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Guide de visite : Auguste Perret
Auguste Perret
Naissance : Bruxelles - 1874 / Décès : 1954
Auguste Perret est un architecte français qui a été reconnu de son vivant.

Biographie   
Longtemps dénigré par les historiens et théoriciens du Mouvement moderne, particulièrement entre les années 1960 et 1990, plus exactement par des proches de Le Corbusier refusant ce qu'ils jugeaient comme des compromis favorisés par des gouvernements sans ambition. Il a fallu attendre le passage des différentes crises de ce mouvement, pour que son oeuvre reprenne place au sein d'une histoire de l'architecture plus directement orientée vers une logique patrimoniale. Auguste Perret apparaît dans ce nouveau contexte comme l'un des très rares architectes à avoir su discerner les enjeux et les limites du Mouvement moderne.

Outre ces jugements de valeur inévitablement subjectifs, Auguste Perret a joué un rôle déterminant : premier architecte a saisir l'intérêt constructif du béton armé (au début des années 1900), il est toujours resté attaché à ce matériau à la fois économique et robuste, tout en initiant quelques principes comme le "style sans ornement" , la structure poteau-poutre-dalle ou le plan libre. Placée sous le signe de la continuité historique, la cohérence de son oeuvre - qui s'étale sur plus d'un demi-siècle - reflète la volonté d'inscrire la construction moderne au sein d'un nouvel ordre architectural défini comme l'École du classicisme structurel. Cette terminologie - légèrement rebutante - ne doit pas cacher un exceptionnel sens pratique qui peut tout aussi bien être compris comme une quête de durabilité et de démocratisation de la Modernité ; un idéal architectural qu'il a pleinement concrétisé en reconstruisant le centre-ville du Havre.

Formation
Auguste Perret s'inscrit dans la lignée d'un grand-père carrier et d'un père tailleur de pierre : il a toujours gardé un goût du matériau simple traité noblement et un sens tout aussi modeste que pragmatique de la construction. Né à Bruxelles, où son père avait trouvé refuge après son implication dans la Commune de Paris, il s'initie aux procédés de constructions modernes au sein de l'entreprise familiale, avant d'orienter définitivement sa carrière en tant qu'"architecte spécialisé dans le béton armé".

Parallèlement, il effectue ses études à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA), où il reçoit l'enseignement de Julien Guadet, l'un des théoriciens de l'architecture contemporaine qui lui transmit la démarche rationaliste et classique des Beaux-arts. Au-delà de ce rationalisme classique, son souci particulier de la structure prend également sa source dans une lecture assidue des ouvrages d'Auguste Choisy et surtout d'Eugène Viollet-le-Duc. Bien qu'il soit un élève brillant, il quitte l'ENSBA pour rejoindre l'entreprise familiale - avant même d'obtenir son diplôme, ou de tenter un possible Prix de Rome.

Perret, entrepreneurs
En 1905, associé à ses frères Gustave et Claude - qui avaient repris l'entreprise de maçonnerie fondée par leur père - Auguste Perret devient l'un des premiers entrepreneurs à employer le béton armé dans la construction. Grâce à une réflexion ouverte sur les possibilités techniques et formelles de ce nouveau matériau, il est considéré comme le précurseur du plan libre en arrivant rapidement à la conclusion que la construction est fondée sur deux entités fondamentales : la structure porteuse (ou ossature) et les remplissages (cloisons, baies et trumeaux). Il appliqua au béton des formes et des proportions souvent apparentées au classicisme français, ainsi que des textures et des surfaces travaillées à la manière de la pierre de taille (choix des constituants du béton, bouchardage des surface). "Mon béton, disait-il en 1944, est plus beau que la pierre. Je le travaille, je le cisèle ..., j'en fais une matière qui dépasse en beauté les revêtements les plus précieux.

