 |  |  Les bas-reliefs narratifs khmers
La mythologie, les histoires des dieux et des héros telles qu'elles apparaissent dans l'art khmer, sont largement inspirées par la littérature du sous-continent indien.
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Celle-ci constitue le réservoir auquel les sculpteurs khmers chargés de décorer les monuments ont puisé dès le VIIème siècle et sans discontinuer depuis. Si, au départ, les seuls linteaux offrent une vision idéale mais forcément allusive de certains grands mythes hindous, compte tenu du cadre relativement exigu de ce genre de support, le propos des artistes devient plus explicite à partir du milieu du Xème siècle, notamment dans les frontons dont la surface permet à la narration de se déployer plus librement.
Les thèmes
Au Cambodge, la majorité des scènes narratives dont les sujets se laissent identifier sont tirées des célèbres épopées indiennes du Mahâbhârata et du Ramayana.
Ne comptant pas moins de 90.000 vers dans ses versions indiennes classique, le Mahâbhârata, traditionnellement attribué au sage Vyâsa - l'ancêtre des héros de l'épopée -, est l'un des plus longs poèmes de la littérature universelle. L'exégèse moderne considère toutefois que le texte, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est une sorte d'agrégat d'éléments littéraires disparates mais unitaires au plan cultuels, probablement compilés entre les IVème siècle avant et après l'ère chrétienne. L'histoire conte la rivalité qui opposa en des temps immémoriaux deux clans rivaux mais néanmoins cousins : les Pandava - incarnant le bien - et les Kaurava - personnifiant le mal. Outre un récit imagé à la trame complexe et dense, le Mahâbhârata inclut, presque sous forme de paraboles, divers mythes fondamentaux de l'hindouisme.
Le Ramayana, quant à lui, est beaucoup plus court et d'une certaine manière plus facile d'accès dans sa symbolique. Traditionnellement tenu pour être l'oeuvre du sage Valmiki, le texte aurait été compilé entres les IIème siècles avant et après l'ère chrétienne. Le héros de l'histoire, Râma, l'une des incarnations du dieu Vishnou, se voit banni de son royaume et contraint de mener une existence périlleuse dans les forêts en compagnie de son frère Laksmana et de son épouse Sita. Cette dernière, enlevée par le démon Ravana, sera l'enjeu d'une terrible bataille au cours de laquelle le peuple des singes, alliés de Rama, montrera sa bravoure.
Le propos
A la différence de ce que l'on observe dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est, à Java par exemple, les artistes khmers n'ont nullement tenté de restituer en continu la trame des textes qu'ils avaient la charge d'illustrer. Ainsi, on chercherait en vain dans les temples d'Angkor une série de scènes, qu'elles figurent sur des linteaux, des frontons, ou même des parois de certains monuments, permettant de suivre le Ramayana ou, plus encore, le Mahâbhârata dans leur déroulement chronologique, une série dans laquelle la narration s'articulerait sur les principaux épisodes de l'histoire, et que l'on pourrait lire et comprendre, tel un livre d'images. Les artistes ont en fait procédé différemment. Leur intérêt a surtout porté sur la signification qu'ils attribuaient, et les commanditaires avec eux, à tel ou tel épisode. Même si nous ne comprenons pas toujours la logique narrative de l'époque angkorienne, il apparaît évident que certaines scènes étaient porteuses d'un sens essentiel dans la symbolique d'ensemble des monuments. En l'état actuel des connaissances, en effet, il semble difficile d'expliquer autrement la présence fréquente d'épisodes tout à fait mineurs dans le déroulement du récit - ainsi de l'affrontement des démons Sunda et Upasunda sur le fronton de Banteay Srei (vers 967) - et l'absence d'illustration de moments cruciaux pour la simple compréhension de l'histoire.
Les procédés
Si l'on exclut les compositions couvrant - sur parfois plus de cent mètres - les murs de certaines galeries-enceintes des temples d'Angkor Vat (première moitié du XIIème siècle), du Bayon et de Banteay Chmar (fin du XIIème/début du XIIIème siècles), pour ne citer que les plus importants ensembles de cette nature, l'art narratif khmer apparaît principalement aux linteaux et aux frontons surmontant les portes, vrais ou fausses, du plus modeste comme du plus compliqué des édifices. Les artistes avaient la possibilité de représenter une ou plusieurs scènes dans l'espace triangulaire d'un tympan où les compositions sur un seul plan caractérisent surtout les Xème et XIème siècles, alors qu'aux XIIème et XIIIème siècles des compositions en registres sont plus volontiers retenues. En ce qui concerne les linteaux, lorsqu'une scène est figurée - notamment dans le style préangkorien de Prei Kmeng (seconde moitié du VIIème siècle) et à partir du style du Baphuon (XIème siècle et suivants)-, mes acteurs occupent pratiquement toute la hauteur disponible, la scène se déployant elle-même sur toute la longueur du bloc. Souvent, pourtant, la narration procède, notamment à partir du style de Bantéay Srei (vers 967) - selon une technique que l'on pourrait qualifiée de pointilliste en ce que de petits groupes de personnages s'insèrent dans les méandres des motifs végétaux constituant l'ornementation principale.
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