux, d'égaler sa gloire à celle des héros dont il s'était fait le rival. Charmé de ces acclamations, Alexandre marcha sur-le-champ à la rencontre des ennemis. C'étaient les peuples les plus puissants de l'Inde, et ils se préparaient vigoureusement à la guerre. Ils avaient choisi, parmi les Sudraques, un chef d'une valeur éprouvée. Celui-ci établit son camp au pied d'une montagne, et fit allumer une longue ligne de feux, pour grossir ses forces aux yeux de l'ennemi : en même temps il essaya, mais sans succès, par des cris et des hurlements poussés par intervalle, d'une manière particulière à ces Barbares, de jeter la terreur parmi les Macédoniens endormis.

Déjà le jour commençait à poindre, lorsque le roi, plein de confiance et d'espoir, commande à ses soldats, tout prêts à le suivre, de prendre les armes et de marcher au combat. Mais, soit crainte, soit effet d'une sédition subite dans leur camp, les Barbares prirent aussitôt la fuite. Ce qui est certain, c'est qu'ils se jetèrent dans des montagnes escarpées et d'un accès difficile. Le roi poursuivit inutilement leur corps d'armée, et ne resta maître que de leurs bagages.

Il arriva ensuite devant la ville des Sudraques, où la plupart s'étaient réfugiés, n'ayant guère plus de confiance dans leurs murailles que dans leurs armes. Déjà il se préparait à l'attaquer, lorsqu'un devin lui conseilla de ne point s'y hasarder, ou tout au moins de différer le siège : car, d'après les présages, il y avait danger pour sa vie. Alexandre, se tournant vers Démophon (c'était le nom du devin) : "Si quelqu'un, lui dit-il, venait t'interrompre ainsi au milieu des pratiques de ton art, lorsque tes regards sont fixés sur les entrailles des victimes, il me semble que tu le trouverais importun et fâcheux. - Sans doute, répondit celui-ci. - Eh bien donc, reprit Alexandre, crois-tu que, lorsque j'ai sous les yeux de si grands événements, et non des entrailles d'animaux, il puisse me survenir de pire contretemps qu'un devin avec ses rêves superstitieux?" Et sans perdre un instant de plus, que celui de lui répondre, il fit planter ses échelles; puis, comme on tardait à le suivre, il s'élança sur le haut de la muraille.

Le couronnement de ce mur était étroit : la partie supérieure n'en était pas, comme d'ordinaire, hérissée de créneaux; mais un simple parapet, qui régnait tout autour, servait de barrière. Le roi se cramponnait donc, plutôt qu'il ne se tenait, au bord de la muraille, parant avec son bouclier les traits qu'on lui lançait de côté et d'autre : car, de toutes parts, on le visait du haut des tours. Et il était impossible à ses soldats de le rejoindre, écrasés qu'ils étaient par les traits qui pleuvaient sur eux. Enfin, la honte l'emporta sur la grandeur du péril; ils voyaient que leur lenteur livrait le roi aux ennemis. Mais leur empressement même retarda les secours qu'ils voulaient lui porter. Luttant de vitesse pour arriver en haut, ils chargèrent les échelles, qui ne purent résister à leur poids; et leur chute trompa l'unique espoir qui restât au roi : c'est ainsi qu'à la vue d'une si puissante armée, il restait délaissé comme dans une entière solitude.

Côènos répond à Alexandre au nom de tous les soldats, et meurt quelque temps après de maladieAlexandre blessé dans la ville des Subraques, est découvert presque mort et abandonné

   Sommaire   

1. Alexandre passe dans l'Inde, après avoir vaincu Porus et assujetti à son empire
2. Alexandre exhorte ses soldats fatigués avant d'attaquer les Gangarides et les Prasiens
3. Côènos répond à Alexandre au nom de tous les soldats, et meurt quelque temps après de maladie
4. Alexandre, devenu maître des Sibes et de quelques autres peuples, entre dans le pays des Sudraques et des Malliens sans se soucier des prédictions du devin Démophon
5. Alexandre blessé dans la ville des Subraques, est découvert presque mort et abandonné
6. Les amis d'Alexandre le prient d'avoir soin de son salut et du salut de tous
7. Alexandre donne un festin aux ambassadeurs des Indiens, au cours duquel Horratas et Dioxippe se battent enfin en duel avec des armes dissemblables
8. Alexandre arrive chez les Prestes, après avoir subjugué les nations riveraines de l'Indus. Ptolémée est guéri d'une blessure empoisonnée par le secours d'une herbe
9. Alexandre, qui souhaite voir l'Océan, contente enfin son désir
10. Alexandre revient de l'Océan dans le pays des Arabites, des Cédrosiens et des Indiens, où son armée combat contre la famine et la peste ...




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