Les placages d'écaille de tortue ou de corne sont combinés à du métal, du laiton en général mais parfois de l'étain et du cuivre rouge, découpés en formes complexes. L'ensemble est disposé sur du bois teinté en noir, souvent incrusté de minces filets de laiton. Le dessin, collé sur la surface supérieure, sert de guide du découpage.
On obtient ainsi un motif identique en double exemplaire. Le premier est constitué d'une structure métallique sur fond d'écaille, le second, d'une structure d'écaille sur fond de métal. Ceci permet de réaliser des meubles par paire. L'aspect sombre est parfois accentué par l'application de couleur au dos de la partie claire de l'écaille de tortue ou sur de la corne claire. Certains meubles sont enrichis d'incrustations de pierres semi-précieuses, notamment de lapis-lazuli, et décorés de bronze doré ou simplement trempé dans l'acide. Le laiton est ensuite gravé.
Boulle appliquera également l'usage de la marqueterie pour la décoration d'appartements et la fabrication de chandeliers, d'appliques et d'autres luminaires décoratifs en bronze doré parfois réalisés en cristal de roche. Il laissera également un portrait réalisé selon cette technique, parfois considéré comme son autoportrait.
La technique de Boulle découle des meubles en marqueterie réalisés à Florence, en Allemagne (spécialement à Augsbourg) et peut-être aussi en Flandre.
Egalement peintre, Boulle intègre la Manufacture des Gobelins, dirigée par Charles le Brun, en qualité de décorateur et sculpteur sur bois. Il ouvre ensuite un atelier à proximité de Saint-Germain-des-Prés, en 1664, et y exerce jusqu'en 1676. L'entreprise comptera jusqu'à 36 employés, en plus des 4 fils mobilisés.
Sa clientèle dépassera le cadre de la Couronne et des membres de la famille royale. Elle comprendra notamment le Grand Condé, le roi d'Espagne, les électeurs de Bavière et de Cologne, les ducs de Lorraine et de Savoie ainsi que des personnalités fortunées. L'Électeur de Bavière deviendra client de Boulle durant son exil en France, entre 1704 et 1715. Il lui rendra de nouveau visite à son atelier en 1723. Il lui commandera un miroir dont le revers est plaqué d'une marqueterie Boulle (collection Wallace à Londres), ainsi qu'une commode plaquée de marqueterie géométrique (Louvre) présentant des poignées à rosaces de cinq feuilles de chêne.
Son goût immodéré pour sa collection d'oeuvres d'art lui occasionnera d'importantes difficultés financières. Il ne sera sauvé de la faillite que grâce à l'intervention du roi.
Boulle sera avec Cressent, sous le règne de Louis XV, et Riesener, sous celui de Louis XVI, l'un des trois grands créateurs du mobilier de l'Ancien Régime. Quatre de ses fils: Jean-Philippe (vers 1680-1744), Pierre-Benoît (vers 1683-1741), André-Charles II dit "Boulle de Sève" (1685-1745) et Charles-Joseph (1688-1745), poursuivront son oeuvre. L'ameublement Boulle redeviendra populaire sous Louis-Philippe et le Second Empire.
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