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Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons


Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons
Exposition temporaire de la Fondation Beyeler 27 février / 22 mai 2005
Bâle (Suisse)
Baselstrasse 101, CH-4125 Riehen/Bâle
Tél : +41 (0) 61 645 97 00
Fax :+41 (0) 61 645 97 19
Information : fondation@beyeler.com
   Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons : Visite virtuelle   10 sections et 114 éléments
Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons : Exposition temporaire (10)











Site en relation :
Fondation Beyeler

Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons : Horaires   
Nocturne mercredi
tous les jours de 10h00 à 18h00 (20h00 le mercredi),

Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons : Description   
Que serait notre quotidien sans fleurs pour l'embellir ? D'un accès facile et d'une beauté sans pareille, elles ont toujours été de surcroît un motif favori des peintres. Mais qu'advient-il quand ce motif que l'on pourrait juger trop charmant se heurte au radicalisme de l'art moderne ? Dans une vaste exposition temporaire qui rassemble plus de 160 oeuvres, la Fondation Beyeler se pose cette question en parcourant pour la première fois la totalité du cadre chronologique de l'art moderne, de l'impressionnisme à nos jours. L'impressionnisme marque précisément un tournant dans l'histoire de la représentation florale. Succédant à la nature morte traditionnelle où les fleurs traduisent symboliquement la fugacité de la beauté, c'est une nouvelle conception de la fleur qui s'affirme : elle devient une surface de projection idéale, permettant à l'artiste d'exprimer sa perception immédiate.

C'est particulièrement vrai des bouquets de fleurs, à forte charge existentielle, qu'Edouard Manet a peints pendant sa dernière période de création, marquée par la maladie. C'est encore plus vrai des tableaux de Vincent van Gogh, pour qui la fleur est une sorte d'autoportrait déguisé. Au-delà de la symbolique florale traditionnelle et soigneusement codée, la fleur devient ici la représentation intransigeante d'une expérience artistique. Elle dépasse pour la première fois son statut de motif propice, certes, aux démonstrations de virtuosité picturale mais incapable, selon la définition académique, de rivaliser en importance avec la peinture d'histoire, les portraits ou les paysages. Dans cette exposition, van Gogh sera notamment représenté par ses Branches de marronniers en fleur , une oeuvre tardive majeure de la Stiftung Sammlung E. G. Bührle de Zurich.

Par la suite, la fleur partage les vicissitudes du figuratif dans l'art moderne : du fauvisme au surréalisme, elle conserve une place majeure mais perd, toute pertinence aux yeux de l'avant-garde, au plus tard après la mort de Paul Klee. Après que la fleur eut pâti, du temps des maîtres anciens, de la supériorité de genres et de thèmes majeurs, c'est la dissolution de ces derniers qui lui fait désormais de l'ombre — mentionnons ainsi les efforts de trans-formation de la représentation humaine ou la mutation de la forme en contenu, qui a également marqué la voie vers l'abstraction.

Il convient d'attirer l'attention, dans ce contexte, sur une spécificité de la fleur. Bien que l'abstraction eût écarté, parallèlement au primat du figuratif, l'idée du beau tableau de fleurs, elle permit peut-être d'explorer pour la première fois le potentiel abstrait de la forme florale. On en trouvera des exemples dans cette exposition avec Augusto Giacometti, mais aussi avec Hans Arp et Georgia O'Keeffe. Ce potentiel a également séduit les représentants d'un genre artistique contraint, par sa nature même, de rechercher l'abstrait au sein du figuratif et à qui cette exposition accorde une place d'une envergure encore inédite à la Fondation Beyeler : la photographie. Le motif de la fleur n'a pas laissé indifférents des artistes comme Karl Blossfeldt, Edward Steichen, Imogen Cunningham, Irving Penn ou Robert Mapplethrope, qui lui ont accordé un traitement artistique sans précédent. C'est également le cas de photographes contemporains comme Nobuyoshi Araki et Wolfgang Tillman, qui ont introduit une nouvelle esthétique dans la photographie de fleurs.

La photographie a encore joué un rôle déterminant au moment de la renaissance de la fleur dans le contexte du Pop Art. Il faut évidemment mentionner au premier chef les Flowers d'Andy Warhol, réalisées à partir d'un modèle photographique, et qui constituent sans doute les tableaux de fleurs les plus importants du XX e siècle. Pour la première fois peut-être depuis van Gogh, un motif floral permet l'élaboration d'un concept majeur de l'art moderne : dans ces sérigraphies, Warhol a créé la nouveauté en mariant la sérialité de l'image à l'ère de la télévision au motif sériel de la nature : la fleur. Depuis son come-back chez Warhol, la fleur n'a plus vraiment quitté les cimaises et les ateliers ; ce motif a même été cultivé jusqu'à l'obsession par de grands artistes. Comme on pourra le voir ici, elle a également conquis l'espace concret du musée sous forme de sculptures, d'installations et de vidéos.

