Le cardinal de Mazarin nommera Nicolas Fouquet Surintendant des Finances, en 1653. Il lui confiera la mission de renflouer les caisses de l'Etat, asséchées par l'incompétence des surintendants, en place depuis Henri IV et la perte de crédit auprès des financiers qui ne parvenaient pas à se faire rembourser. Intelligent, prodigue, amateur de luxe et mécène, Nicolas Fouquet saura s'entourer de l'amitié des puissants et des artistes, parmi lesquels La Fontaine et Molière, le Nôtre et Poussin, Puget, Le Brun ainsi que La Quintinie.
Le nouveau Surintendant rétablira la confiance et mobilisera l'épargne. Il donnera pour gage sa fortune et prélèvera une commission importante au titre de la garantie. L'argent ainsi récolté permettra de financer les besoins de la Cour et de satisfaire l'avidité de Mazarin. Le financier, à qui tout réussissait, ne percevra pas l'affront que son indépendance intellectuelle et que son luxe infligeraient à l'orgueil du jeune roi. Fouquet collaborera étroitement avec l'intendant privé du cardinal Mazarin, Jean-Baptiste Colbert, descendant d'une dynastie de grands marchands-banquiers. La mort du cardinal interviendra en mars 1661. Le Surintendant, qui avait largement contribué au redressement des finances du royaume, envisagera de devenir Premier ministre.
Louis XIV, âgé de 22 ans, supprimera alors cette fonction. Il sera influencé par Colbert qui avait décidé d'abattre Fouquet "de se revêtir de sa dépouille" et de "s'élever sur les ruines du Surintendant ". Il l'accusera de "confusions financières", exonérant Mazarin, le parrain du roi et l'ami intime d'Anne d'Autriche, la Reine-Mère, de toute responsabilité. Il n'hésitera pas à colporter des calomnies sur un prétendu complot susceptible de contester le pouvoir royal. Louis XIV décidera d'enfermer Fouquet, dès que ce dernier aura versé dans les caisses royales l'argent frais promis et vendu sa charge de Procureur Général au Parlement de Paris qui le soustrayait à toutes juridictions autres que celle de ses pairs.
Le roi, qui cherchait un prétexte, se fera inviter à Vaux le Vicomte pour y admirer les derniers embellissements. Fouquet organisera, le 17 août 1661, une fête grandiose dans ce qui était devenu le plus beau château du royaume. Voltaire écrira : "le 17 août, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France, à 2 heures du matin, il n'était plus rien". D'Artagnan, le capitaine des mousquetaires, arrêtera le Surintendant Fouquet à Nantes, le 5 septembre. Ce dernier sera déféré devant une juridiction d'exception spécialement constituée.
Les magistrats feront de la résistance. "La cour rend des arrêts non des services !" répliquera l'intègre d'Ormesson, juge de Fouquet. Le procès, truqué par Colbert, durera plus de trois ans. La majorité des juges votera le bannissement hors des frontières du royaume et non la peine capitale, exigée par le roi. Pour la seule fois de l'histoire de France, le chef de l'Etat, détenteur du droit de grâce, brisera la sentence des juges, non pour l'alléger mais pour l'aggraver. Il condamnera son ancien Surintendant à la peine perpétuelle. Ne pouvant obtenir la mort, il parviendra ainsi à protéger les secrets d'Etat qui aurait pu menacer son autorité. Fouquet, escorté par cent mousquetaires, sera envoyé à Pignerol, place forte des Alpes savoyardes. Il y décédera le 23 mars 1680, au terme d'un enfermement de dix-neuf années.
| Au service de Louis Dieudonné Louis XIV (le Roi Soleil) et Mazarin
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