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Rhodes
Rhodes
Ile de Rhodes (Grèce)

Rhodes : Description   
La cité médiévale est un exemple éminent d'ensemble architectural illustrant la période historique significative ou un ordre militaire et hospitalier issu des Croisades a survécu en Méditerranée orientale dans un contexte de constante psychose obsidionale. Rhodes est l'un des plus beaux ensembles urbains de l'époque gothique. Le fait que cette ville médiévale se trouve dans une île de la mer Egée, sur l'emprise d'une ancienne cité grecque, et commande un port autrefois embelli par le colosse de Charés de Lindos, l'une des sept merveilles du monde selon les Anciens, son intérêt ne peut qu'accroître. Il faut rappeler enfin que la chaîne historique n'est pas interrompue en 1523 mais se complète avec des monuments islamiques d'une valeur certaine, mosquées, bains, maisons, jusqu'en 1912.

La vieille ville de Rhodes, avec son ensemble de constructions franques et ottomanes, constitue un ensemble éminent d'habitat humain traditionnel, caractérisé par des phénomènes successifs et complexes d'acculturation : les formes de l'architecture gothique se sont modifiées au contact des traditions du Dodécanèse, et les constructions postérieures à 523 combinent les formes vernaculaires résultant de cette rencontre de deux mondes avec des éléments de décor d'origine ottomane. Tous les éléments du bâti antérieurs à 1912, devenus vulnérables du fait de l'évolution des conditions de vie, devraient être protégés au même titre que les grands monuments religieux, civils et militaires, églises, couvents, mosquées, bains, palais, forts, portes et remparts.
Rhodes : Histoire   
De 1309 à 1523, les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui avaient perdu en 1291 leur dernier bastion en Palestine, Saint-Jean d'Acre, ont occupé Rhodes, transformant la capitale de l'île en une ville forte capable de soutenir des sièges aussi éprouvants que celui du sultan d'Egypte en 1444 et celui de Mehmet II en 1480. Vestige anachronique des Croisades, Rhodes ne devait tomber qu'à l'issue du siège de six mois entrepris en 1522 par Süleyman II à la tête, dit-on, d'une armée de 100.000 hommes.

La cité médiévale, à l'intérieur de son enceinte de 4 km de longueur, obéit à la division, classique en Occident, entre ville haute, au nord, et bourg castral, au sud/sud-est.

Séparée à l'origine du bourg par une muraille fortifiée, la ville haute, ou Collachium, a été entièrement modelée par un ordre militaire devenu, après la dissolution des Templiers en 1312, le plus puissant de la chrétienté. L'organisation des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui regroupaient sept "langues", s'est inscrite dans l'architecture : les "auberges" de la langue d'Italie, de la langue de France, de la langue d'Espagne et de la langue de Provence se répartissent des deux côtés de l'axe principal est-ouest, la célèbre rue des Chevaliers, l'un des meilleurs témoins de l'urbanisme gothique.

L'auberge d'Auvergne, dont la façade est timbrée des armes de Guy de Blanchefort, grand maître de 1512 à 1513, se dresse un peu à l'écart, au nord, à proximité du premier hospice des Chevaliers, auquel fut substitué, au XVème siècle, le Grand Hôpital bâti, de 1440 à 1489, sur le côté sud de la rue des Chevaliers et qui abrite à l'heure actuelle le musée archéologique.

Au nord-ouest du Collachium, se dressaient le Palais des Grands Maîtres et l'église Saint-Jean. A l'extrémité est de la rue des Chevaliers, l'église Sainte-Marie, adossée à la muraille avait été transformée en cathédrale par les hospitaliers au XVème siècle.

Dans la ville basse, la densité monumentale est à peine plus faible. Ce "bourg" qui abritait en 1522 quelque 5.000 habitants, regorgeait d'églises, parfois d'origine byzantine, et qui furent le plus souvent converties au culte islamique après 1523 comme la mosquée de Soliman, Kavakli Mestchiti, Démirli Djami, Péial ed Din Djami, Abdul Djelil Djami, Dolapli Mestchiti. Au fil des ans, palais et fondations caritatives s'étaient multipliés dans ce quartier sud/sud-est : tribunal de commerce, archevêché, Hospice de Sainte-Catherine, etc.

Les remparts de la cité médiévale, partiellement construits sur les fondations de l'enceinte byzantine, constamment entretenus et remaniés du XIVème au XVIème siècles sous les grands maîtres Giovanni Battista degl'Orsini (1467-1476), Pierre d'Aubusson (1476-1505), Aimery d'Amboise (1505-1512) et Fabrizio del Carretto (1513-1521) sont caractérisés par leur adaptation aux tirs d'artillerie dans les phases finales. Au début du XVIème siècle, dans le secteur de la Porte d'Amboise, construite à l'angle nord ouest en 1512, la courtine atteignit 12 mètres d'épaisseur, avec un parapet de 4 mètres percé de bouches à feu.

L'influence des fortifications de Rhodes, ville "franque" longtemps réputée imprenable s'est exercée dans tout le bassin oriental de la Méditerranée à la fin du Moyen Age.

De 1912 à 1948, l'occupation italienne a fortement marqué le paysage urbain de Rhodes. Dans la ville moderne, au nord, les restaurations et pastiches (église Saint-Jean, palais du Gouverneur) voisinent tant bien que mal avec les lourdes architectures mussoliniennes du port du Mandraki. Dans la ville médiévale, par de la Porte de la Liberté percée en 1924, la Loge de Saint-Jean et surtout le Palais des Grands Maîtres, entièrement reconstruit dans le style des années 1500, somptueusement aménagé afin de pouvoir servir de résidence à Victor Emmanuel III et au Duce, sont des pastiches grandioses, mais dénués de rigueur archéologique.

Les embellissements des places publiques à l'aide de fontaines monumentales procèdent du même esprit, condamné par la Charte de Venise. Qu'on le veuille ou non, ces monuments pseudo-médiévaux sont entrés dans l'histoire urbaine de Rhodes et ne sauraient être éliminés. Reste à savoir si une tradition bien établie autorise encore sous prétexte de conservation intégrée ou de développement touristique, la poursuite d'une politique de restauration à outrance.

Le projet de rétablissement du colosse de Rhodes étant heureusement écarté, il faut réfléchir aujourd'hui à l'intérêt éventuel et à la faisabilité du projet de reconstruction de la Tour de Naillac élaboré par l'architecte S. Bodo. Cette tour, construite de 1392 à 1421 sous le grand maître Philibert de Naillac commandait l'accès ouest du goulet du port de commerce. Elle s'était effondrée en 1863.