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Guide de visite : Jeanne d'Evreux
Jeanne d'Evreux
Naissance : France / Décès : 1371
Capétiens directs
Fille de Louis d'Evreux et Marguerite d'Artois
Soeur de Philippe d'Evreux et Marie d'Evreux


Jeanne d'Evreux est la fille du Comte d'Evreux, fils du roi Philippe III, et de Marguerite d'Artois. Elle est donc l'arrière-petite fille de Saint Louis.

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Biographie   
Elle deviendra la troisième femme de Charles IV en 1325. Ce dernier fils de Philippe le Bel est également descendant de Saint Louis. Le roi décède en 1328. Jeanne d'Evreux, enceinte sans héritier mâle, décèdera en 1371 à Brie-Comte-Robert.

Le mécénat de Jeanne d'Evreux se manifestera dans les domaines de l'enluminure, de la sculpture, de l'orfèvrerie, de l'architecture. Ce mécénat interviendra durant les règnes de Charles IV de 1322 à 1328, de Philippe VI de 1328 à 1350, de Jean II le Bon de 1350 à 1364 et celui de Charles V. Cette période sera marquée par la Guerre de cent ans, la famine, les pestes noires de 1348 et 1350 et une crise économique sans précédent.

Cette crise et la mise en place d'un système fiscal très favorable aux riches engendreront une concentration des fortunes individuelles. Les cours princières constitueront d'importants centres de la création. Les nouveaux mécènes, notamment les auxiliaires des souverains chargés de collecter les impôts ainsi que les lombards, entretiendront et protégeront leurs artistes convoités par la concurrence. Les ateliers d'enluminure et d'orfèvrerie se développeront, notamment à Paris. La noblesse et les institutions religieuses subiront les effets de la crise. Les institutions religieuses ruinées, écrasées d'impôts et exploitées par le pape, perdront progressivement leur puissance économique. La création se fera en partie hors de l'église.

L'apparition de nouveaux ateliers parisiens modifiera le statut de l'artiste. Celui-ci, qui sortira de l'anonymat, fabriquera ses produits avant de les vendre. Les artisans voyageront de cour en cour. Ils s'imprègneront des styles régionaux, voire nationaux, et s'adapteront ainsi à un style européen plus homogène.

Le mécénat de Jeanne d'Evreux permettra la création des gisants de Maubuisson et de Saint-Denis, de la Vierge à l'enfant du Louvre et de Saint Jean l'Évangéliste de Magny-en-Vexin, d'un livre d'Heures et du maître-autel de Maubuisson. Elle sera également le commanditaire des bâtiments du couvent des Cordeliers de Paris.

La Vierge à l'enfant et son pendant saint Jean l'Évangéliste

La Vierge porte l'enfant Jésus et tient, dans sa main droite, un reliquaire en forme de fleur de lys constitué de plaques de cristal contenant les cheveux de la Vierge. Ce groupe est posé sur un piédestal composé d'émaux de basse taille sur argent, où sont représentées des scènes du Nouveau Testament : l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, l'Annonciation aux bergers, l'Adoration des rois, la Présentation au Temple, la Fuite en Égypte, le Massacre des innocents, la Résurrection de Lazare et le Baiser de Judas... Les vingt-deux petites figures ciselées, qui décorent les angles du piédestal, représentent les prophètes de la loi nouvelle et parmi eux les rois prophètes. Les plaques émaillées, rapportées aux quatre angles du piédestal, réunissent les armoiries de France et d'Evreux (Fleur de lys sans nombre et une bande composée d'argent et de gueules).

Les mécènes indiqueront l'origine de leurs oeuvres par une inscription ou par la présence de leurs armes. Le caractère profondément humanisé des oeuvres renforçait l'idée d'une lignée royale élue par Dieu dont faisait naturellement partie le mécène. Les fréquentes représentations de la Vierge à l'enfant, habillée dans un drapé souple et tuyauté, adopteront un déhanché caractéristique. Leur tête sera tournée vers l'enfant et traduit des gestes maternels. Jeanne d'Evreux aurait insisté pour que la Vierge ait un geste de tendresse pour son Fils dans l'esprit de la dévotion franciscaine.