La lecture de l'architecture d'Auguste Perret ne doit pourtant pas s'arrêter à un classicisme d'apparence ou aux préoccupations pratiques - pour ne pas dire pragmatiques - d'un entrepreneur, et laisser ainsi oublier la dimension proprement architecturale de son travail. L'homme apparaît pleinement comme un moderne et, s'il affirme l'importance d'un matériau dit pauvre (le béton), s'il le traite comme de la pierre de taille et cherche à joindre l'élégance des beaux-arts à la simplicité artisanale, ce n'est pas sans une idéologie sociale que l'on peut alors rapprocher des recherches ouvertes par les Arts & Crafts puis prolongées - à l'époque où il débute - dans l'Art nouveau. Plus encore, à travers l'oeuvre construit, il se fait pleinement architecte en regardant le bâtiment sous l'oeil d'un espace libéré, d'un vide construit : ce que l'on observe dans ces projets à l'échelle urbaine et que l'on peut autrement comprendre dans la définition ouvrant son recueil d'aphorismes (cf. infra) : "L'architecture s'empare de l'espace, le limite, le clôt, l'enferme. Elle a ce privilège de créer des lieux magiques, tout entiers oeuvre de l'esprit".

La reconstruction
La célébrité d'Auguste Perret commence au début du Vingtième siècle avec la réalisation du théâtre des Champs-Elysées qui lui vaut, par le biais de quelques scandales, une notoriété immédiate alors même qu'il cherche à défendre des idées particulièrement modernistes comme d'imposer le béton, de bâtir des "buildings" tout autour de Paris ou de concrétiser un "style sans ornement" pour mettre fin aux errements de l'Art nouveau. Dans les Années 1920 et 1930, il multiplie ses réalisations dans d'importantes commandes publiques, des ateliers d'artistes (Boulogne-Billancourt) ou des bâtiments industriels. Sous l'Occupation, il conserve la première place parmi les architectes modernes et sera même élu membre de l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France (1943) puis il présidera l'Ordre des architectes. Bien que le gouvernement du Maréchal Pétain s'oriente résolument vers le régionalisme (reconstruction d'Orléans), il obtient le chantier de reconstruction de la place Alphonse-Fiquet à Amiens où l'on trouve les principes constructifs qu'il avait instaurés au Garde meuble national et au Palais d'Iéna et qu'il mettra pleinement en oeuvre au Havre.

Après la guerre, Auguste Perret est un maître reconnu quand de jeunes architectes l'approchent pour tenter de créer une école française de reconstruction. Mais le Ministère de la reconstruction et de l'urbanisme ne souhaite pas une unité de réponse, préférant encourager la diversité et juger ensuite de l'efficacité sur chacun des ouvrages : cela va permettre d'intégrer des projets particulièrement modernes (Cité radieuse de Marseille) et d'autre plus régionalistes (Saint-Malo). L'équipe de Perret remporte malgré tout le plus important chantier : celui du Havre. Renommé Atelier pour la reconstruction du Havre, le groupe prend en charge la réédification ex nihilo des 150 hectares du centre-ville. Auguste Perret meurt avant l'achèvement du chantier.

Une oeuvre longtemps délaissée

Les années d'oubli
Après avoir été reconnu comme l'architecte le plus important de France, puis mis en parallèle par les médias avec Le Corbusier à partir de la reconstruction, Auguste Perret va rapidement connaître une longue mise en abîme. Publié en 1959, l'ouvrage de Peter Colins apparaît finalement comme un chant du cygne. Il ne suffira pas à instaurer sa renommée en France, bien qu'il ouvre déjà une perspective large sur l'importance de son oeuvre à la fois dans son brutalisme précurseur (béton nu, absence d'ornement), dans son rôle historique au sein de l'architecture mondiale (ossature en béton armé, préfabrication) mais aussi dans l'émergence paradoxale d'un "ordre du béton armé" (modularité, néoclassicisme) qui tendait à inscrire ce premier maître de la modernité par-delà les crises que commençait à subir le Mouvement Moderne.

Il faut attendre une première étude de Joseph Abram en 1985 pour que son oeuvre réapparaisse dans les travaux universitaires, réintroduisant au passage les principaux éléments qui la caractérise au sein de l'histoire des arts. Ces travaux seront suivis par un très beau livre illustré de Roberto Gargiani, dont les textes retracent subtilement la doctrine du maître. Pour autant, les ouvrages généralistes consacrés à l'architecture ou à l'urbanisme moderne depuis les années 1960 jusque dans les Années 1990 le citent régulièrement en l'assimilant à un Classicisme jugé peu innovant voire désuet : les réalisations architecturales d'Auguste Perret furent longtemps décriées - paradoxalement jugées peu innovantes par les historiens du Mouvement Moderne ou trop moderne pour les habitants du Havre...

