| Dalyan - Kaunos : Histoire |  |
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Ancien port de Carie enfermé entre deux montagnes aujourd'hui complètement ensablé, Kaunos existait déjà à l'époque de l'invasion perse. Elle fit partie de la ligue attico-délienne. Fortifiée par Mausole, elle passa sous domination séleucide, puis rhodienne et enfin romaine. Le port prospérait autour du commerce du sel, des salaisons de poisson et dans le trafic des esclaves. Les vestiges archéologiques sont principalement constitués par les monuments de la ville basse (temple, nymphée, portique hellénistique), ceux de la ville haute (thermes, temple d'époque romaine, théâtre) et par une série de tombes du IVe siècle avant Jésus-Christ réutilisées à l'époque romaine.
Ruines de Kaunos : Maxime Collignon "Bulletin de correspondance hellénique" - 1877 - Extraits
"Les ruines de Kaunos sont de beaucoup les plus importantes de toute la région de la Pérée rhodienne. Au cours du voyage que j'ai fait dans la partie méridionale de l'Asie Mineure, de concert avec M. l'Abbé Duchesne, j'ai eu l'occasion de les examiner avec plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'ici. L'objet de cet article n'est pas de les étudier dans tous leurs détails, mais d'exposer une suite d'observations sur l'emplacement de Kaunos, sur les monuments encore en place, et sur le cours du Kalbis. Cette dernière question est restée très-confuse; les renseignements des géographes anciens ont pu paraître contradictoires, et les cartes modernes ne sont pas d'accord sur le fleuve auquel il convient d'attribuer ce nom. Les textes anciens, commentés à l'aide des notions précises que donne l'étude des lieux mêmes, deviennent moins incertains, et permettent d'arriver à une solution qui a tous les caractères de la vérité.
Emplacement de Kaunos
Les murs d'enceinte
Les ruines de Kaunos s'étendent a peu de distance de la petite ville de Dalyan , bâtie sur les bords du fleuve profond et rapide qui sort du Koïgez-Liman, pour se jeter dans la mer, après des détours dont on ne trouve le tracé exact sur aucune carte. Les ruines sont à une demi-heure environ de la ville, sur la rive droite, à l'extrémité d'une plaine couverte d'herbes rases, bordée au Sud-Est par des rochers à pic, qui offrent des groupes importants de tombeaux taillés clans le roc. Elles occupent une sorte d'amphithéâtre qui s'étage sur les hauteurs Nord et Nord-Est et se relève en terrasses. La végétation courte et touffue qui couvre les pentes de l'amphithéâtre permet cependant d'en apprécier la forme et les relèvements successifs.
Au Sud-Est de ces terrasses se dresse un rocher qui se présente quand on arrive de Dalyan, sous la forme d'un pic aigu et étroit, légèrement incliné. Très-abrupte du côté de l'Est, il se prolonge vers l'Ouest par une petite douce, qui aboutit a un mamelon élevé.
La crête du rocher est couronnée de murailles turques ou byzantines, qui marquent nettement la position d'un "kastro". Il n'y a pas de doute sur le nom antique de cette imposante forteresse : c'est à coup sûr Imbros, l'acropole des Kauniens. L'état des lieux concorde exactement avec la courte description de Strabon.
Le mur d'enceinte de la ville aboutissait à la forteresse. Au pied des rochers d'Imbros, on distingue un fragment du mur extérieur, où s'ouvrait une des portes de la ville. Après la porte, le mur fait un angle en retrait, et se développe ensuite en une longue courtine, d'appareil rectangulaire. En avant du mur, on observe une tour carrée de même appareil. Il est probable qu'elle se rattachait au mur d'enceinte.