La pièce d'orfèvrerie représentant Saint Jean l'Évangéliste, de même grandeur et tenant une dent dans sa main, était un pendant de cette oeuvre. Les piédestaux étaient identiques.

Tombeau des entrailles de Charles IV et de Jeanne d'Evreux

Hennequin de Liège, originaire de Liège, travaillera pour Édouard III, le pire ennemi de la France, au tombeau de Philippa de Hainaut, oeuvre entreprise du vivant de la reine. Charles IV manifestera le désir d'être inhumé en trois lieux, selon une pratique courante à l'époque. Il sera enterré à Saint-Denis auprès de ses ancêtres, et fera don de son coeur aux Frères Prêcheurs de Paris et de ses entrailles à Notre-Dame-la-Royale à Maubuisson.

Les gisants sont accompagnés d'animaux selon un usage en vigueur dans l'art funéraire. Jeanne d'Evreux pose ses pieds sur deux chiens, symboles pour une veuve de sa fidélité envers la mémoire de son époux. Les pieds de Charles IV reposent sur un lion et une lionne, symboles de la force et témoignage du rejet de la tentation et du péché.

Le retable de Maubuisson

Jeanne d'Evreux associera sa propre image au Maître-autel qu'elle offrira à l'abbaye de Maubuisson vers 1340, ainsi que celles de son époux et ses deux filles, Marie et Blanche de France. Cette oeuvre est attribuée à Évrard d'Orléans, artiste connu de 1292 à 1357. Les portraits des membres de la famille royale, qui s'associait ainsi à la famille du Christ, étaient présents dans le lieu cultuel le plus important de l'église.

Le livre d'heures de Pucelle

Les livres d'heures permettaient de suivre le rituel de la piété quotidienne établie par l'église. Cette littérature, apparue dans la seconde moitié du XIIème siècle, deviendra la forme la plus commune du livre d'Heures privé au XIVème siècle.

Le roi offrira ce livre d'heures à son épouse, Jeanne d'Evreux, peut-être à l'occasion de leur mariage ou du couronnement de Charles IV à la cathédrale de Reims.

La reine en fera don, à sa mort, au roi Charles V. On retrouve sa trace dans les inventaires de la bibliothèque du Duc de Berry, en 1401, 1413 et 1416, décrit en ces termes " Item unes petites heures de Nostre Dame, nommées Heures de Pucelle, enluminées de blanc et de noir, à l'usaige des Prescheurs ".

Le couvent des Cordeliers

Jeanne d'Evreux offrira une infirmerie avec chapelle double aux Cordeliers en 1341. Il semble que ce couvent conservera le tombeau de coeur de la reine dont le chevet devait être orné de peinture par Jean de Saint Omer et de sculptures de Jean de Liège. L'incendie de 1850 détruira l'ensemble du bâtiment.

Filiation   
Mariée à Charles IV (Le Bel) en 1325
- Enfants : Jeanne, Marie, Blanche

Elément(s) en relation   
Musée du Louvre
Modèle
Charles IV le Bel (mort en 1328) et Jeanne d'Evreux (morte en 1371)
Sculpture
Jean de Liège
(approx. de 1370 à 1372)
Commanditaire
Vierge à l'Enfant
Sculpture
Anonyme
(de 1334 à 1339)
Trois Prophètes portant des phylactères
Sculpture
Evrard d'Orléans
(vers 1340)
La Communion de saint Denis
Sculpture
Evrard d'Orléans
(vers 1340)
Moise, le roi David et un prophète
Sculpture
Evrard d'Orléans
(vers 1340)
Ange portant deux burettes
Sculpture
Evrard d'Orléans
(vers 1340)
Lieu(x) en relation