La reconnaissance
Le transfert du Fonds Perret du C.N.A.M. aux Archives nationales, suivi de son dépôt à l'I.F.A.-Cité de l'architecture et du patrimoine en 1992 va permettre une étude détaillée et exhaustive, aboutissant au début des années 2000 à plusieurs travaux monographiques successivement dirigés par Maurice Culot et Jean-Louis Cohen. Ces ouvrages sont amplement diffusées et s'associent entre 2002 et 2004 à une exposition itinérante internationale, "Perret, la poétique du béton" : l'inauguration de l'exposition de l'I.F.A. dans la ville du Havre marque un tournant décisif dans la réception de son oeuvre. Ainsi, la même année, Le Havre devient la première ville du Vingtième siècle a intégrer le réseau des Villes et pays d'art et d'histoire, une labellisation qui prolongeait les importants travaux de l'Inventaire menés par Claire Etienne-Steiner pour élaborer une Z.P.P.A.U.P. (approuvée par le Conseil municipal en 1995). Dès lors, le regard des habitants change, en même temps que celui des experts... Finalement l'UNESCO va estimer que la ville d'Auguste Perret constitue "un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'après-guerre", décidant de l'inscrire le 15 juillet 2005 sur la Liste du patrimoine mondial de l'humanité. Chef d'oeuvre de l'architecte et de son équipe, ce centre-ville est aujourd'hui considéré comme l'un des plus importants projets architecturaux du Vingtième siècle dont la cohérence et l'esprit de modernité peuvent être comparés à Tel Aviv, Chandigarh ou Brasilia, comme le suggérait une exposition présentée au Musée des Beaux-Arts André Malraux en 2007.

Les éléments d'une théorie
Auguste Perret était affirmatif : "Ceux qui ont été ces élèves ne peuvent oublier ces corrections, ou plutôt ces conseils lucides qui correspondaient à la fois à sa certitude de sa vérité, et en même temps, à sa grande tolérance. (Il faut) apprécier sa philosophie dans ce qu'elle contient de permanent" dira Jacques Tournant -que l'on peut voir non seulement comme son élève mais aussi comme le premier historien de Perret. Cependant, si le ton du maître est catégorique, presque doctrinaire, ses propos sont complexes et tiennent moins de la doctrine proprement dite que de la contribution à une théorie qui prolonge plus qu'elle ne bouleverse les usages.

L'oeuvre écrite ou construite d'Auguste Perret reste difficile d'accès, d'autant plus qu'elle ne peut pas être analysée suivant la grille de lecture ouverte par le Mouvement moderne ; celle-ci ne s'appliquant pas directement à sa démarche architecturale, y compris dans ce qu'il conviendrait d'appeler l'"urbanisme" (suivant la définition de la Charte d'Athènes). Il faut préférentiellement chercher du côté d'une pensée civilisationnelle et patrimoniale - voire monumentale- qui, à la lueur des avancée techniques contemporaines, tentait de prolonger un travail de recherche mené sur plusieurs millénaires, au sein de ce que l'on présente désormais comme l'École du classicisme structurel. Roberto Gargiani résume ainsi sa démarche : "Nature et classique se reflètent dans un jeu d'allusions, d'invention de métaphores, de fictions structurales qui animent toujours d'avantage son idée de l'architecture. La colonne en béton armé apparent, finement dessinée, bouchardée de façon à la faire presque ressembler à un monolithe de pierre, devient le modèle capable de résumer la signification complexe du classicisme tel que le conçoit Perret". S'il reprend la colonne du temple classique, il n'hésite pas à en inverser les proportions en la rétrécissant non plus vers le sommet mais vers la base, suivant la logique du calcul structurel : ce n'est plus le poids qui détermine sa forme car la colonne en béton amé, faite d'une seule masse et fixée à sa base, subit des moments de flexion allant croissant vers le sommet. Métaphore de l'homme et de la technique, de son héritage et de ses mutations, la charpente de béton armé et la colonne sont des éléments essentiels pour comprendre l'oeuvre d'Auguste Perret.