Du côté opposé à la forteresse, le mur aboutissait à une pointe rocheuse qui fait face au prolongement d'Imbros, et qui termine une vive arête de terrain, courant du Sud-Ouest au Nord-Est. C'est sur cette arête que repose le mur d'enceinte. On peut en suivre la trace pendant plus d'un kilomètre. Il est parfaitement conservé, et n'est rompu qu'aux endroits où étaient percées les portes. Il a encore parfois 1 ou 5 mètres de hauteur. Ce mur offre deux appareils, qui correspondent à deux ordonnances successives. La première ne comportait qu'un mur uni, sans tours, et d'appareil polygonal;. La seconde est caractérisée par l'appareil rectangulaire et l'adjonction au mur primitif de tours en rectangle, de 5 mètres de saillie sur 7 mètres de front. Elles laissent entre elles des courtines de 25 à 30 mètres. On reconnaît aussi cet appareil dans la réparation de beaucoup d'endroits du mur extérieur; dans les pierres formant le chemin qui courait au-dessus du mur , derrière des créneaux aujourd'hui détruits; enfin dans la construction des portes. L'épaisseur du mur est de 4 mètres au moins.
A l'extrémité méridionale, il se termine par une forteresse de forme circulaire. De l'autre côté, il se perd dans la montagne.
Le port
Les deux promontoires rocheux que j'ai déjà signalés, l'un comme le prolongement d'Imbros, l'autre comme le point où aboutit le mur d'enceinte du côté de la mer, enserrent une partie de terrain basse, marécageuse, couverte par endroits d'une eau stagnante. Une sorte de chenal ensablé la met en communication avec la plaine qui s'étend jusqu'à la mer, en avant de Kaunos. Les Turcs appellent ce marais l'Ana-Goel. La nature du terrain indique qu'il est
formé par des atterrissements successifs. Il ne paraît pas douteux qu'on doive reconnaître dans cette dépression de terrain, autrefois couverte d'eau, le port de Kaunos. Strabon dit qu'il
était fermé et bordé de chantiers. On voit par la disposition du terrain qu'il était fortifié. Les deux pointes rocheuses qui l'enserrent et forment à l'entrée de l'Ana-Goel comme deux acropoles avaient supporté des ouvrages de défense, auxquels ont succédé, sur la pointe Sud-Est, des murailles byzantines.
Le port était alimenté par le fleuve auquel il faut restituer le nom de Kalbis. Le cours du Kalbis a considérablement dévié vers l'Est. Il est aisé de reconnaître qu'autrefois il suivait la base du rocher d'Imbros, la contournait, et venait remplir la baie circulaire de l'Ana-Goel. De là, il reprenait son cours vers la mer, en franchissant une distance qu'il est impossible d'apprécier, car la vaste plaine qui s'étend des ruines de Kaunos à la mer est formée en grande partie par les alluvions du fleuve. On en trouve la preuve dans les eaux mortes qui des deux ailés se conservent au pied des montagnes; elles forment un véritable lac à l'Ouest, à la base du Tchandiri-Dagh. Les alluvions ont surtout exhaussé le milieu de la vallée, de sorte qu'elle paraît légèrement bombée. Le Kalbis ne donne pas la ligne de fond de la vallée, ou thalweg. Il coule au plus haut des alluvions.
Les monuments de Kaunos
Les monuments encore en place sont les suivants. Je me bornerai a en donner une courte description.
Le théâtre
II est adossé aux pentes Nord-Est qui descendent du rocher d'Imbros vers la ville. Il est bâti en gros blocs d'une pierre grisâtre, a gros grains, qui a fourni les matériaux de presque tous les monuments de Kaunos. La scène était placée du côté de la mer, à laquelle les spectateurs faisaient face. On voit encore des traces du mur du fond, et près de ces assises des débris ayant un caractère architectural, entre autres un cippe carré, orné de denticules. En face s'ouvre l'entrée Nord, encore intacte; elle débouchait à la hauteur du premier étage des gradins, qui de ce côté sont parfaitement conservés. A l'Est, on retrouve les murs des deux passages voûtés qui servaient d'entrée.
Edifice dont l'attribution est douteuse
Sur l'une des terrasses qui forment l'amphithéâtre où Kaunos est bâti, on observe des ruines importantes. Ce sont celles d'un édifice rectangulaire, bâti en grosses pierres d'appareil soigné. La façade Nord de l'édifice est intacte. Elle est percée d'une porte, encadrée entre deux pilastres cannelés, dont les tambours mesurent jusqu'à 9 mètres, 51 centimètres de hauteur. Le style de ces pilastres est lourd; il est encore altéré par la nature de la pierre, qui se prête difficilement à un travail fini et délicat. En avant de l'enceinte, du côté Ouest, on retrouve des débris de colonnes, des fragments d'architraves, ornés de gouttes et de triglyphes, d'un style évidemment hellénique. La façade principale du monument, tournée vers l'Ouest, était décorée d'une colonnade; on retrouve en place des bases de colonnes sans cannelures. Tous ces détails permettent de croire qu'il y avait là un édifice orné avec soin, peut-être un temple.
