L'image du Bouddha dans les arts thaïs
La grande majorité des représentations de Bouddha dans les arts thaïs sont des rondes-bosses en bronze fondues à cire perdue. Beaucoup devaient originellement être dorées et revêtues d'un véritable costume monastique.
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Outre les bronzes, diverses sculptures seront réalisées en grès, notamment à l'époque d'Ayutthaya, en briques recouvertes de stuc, ou en terre cuite. De rares oeuvres, enfin, seront fondues en métaux précieux (argent, or). Toutes les images représentent le Bouddha historique Sâkyamuni et les iconographies principalement retenues nous le montrent :
- debout, exécutant le geste de l'absence de crainte (abhaya mudrâ), parfois avec les deux mains selon une iconographie développée par les sculpteurs de l'école de Dvâravatï et ultérieurement considéré comme le Bouddha apaisant les flots.
- assis, dans l'attitude de la prise de terre à témoin (bhûmisparsa mudrâ), le Bouddha étant alors qualifié de vainqueur de Mâra, plus rarement en méditation (samâdhi), les mains en dhyâna mudrâ
- couché lors de l'entrée dans le nirvâna
- marchant, une évocation de la Descente du Ciel des Trente-trois dieux ou, selon une autre interprétation, laissant son empreinte sur le sol, type d'image typiquement thaï dans le domaine de la statuaire en ronde-bosse.
Style de Sukhothaï
(XIVème siècle/XVème siècle)
Le canon des images du Bouddha du style de Sukhothaï est élancé. Le modelé du corps aux articulations peu marquées est souple.
Les épaules et le torse sont larges, les doigts fins et fuselés, les talons saillants.
Le contour du visage souriant et aux joues plaines s'inscrit dans un ovale parfait.
Les yeux mi-clos sont soulignés par des paupières galbées surmontées d'arcades sourcilières en arc de cercle s'infléchissant légèrement sir les tempes et prenant naissance au départ d'un nez fortement busqué.
Le menton saillant est souligné par une incision en arc de cercle.
La chevelure, en pointe sur le front, est traitée en grosses boucles enroulées et l'usnisa (protubérance crânienne) hémisphérique est surmontée d'une flamme.
Le costume monastique épousant étroitement le corps découvre l'épaule droite pour les Bouddha assis, couchés et marchant, avec, dans ce cas, un étroit et long pan d'étoffe se terminant en queue de poisson à hauteur du nombril.
La posture assise est celle di virâsana (jambes croisées l'une sur l'autre).
Les images tardives (XVème siècle et suivants) sculptées dans le style de Sukhothaï sont parfois qualifiées de postclassiques et présentent un modelé plus sec que les images anciennes. Les doigts peuvent y être d'égale longueur.
Premier style du Lanna ou Chieng Sen primitif - Bouddha du type Lion
(fin du XIIIème siècle/milieu du XIVème siècle)
Le canon des images du premier style du Lanna est assez trapu.
Le modelé du corps est souple, les épaules et le torse sont larges.
Le contour du visage souriant aux joues pleines s'inscrit dans un cercle.
Les yeux mi-clos aux paupières galbées sont surmontés d'arcades sourcilières en arc de cercle prenant naissance au départ du nez légèrement busqué.
Le menton est saillant et souligné par une incision en arc de cercle.
La chevelure en légère pointe sur le front est traitée en grosses boucles enroulées et l'usnisa hémisphérique est surmonté d'un ornement lisse et bulbeux (joyau) improprement qualifié de bouton de lotus.
Le costume monastique épouse le corps et présente un étroit et court pan d'étoffe se terminant en queue de poisson sur l'épaule gauche.
La posture assise est celle du vajrâsana (jambes croisées étroitement, les deux plantes de pieds étant visibles).
Il est possible de ce type d'image soit apparu pour la première fis dans l'art de Sukhothaï et n'ait été adopté par les imagiers du Lanna qu'après coup.
Second style du Lanna ou Chieng Sen tardif / Chieng Maï
(milieu du XIVème siècle et suivants)
Reprise du style Chieng Sen primitif et d'un ou plusieurs éléments du style de Sukhothaï : canon longiligne, visage ovale, usnisa surmonté d'une flamme, pan d'étoffe sur l'épaule gauche long et se terminant en queue de poisson au hauteur du nombril, posture assise en vajrâsana.
Les images les plus tardives, à partir du XVIIème siècle, accusent une forte tendance à la stylisation du visage et à la schématisation du modelé.
Style d'U Thong A ou de Suphanburi
(seconde moitié du XIIIème siècle)
Le canon des images du Bouddha du style d'U Thong A est naturel. Le modelé du corps est relativement géométrique. Les visages, au front large et au nez droit, s'inscrivent dans un carré. Les yeux en amandes sont surmontés d'arcades sourcilières rectilignes. La chevelure, dont les boucles sont traitées en petits cônes pointus, est bordée d'in liseré rectiligne sur le front. L'usnisa conique est lisse.
Le costume monastique couvre les deux épaules, pour les images de Bouddha debout, et laisse l'épaule droite découverte, dans les autres cas.
Style d'U Thong B ou de Sankhaburi
(fin du XIIIème siècle/troisième quart du XIVème siècle)
Tous les éléments du style d'U Thong A sont repris dans un canon un peu plus élancé. Une flamme surmonte systématiquement l'usnisa recouvert, comme l'ensemble de la tête, de petites boucles traitées en cônes acérés ou même en pointe. Les styles A et B d'U Thong sont fortement influencé par l'art khmer.
Style d'U Thong C et début du style d'Ayutthaya
(fin du XIVème siècle/milieu du XVème siècle)
De nombreux éléments du style d'U Thong B et du style de Sukhothaï sont repris : canon élancé, visage ovale, chevelure bouclée en pointe sur le front et bordée d'un liseré.
Style d'Ayutthaya
(milieu du XVème siècle/XVIII siècle)
Le canon des images du style d'Ayutthaya est élancé. Le modelé du corps est assez sec et géométrique. Le visage au contour ovale présente des yeux mi-clos aux paupières discrètement galbées. Les arcades sourcilières en arc de cercle et tranchantes prennent naissance au départ du nez légèrement busqué.
La chevelure, légèrement infléchie au milieu du front, est traitée en boucles enroulées.
L'usnisa hémisphérique est surmonté d'une flamme.
Les doigts fins sont d'une longueur égale ou presque.
Le costume monastique découvre l'épaule droite pour les Bouddha assis, marchant (rares) et couchés, avec, dans ce cas, un étroit pan d'étoffe se terminant horizontalement à hauteur du nombril.
La posture assise est celle du virâsana.
Le style d'Ayutthaya comporte de nombreux Bouddha parés portant notamment une couronne à ailettes latérales (type peu paré dit song khruang noi) ou ce même ornement ainsi qu'un collier pectoral à pendentif, des bracelets, de bagues, un double bandeau barrant le torse en croix ... (type très paré dit song khruang yai).
Style de Ratanakosin ou de Bangkok
(fin du XVIIIème siècle/XXème siècle)
Ce style éclectique reprend, en le surchargeant, le style d'Ayutthaya et divers éléments des styles antérieurs. Le modelé sec et géométrique des plus anciennes images s'adoucit dès le milieu du XIXème siècle, sous l'influence des arts de l'Occident.
Le costume monastique, très orné, reproduit les vêtements de cour de l'époque. Il est rehaussé d'incrustations de verroterie.
Les Bouddha parés sont du type song khruang yai.
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