Poursuivre Vitruve
Jacques Tournant choisi assez justement le terme "permanent" pour décrire la philosophie d'Auguste Perret, lui-même affirmant se situer dans une quête de vérité, bien qu'il parle en terme de méthode plus que de forme. C'est là le coeur d'une pensée qui s'affirme comme un écho lointain de la Querelle des anciens et des modernes. "Nous devons construire comme le feraient nos grands ancêtres s'ils étaient à notre place" affirme-t-il, avant de reprendre "Il y a deux mille ans Vitruve disait : il y a trois choses qui se doivent rencontrer dans tous les édifices, savoir la Solidité, la Commodité, la Beauté. Nous dirons plutôt : pour atteindre à la Beauté, il y a trois qualités qui se doivent rencontrer dans un édifice, savoir : le Style, le Caractère et la proportion". (version inédite des aphorismes d'Auguste Perret, vers 1944-1945). Ainsi, le maître n'hésite pas à aller chercher ses arguments dans la trilogie de Vitruve du beau, de l'utile et du solide, tout en déplaçant la position du beau comme conséquence d'une "objectivité technique" (suivant des lois dites "naturelles") et non comme vérité ad hoc ou héritage historique (ce qui lui vaut une opposition avec le Classicisme ou l'Historicisme au sens strict).

- "Le Style, a dit Racine, c'est la pensée exprimée avec le minimum de mots. Le Style en architecture, c'est la pensée exprimée suivant les lois naturelles de l'économie : noblesse de la structure". Le minimum de mots, c'est l'absence d'ornement et la logique rationnelle, la quête de l'essentiel, de ce qui dure : la structure qui détermine la solidité d'un édifice, finissant seule par traverser le temps (l'exemple de la ruine).

- "Le Caractère c'est ce par quoi l'édifice montre au premier regard sa destination, sa fonction". . La notion de caractère est plus directement liée au Classicisme qu'au fonctionnalisme : une perception partagée dans son ensemble (lisibilité sociale et démocratique de la fonction) par delà la transparence des organes voulue par le Mouvement moderne (émergence des fonctions à travers la forme).

- "Soumis à la nature, l'édifice sera harmonieux. S'il mesure l'esprit même de l'homme par ses formes géométriques, et s'il se mesure au corps même de l'homme par ce qu'on appelle l'échelle, il satisfera à la proportion : car la proportion c'est l'homme même" . En acceptant "l'homme même" comme règle de la proportion, Auguste Perret se situe tout autant dans la philosophe de Maurice Merleau-Ponty -celle d'une perception dans la dimension objective et subjective du corps- que dans le prolongement d'un principe humaniste antique.

L'ancien et le moderne
S'il respecte quelques règles semblant ressortir d'une sélection et d'une diversité ouvertes par l'Histoire, il n'aura de cesse d'introduire de nouvelles mutations et de lutter contre le mimétisme des Anciens perpétué tant par l'institution académique que par la tradition régionaliste. On peut retenir quelques exemples caractéristiques de cette opposition :
- Le béton armé qui est un matériau économique et dont les exemples historiques (béton à la chaux des romains) montrent qu'il se solidifie avec le temps.
- L'absence d'ornement qui ne se justifie pas dans le jeu structurel (si le "chapiteau" est maintenu, c'est qu'il offre une juste transition entre la colonne et la poutre)
- La division structure-remplissage qui permet de découpler les forces en jeu et, par conséquent, de canaliser les fissures et de limiter le vieillissement.
- La nudité du béton, car un matériau d'une seule masse permet d'éviter les décollements observés dans les parements ou les peintures
- La toiture terrasse qui est moins coûteuse qu'une charpente et offre un agréable espace utilisable. A l'opposé, il ne défend pas les démarches extrêmes du Mouvement moderne, qu'il situe partiellement dans la "mode", retraçant de ce fait un instant de la pensée et ne pouvant pas aboutir sur une expression durable. Pour lui, ce type d'"esthétique" ne détermine pas l'essence de l'architecture, de la technique : elle en est une conséquence... C'est la construction et l'homme même, qui occupent cette place transcendantale, et il s'agace régulièrement de voir quelques expressions modernistes aller contre les règles "naturelles", à la fois durables et plus humaines. Ces exemples les plus cités sont :
- La corniche : sa suppression dans l'architecture "cubiste" (Adolf Loos, Le Corbusier) va à l'encontre du rôle d'obstacle face aux ruissellements qui dégradent les façades.
- La fenêtre verticale plutôt que celle, horizontale, ne laissant pas entrer pleinement la lumière et ne retraçant pas le "corps de l'homme" (vivant, en action) dans le bâtiment.
- La façade droite sans "porte-à-faux" qui donne une sensation de déséquilibre et ne satisfait pas l'aspect solide et rassurant de l'abri souverain.
- Un fonctionnalisme pondéré qui évite les jeux de volumes injustifiés du fonctionnalisme moderniste : "il faut que la fonction crée l'organe. Mais il ne faut pas que l'organe dépasse sa fonction".

