Ses dates de naissance et de mort ont été fournies par Vasari dans ses Vite. La date de naissance, 1477, semble vraisemblable car elle est cohérente avec l'activité artistique de Giorgione à la fin du XVe siècle.
On ignore tout de son patronyme : Giorgio, en vénitien Zorzo ou Zorzi, de Castelfranco Veneto, lieu de naissance. On dit que le surnom de Giorgione (Giorgione ou Zorzon signifient grand Georges) lui fut donné par Vasari , « pour son allure et sa grandeur d'âme ». Selon les historiens, il serait d'extraction très humble, alors que Carlo Ridolfi, dans La Maraviglia dell'arte (1648), écrit que « Giorgione est né à Vedelago au sein de la famille la plus aisée du comté ».
Giorgione est connu pour la qualité romantique de son travail, et pour le fait que très peu de peintures (autour de six) soient reconnues comme étant de sa main. Il ne signait pas ses oeuvres. À sa mort soudaine de la peste, il a probablement laissé quelques travaux non finis, qui ont pu avoir été terminés par ses élèves Titien ou Sebastiano del Piombo. L'incertitude résultant de la difficulté à identifier ses oeuvres et de la signification de son art a fait de Giorgione la figure la plus mystérieuse dans la peinture occidentale.
À Castelfranco, il peignait toujours dans le style « Castelfranco Madonna », une image assez conventionnelle de Vierge couronnée, avec des saints de chaque côté. Sa peinture marque cependant un départ dans l'art vénitien, avec ses saints curieusement introvertis et ses modulations sensibles de couleur comme un voile unifiant la peinture. Ceci est peint avec de minuscules taches de couleur technique que Giorgione a introduit dans la peinture à l'huile, dérivées des techniques d'illumination de manuscrit. Celles-ci ont donné aux oeuvres de Giorgione la lueur "magique" de la lumière pour laquelle elles étaient célèbres.
Ses travaux les plus célèbres sont cependant Les trois philosophes et La tempête. La signification de ces peintures est mystérieuse et ces dernières restent étranges même après que les historiens d'art aient essayé de les voir comme des sujets conventionnels. Le premier dépeint trois figures près d'une caverne vide et sombre. Cela semble suggérer la caverne de Platon et les trois rois-mages, mais le tableau reste peu clair. C'est aussi vrai du tableau nommé la tempête dans laquelle un soldat armé d'une lance d'un côté et une femme donnant le sein de l'autre côté semblent attendre la tempête.
Source Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Giorgione
Texte soumis à la licence GNU : http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html
Article "Giorgio Barbarelli" de la Grande Encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts.
Tome dix-huitième, p. 952-953
GIORGIO BARBARELLI, Surnommé Il Giorgione, peintre italien, né à Castelfranco, entre Trévise et Venise, en 1478, mort en 1511. Il est peu d'artistes plus célèbres et plus mal connus. Cependant ce qui nous est rapporté suffit à donner l'impression de cette nature ardente, et de cette vie si courte, mais si pleinement remplie par l'art et par l'amour. Fils naturel, à ce qu'on dit, d'une paysanne et d'un patricien de la famille Barbarelli, il fut élevé au milieu des paysages les plus riches et les plus majestueux, près de la cour élégante et épicurienne de Catarina Cornaro, la reine de Chypre détrônée. Parvenu à l'âge d'homme, il entra dans l'atelier de Giovanni Bellini, où il eut pour condisciple Titien, dont il devait ensuite devenir le second maître. À Venise il fut célèbre, non seulement par son génie précoce, mais par sa beauté, sa force, sa distinction et son élégance, qui lui valurent ce surnom de Giorgione, le beau Giorgio.
Comme Léonard et Benvenuto, il fut un musicien admirable. Fidèle à une femme très belle qu'il ne voulut jamais épouser, il mourut jeune et, si l'on en croit la légende, il mourut d'amour; car, ayant voulu déposer un dernier baiser sur les lèvres de sa maîtresse morte de la peste, il fut emporté par la contagion. II laissait des oeuvres très admirées, rivales des plus beaux Titien, dont beaucoup sont perdues, ou se confondent encore dans la foule des toiles anonymes. D'abord, il avait peint des fresques, ou plutôt des peintures à l'huile sur le mur, au palais Soranzo, sur la place San Paolo, au palais Andrea Loredano (plus tard palais Grimani) , à la Casa Flangini (près de Santa Maria Giobenico); toutes ces oeuvres exécutées par un procédé malheureusement éphémère, avaient déjà disparu au temps de Vasari, en 1544. Giorgone avait aussi décoré de figures équestres et d'allégories une des façades du Fondaco de' Tedeschi, bâti en 1508 par Fra Giocondo; Titien avait été chargé en même temps de peindre l'autre façade: de l'oeuvre des deux peintres il ne reste plus que des vestiges informes.