Outre les positions artistiques déjà mentionnées, l'exposition rassemble de nombreuses créations isolées et des groupes d'oeuvres d'art moderne consacrés au thème de la fleur. Mentionnons notamment l'image "sombre" de la fleur dans la gravure d'Odilon Redon, les variations impressionnistes et post-impressionnistes sur le thème de la fleur de Pierre Auguste Renoir, Paul Gauguin, Adolphe Monticelli et Paul Cézanne, la fleur fauviste d'Henri Matisse, les tableaux de fleurs tardifs de Lovis Corinth, la fleur expressionniste d'Ernst Ludwig Kirchner, Emil Nolde et Max Beckmann, les étranges inventions de fleurs surréalistes de Max Ernst, l'obstination presque ironique avec laquelle David Hockney traite le motif floral dans les années 1970 et 1990 (avec le célèbre Mount Fuji and Flowers du Metropolitan Museum of Art de New York, un des clous de cette exposition), les fleurs tridimensionnelles de Jeff Koons d'un kitsch soigneusement étudié et déployé dans des matériaux divers, les installations « florales » réalisées ces dernières années par María Fernanda Cardoso, Roxy Paine, Keith Edmier et Yoshihiro Suda (qui "cache" des imitations de fleurs en bois dans les salles d'exposition), des vidéos, avec notamment Pipilotti Rist et Silvie Defraoui, les travaux de Wolfgang Laib et Andy Goldsworthy qui travaillent avec de vrais éléments de fleurs et, enfin, le retour à la peinture avec Beatriz Milhazes et Uwe Wittwer (qui se réfère aux natures mortes de fleurs hollandaises du XVIIème siècle), et au dessin avec Jonathan Delafield Cook.

Parallèlement à la beauté toute classique de la fleur, cette exposition accorde une importance particulière au thème de la fleur "sombre" abordé dans le contexte de la gravure d'Odilon Redon. À côté des fleurs du bon et du beau, nous voyons se dresser les fleurs démoniaques de l'art moderne. Les fleurs du mal , le célèbre recueil de Charles Baudelaire publié en 1857, marquent ici la naissance d'une nouvelle appréhension de la fleur. Le motif central de ces poèmes n'est pas la fleur en tant que telle. Elle y incarne bien davantage l'esthétique particulière de l'obscur et du morbide. De Redon à Pipilotti Rist, l'exposition fait découvrir de nombreuses possibilités artistiques qui, au-delà de toute suavité, mettent en scène la fleur comme véhicule de l'inquiétant, de l'anarchique et du luxuriant.

Même si son motif n'a joué qu'occasionnellement un rôle majeur dans l'histoire de l'art moderne, la fleur aura tout de même réussi à manifester une remarquable présence au cours des 140 dernières années. De toute évidence, l'art moderne ne pouvait trouver qu'en elle certains de ses sujets de prédilection, comme l'analyse le catalogue à l'aide de quelques champs thématiques précis. Il en est qui, tels l'affinité de la fleur avec la mort, appartiennent au répertoire symbolique classique de la fleur. D'autres en revanche, — l'exploration théma-tique du sériel à l'aide de la fleur ou l'exploitation de son potentiel abstrait par exemple —, n'apparaissent que dans l'art moderne. La fleur permet ainsi de mesurer la faculté de l'art moderne de repenser également la "nature" à travers le nouveau regard qu'il porte sur le monde.

Un panorama aussi vaste aurait pu inciter à reléguer la chronologie au second plan. Celle-ci restera pourtant déterminante dans l'accrochage de l'exposition. En effet, quand bien même une lithographie du symboliste Odilon Redon, une toile de Paul Gauguin et un gigantesque tableau de pop art de James Rosenquist gravitent autour d'un même phénomène mystérieux — l'affinité entre la fleur et l'oeil —, la juxtaposition immédiate de ces trois oeuvres si différen-tes ne serait pas forcément profitable. Aussi l'exposition suit-elle une disposition plus ou moins historique, qui permet de suivre l'évolution du traitement thématique de la fleur à travers les décennies. Elle se présente ainsi comme une partition visuelle, dans laquelle les différents leitmotive de la présence de la fleur dans l'art moderne ressurgissent dans des modifications constantes.

Selon un modèle désormais éprouvé, l'exposition associe les positions classiques et contem-poraines de l'art moderne. Elle a vu le jour en coopération avec le Louisiana Museum d'Art Moderne de Humlebæk près de Copenhague (10 septembre 2004 - 23 janvier 2005) et a été complétée sous l'égide de Philippe Büttner et d'Ulf Küster pour la Fondation Beyeler par des oeuvres majeures relevant essentiellement du modernisme classique.

De nombreuses institutions nous ont prêté des oeuvres, dont le Musée Van Gogh d'Amsterdam, le Kunstmuseum de Bâle, la Neue Nationalgalerie de Berlin, le Musée Ludwig de Cologne, la Tate de Londres, la Galerie Nationale Tretiakov de Moscou, le Metropolitan Museum of Art de New York, le Centre Georges Pompidou de Paris, le Musée d'Art Contemporain de Téhéran et la Stiftung Sammlung E. G. Bührle de Zurich. S'y ajoutent de nombreuses pièces provenant de collections privées d'Europe et des États-Unis.

Le catalogue (en allemand et en anglais) est publié chez Minerva Verlag, à Wolfratshausen. Il contient une introduction de Philippe Büttner sur le mythe de la fleur dans l'art moderne, une contribution de Robert Kopp, historien de la littérature, sur le motif de la fleur dans le symbolisme français et des analyses d'une sélection d'oeuvres majeures d'Ulf Küster. Ce volume compte environ 208 pages avec 140 illustrations en couleurs (CHF 58.-).
Le Mythe de la fleur de van Gogh à Jeff Koons