Le "Banal" comme moteur de l'architecture
A travers ces différentes positions sur l'architecture qui conduisent son auteur à des débats voire même des affrontements assez violents avec les institutions (le toit terrasse contre la charpente) ou avec le Mouvement moderne et Le Corbusier (la fenêtre verticale contre le bandeau par encore mais sur aussi beaucoup de points même si Auguste Perret reste un fidèle ami de Le Corbusier), Auguste Perret développe surtout un idéalisme propre à l'architecte d'une logique implacable. En voulant rendre le béton "luxieux", le hisser au même rang que le marbre ou les autres métaux précieux, il cherche avant tout à contredire le préjugé qui tend à faire de la rareté une composante inévitable de la beauté or ce n'est pas le cas : en effet, il ne suffit pas qu'un matériau soit couteux pour qu'il soit beau ( plusieurs exemple autour de nous le montrent très bien). Sa démarche devient rapidement plus globale, souhaitant montrer en dernière instance que le "banal" doit pleinement suffire à nos besoins les plus primaires, il combat le superflu et la futilité : "Celui qui, sans trahir les matériaux ni les programme modernes, aurait produit une oeuvre qui semblerait avoir toujours existé, qui, en un mot, serait banale, je dis que celui-là pourrait se tenir pour satisfait. Car le but de l'art n'est pas de nous étonner ni de nous émouvoir, pour lui car pour la plupart des gens pensent le contraire. L'étonnement, l'émotion sont des chocs sans durée, des sentiments contingents, anecdotiques. L'ultime but de l'art est de nous conduire dialectiquement de satisfaction en satisfaction, par delà l'admiration, jusqu'à la sereine délectation"..

Partant de cette idée, son atelier va réaliser au Havre une architecture d'une totale simplicité, où la banalité rime avec l'Économique : il s'agit de réduire les moyens (matières, énergie, main d'oeuvre, finances...) pour arriver à une forme essentielle optimisant au passage la durabilité de l'ouvrage (matérielle, esthétique et fonctionnelle). Suivant cette relation entre économie et durée, on peut considérer l'efficacité du chantier du Havre comme exemplaire, les techniques que l'on y développe servant par ailleurs d'exemples pour l'édification des grands ensembles (Cité Rotterdam, Strasbourg) : l'angle droit et la trame unique (6,24 mètres), la standardisation et la préfabrication, le plan libre seront les outils de cette directive économique de la reconstruction.

Mais la comparaison avec les grands ensembles doit s'arrêter sur ce point car la reconstruction ne se limite pas à une mécanisation de la mise en oeuvre : bien au contraire l'humanité se dévoile aussi à travers la banalité. Auguste Perret choisi un matériau économique mais c'est la main de l'homme qui va le rendre "précieux" ("je le travaille, je le cisèle"). Le soucis d'une dimension proprement humaine se retrouve à toute les échelles et, si l'Atelier Perret est contraint de réaliser quelques tours d'habitations, il ne les place pas au premier plan mais les cache dans des rues secondaires pour offrir aux piétons des perspectives classiques sur des bâtiments bas. Partout l'homme reste présent, soit dans la forme des fenêtre, soit dans les finitions "manuelles" dans les détails du béton ... Si la ville du Havre reste encore difficile à percevoir sous cet angle, il faut étendre la réflexion à une interrogation philosophique prolongeant cet éloge de la banalité : comment placer librement un individus au sein de la multitude ? Comment dépasser la formule contradictoire d'un "luxe pour tous" ? Ici s'ouvre finalement une opposition de fond avec le Mouvement moderne revendiquant des formes fermées et utopiques (phalanstère), prolongeant implicitement l'idée d'exception et de rareté, alors qu'Auguste Perret cherchait une réponse à la fois ouverte et évolutive, dans le temps et dans l'espace.