Parmi les tableaux de chevalet, il est au moins possible de distinguer quelques oeuvres certaines, qui permettent de suivre Giorgione dans le développement de sa manière. Les deux plus anciennes sont Moïse enfant soumis à l'épreuve du feu et le Jugement de Salomon au musée des Offices, provenant toutes deux du palais de Poggio Imperiale. Les figures, de proportions très longues, sont mal groupées et insignifiantes; mais tout le fond est rempli par un paysage admirable, inspiré de Bellini ; la couleur riche et profonde, d'une pâte polie et comme émaillée, rappelle Antonello. Un grand progrès se montre dans le seul tableau dont l'authenticité soit garantie par un texte: c'est la Vierge et l'Enfant entre saint François et saint Libéral dans l'église de Castelfranco (demi-figures), donné en 1504 par l'artiste à sa ville natale: Donazione di Messer Giorgio, dipintore, comme porte le registre paroissial.
L'influence de Léonard, très sensible dans le modelé du tableau de Castelfranco, achève d'assouplir le talent du peintre ; en même temps, sa couleur devient de plus en plus riche et dorée, en perdant son poli métallique dans les tableaux suivants : les Astrologues chaldéens (Belvédère de Vienne), qui étaient en 1535 dans la collection du Vénitien Taddeo Contarini ; le Jugement de Salomon, à Kingston-Lacy, autrefois admiré par Byron à Bologne; le Portement de Croix de l'église Saint-Roch, à Venise, que Vasari avait, à première vue, pris pour un Titien; le Concert, du Louvre, qui a fait partie de la collection de Charles 1er et a été acheté de Jabach. Mais les oeuvres capitales, celles qui nous montrent l'artiste dans sa pleine maturité, sont deux toiles de dimensions médiocres, conservées l'une au palais Giovanelli (Venise), l'autre au palais Pitti (Florence). La première est appelée depuis longtemps la Famille de Giorgione, et si l'on considère la tendresse avec laquelle l'oeuvre est peinte, la paix et le bonheur qu'elle respire, il semble en effet probable qu'elle représente l'artiste avec sa maîtresse presque nue allaitant son fils : le paysage éclairé au fond par le soleil couchant qui laisse les premiers plans dans la pénombre, parait bien être l'admirable vallée de Castelfranco, traversée par le Musone. L'autre tableau est le Concert, du palais Pitti : un moine jouant du clavecin entre deux jeunes gens; l'artiste a mis dans l'expression extatique des visages toute son âme de musicien. Si l'on ajoute les portraits d'un Chevalier de Malte (0ffices) et d'un Homme à longue chevelure noire (galerie de Rovigo), on aura épuisé la liste des oeuvres certaines ou probables. D'après cet ensemble, il est facile d'analyser le génie de Giorgione et de se rendre compte de son influence.
C'est avant tout un Vénitien épris de la couleur et amoureux de la nature. Il n'a aucun souci de la composition, aucune force dramatique, mais une intensité et une profondeur admirables dans l'expression des visages; de même il n'a que peu d'idées et peu de sentiment religieux, mais il est riche en sensations voluptueuses de la beauté féminine, de la grâce virile, de la splendeur de la nature. Pour la couleur, pour le paysage, pour le portrait même, Giorgione est le maître direct de Titien; il a eu encore comme élèves Morto da Feltre, Sebastiano del Piombo, Giovanni da Udine, Francesco Torbido; et pendant longtemps sa tradition a dominé toute une école, celle de Pordenone, des Pellegrino, des Cariano, des Paris Bordone, des Lotto, dont les anciens historiens d'art, Boschini ou Ridolfi, ont mis instinctivement les oeuvres sous le nom du maître. Parmi ces faux Giorgione, il en est qui remontent sûrement à des types originaux : ainsi, la Sybille, dont il existe des variantes à l'école communale de Pavie, à la Pinacothèque de Munich, dans la collection Sorio à Marostica ; un Chevalier dont un page attache l'armure, dont on voit cinq ou six répliques au Belvédère de Vienne, à la Casa Alfieri, Turin, etc. ; David tenant la tête de Goliath. Il en est qui n'ont aucun rapport avec Giorgione, comme la célèbre Mise au Tombeau conservée au Mont-de-Piété de Trévise, qui est sous l'inspiration immédiate du Corrège, et la célèbre Tempête de l'Académie de Venise, attribuée par Vasari à Palma Vecchio.
Enfin toute une série d'oeuvres continuent souvent avec éclat la tradition du maître, et ne font point tort à son nom ; telles sont la Sainte Famille au Donateur (Louvre); peut-être par Pellegrina da San Daniele; Hérodias avec la tête de saint Jean-Baptiste (Palais Doria), par Paris Bordone (?); la Rencontre de Jacob et de Rachel (Dresde), avec l'inscription obscure G. B. F.; le prétendu Gattamelata et son écuyer (Offices), l'Horoscope d'un Enfant (palais Giovanelli à Venise); un Jeune Homme égorgé par un sbire (Belvédère à Vienne), attribué à Cariani. Il y eut à Brescia toute une école de ces imitateurs de Giorgione : Romanino, Moretto, Savoldo, etc.
| Elève de Giovanni Bellini En relation avec Tiziano Vecellio (Titien) et Giorgio Vasari
|