Les autres monuments offrent des caractères moins précis. Il convient de signaler un grand édifice, divisé en salles assez vastes et voûtées. Un peu plus bas, on retrouve les ruines d'une église byzantine; on y chercherait vainement des traces de peintures. Près du port, on voit les soubassements d'un petit édifice rectangulaire, de 7 mètres 1/2 sur 4, limité par des murs de 50 centimètres, en marbre-brèche, analogue à celui qu'on appelle a Rome "porta sauta".
Tombeaux taillés dans le roc
La muraille de rochers qui horde du côté Sud-Est la vallée du Kalbis, entre Dalyan et les ruines de Kaunos, présente un groupe important de tombeaux taillés dans le roc. Ils sont disposés sur deux étages. Ceux de l'étage inférieur affectent simplement la forme de chambres funéraires, auxquelles donne accès une petite porte basse sans ornements. Les tombeaux supérieurs sont beaucoup plus ornés. La décoration extérieure reproduit la façade d'un temple à antes. L'intérieur offre trois lits, disposés le long des parois d'une chambre funéraire. Ils n'ont aucun ornement caractéristique.
La description suivante donne les détails du tombeau le plus orné; c'est un type uniforme, dont les autres s'écartent peu. La façade se détache au milieu d'une niche creusée dans le rocher de telle sorte que l'ombre produite fait valoir les détails et les saillies de l'ornementation. Le sommet du fronton est décoré d'une palmette de style grec assez pur. Les
angles sont ornés d'acrotères, dont les détails sont frustes. Il est cependant possible d'y reconnaître des palmettes de même style. Les rampants du fronton sont ornés de moulures. Le tympan offre une représentation intéressante, car elle se retrouve, avec une légère variante, sur le fronton d'un tombeau de Kunbet, étudié par M. G. Perrot. Ce sont deux lions passant, se faisant face. Sur le tombeau de Kumbet, les lions sont séparés par un vase. L'état de dégradation du tombeau de Kaunos ne permet pas de vérifier si le même détail s'y retrouvait.
Le fronton est séparé de l'entablement par une rangée de denticules, puis vient une série de rosaces, et enfin l'entablement se relie aux chapiteaux d'ante par une large moulure plate. Les pilastres d'ante se terminent par des chapiteaux au-dessous desquels courent des raies de coeur et des rangées de rosaces. Les volutes des chapiteaux des colonnes sont de style ionique.
La paroi extérieure du tombeau est percée d'une porte décorée avec beaucoup de soin. Si l'exécution est souvent un peu grossière et rapide, le style des ornements témoigne d'une certaine recherche. Il est intéressant de constater une fois de plus quelle importance avait l'architecture funéraire dans toutes les régions de l'Asie-Mineure. La porte offre à peu près, en largeur, les dimensions de l'entrecolonnement. Le linteau est décoré de rangées d'oves et de raies de coeur; le chambranle est à moulures plates. La hauteur est de 1,63m, la largeur de 0,93 m. Elle est divisée en panneaux par des moulures. Le vantail inférieur seul est ouvert. On ne pouvait y entrer qu'en se baissant. Des disques sculptés ou patères, figurés au-dessus de la bande qui simule le vantail supérieur, représentent un simple motif décoratif, et rappellent les patères de bronze auxquelles étaient fixés des anneaux servant à ouvrir la porte. Dans tous ces détails, on sent une imitation évidente des motifs les plus élégants de l'architecture grecque.
Deux de ces tombeaux portent une inscription, gravée sur le vantail supérieur de la porte. L'inscription est identique sur les deux tombeaux. M. Waddington l'a publiée d'après une copie d'E. de Cadalvène, qui l'attribue au village de Staliano, sur la rivière de Guziazy. L'inscription appartient bien en effet à Kaunos, comme l'a conjecturé M. Waddington, en rapprochant le nom de Staliano du nom plus exact de Dalyan". |