Principaux projets et réalisations
- 1890 : Chalet et villa Berneval-sur-Mer (détruit)
- 1898-1899 : Casino municipal, Saint-Malo (détruit)
- 1902 : Théâtre d'Oran
- 1903-1904 : Immeuble de rapport, 25 bis, rue Franklin (Paris), premier bâtiment mondial à ossature en béton armé (cf. Plan libre).
- 1906-1907 : Garage de la Société Ponthieu-Automobiles, Paris.
- 1908-1912 : Cathédrale d'Oran. Architecte : Albert Ballu, avec la collaboration de l'entreprise Perret frères.
- 1910-1913 : Théâtre des Champs-Élysées en collaboration avec le sculpteur Antoine Bourdelle, classé monument historique.
- 1913-1914 : Atelier d'artiste Théo Van Rysselberghe, Paris (16ème arrondissement)
- 1914-1917 : Docks Wallut, Casablanca.
- 1919-1921 : Usine Wallut, Montataire (Oise).
- 1919-1920 : Ateliers/usine Esders, Paris (11ème arrondissement, détruit).
- 1920-1923 : Ateliers/usine Voirin-Marinoni, Montataire (Oise).
- 1921-1925 : Atelier de décors Roger et Durand, Paris (20ème arrondissement, détruit).
- 1922 : Maisons de contremaître et de directeur, Le Grand-Quevilly (Seine-Maritime).
- 1922-1923 : Église Notre-Dame-de-la-Consolation, Le Raincy (Seine-Saint-Denis).
- 1923 : Maison Gaut, Paris (14ème arrondissement).
- 1924 : Palais de bois des Tuileries (Paris, 16ème arrondissement, détruit).
- 1924-1925 : Tour d'orientation de Grenoble (Isère).
- 1924-1925 : Théâtre et pavillon de la Librairie centrale des Beaux-Arts à l'Exposition des arts décoratifs, Paris (7e et 8ème arrondissement, détruits).
- 1925-1926 : Église Saint-Thérèse, Montmagny (Val-d'Oise).
- 1925-1927 : Maison Cassandre avec mobilier, Versailles (Yvelines).
- 1926-1927 : Hôtel particulier Aghion, Alexandrie (Egypte).
- 1926-1929 : Résidence/atelier d'artiste Chana Orloff, Paris (14ème arrondissement)
- 1927-1928 : Résidence/atelier d'artiste Mela Muter, Paris (6ème arrondissement)
- 1927-1930 : Résidence/atelier d'artiste Georges Braque, Paris (14ème arrondissement)
- 1927-1928 : Hôtel Bressy, Paris (16ème arrondissement)
- 1927-1928 : Chapelle de l'Immaculée-Conception, Arcueil (Val-de-Marne).
- 1928-1929 : Chapelle de la Colombière, Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).
- 1928-1929 : Salle Cortot de l'École normale de musique de Paris (télécharger Analyse Architecturale de la Salle Cortot), Paris (15ème arrondissement)
- 1928-1929 : Résidence/atelier d'artiste Dora Gordine, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
- 1928-1954 : Service technique des constructions navales de la Marine nationale.
- 1929-1930 : Chapelle des Frères mineurs, Tours/Saint-Symphorien (Indre-et-Loire).
- 1929-1931 : Résidence/atelier d'artiste Marguerite Huré, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
- 1929-1932 : Agence Perret, 51-55 rue Raynouard, Paris (16ème arrondissement)
- 1929-1932 : Immeuble de rapport Maurice Lange, Paris (16ème arrondissement)
- 1930-1932 : Villa Arakel Nubar Bey, Garches (Hauts-de-Seine).
- 1930-1938 : Villa Élias Awad Bey, Le Caire (Egypte).
- 1934-1935 : Hôtel particulier du Docteur Périgord, Limoges (Haute-Vienne).
- 1934-1936 : Garde-Meuble du Mobilier national, Paris (13ème arrondissement)
- 1936-1948 : Palais d'Iéna, Musée national des travaux publics puis Conseil économique et social, place d'Iéna, Paris (16ème arrondissement)
- 1936-1955 : Hôpital Barbier-Hugo, Alger (Algérie).
- 1939-1940: Usine de la Société centrale des alliages légers, Issoire (Puy-de-Dôme).
- 1939-1943 : Usine des Horlogeries Dodane, Besançon (Doubs).
- 1939-1948 : Immeuble de studios, Alger (Algérie).
- 1942-1951 : Reconstruction d'Amiens (Somme), place Alphonse-Fiquet et gares ferroviaire et routière.
- 1942-1956 : Aéroport et hangars, Marignane (Bouches-du-Rhône).
- 1943-1957 : Usine SNECMA, Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Source Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Perret
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