En réponse à pacey (msg du 6 Avr 2008 à 14:01 : Voir le message)Moroni développe une échelle de contrastes de matières, de couleurs et de formes parfaitement maîtrisée.
Les ruines grises sales à l'arrière plan, formées d'un ensemble de lignes droites, les sculptures antiques cassées au sol souvent employées chez Moroni montrent l'éphémère et la vanité de toute création humaine et la mort, ce qui, on s'en doute, n'est pas pour déplaire au Concile de Trente. Cet ensemble austère sert d'écrin idéal par contraste pour mettre en valeur le personnage dans un pourpoint flamboyant et riche de matière. La lumière naturelle donne toutes les nuances nécessaires pour faire briller l'étoffe et pour modeler délicatement dans des demi-tons les arabesques des drapés précieux, pas de clair-obscur dramatique caravagesque. Il doit probablement ce goût de la matière à son maître Moretti et le dessin à son père. Il n'y a que des courbes pour ce personnage dans un léger contraposto et pour le vêtement, elles représentent l'animé, le vivant par opposition aux lignes architecturées. La lumière réfléchie de la fraise adoucit le relief du visage mélancolique et le souligne. L'épée noire sortant du cadre, seule oblique qui brise le bel ordonnancement apporte une dynamique supplémentaire au personnage et le complément audacieux à cette composition. On devine chez Moroni sa sensualité parfaitement maîtrisée derrière l'austérité et la rigueur du dessin, il n'a pas à envier Le Titien et il est supérieur à Lotto. Son portrait est extrêmement raffiné et élégant. Il s'adresse à des gens cultivés et lettrés, ses connaissances anticipent l'Accadémia de Carrache, il me semble...
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