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Guide de visite : La Victoire de Samothrace
La Victoire de Samothrace





Attribué à : Pythocritos
Modèle : La Victoire

Date : approx. entre 200 et 170 avant J.C.

Matériaux : Marbre blanc, Marbre gris
Musée du Louvre
Escalier Daru
Aile Denon
Premier étage
Elément 1 sur 1
Antiquités grecques
Sculpture (Statue)

Région en relation
Samothrace (Grèce)

Description   

Le sanctuaire de Samothrace était dédié aux dieux Cabires, évoqués pour protéger les marins du naufrage et assurer le succès aux combattants. La Victoire se posant sur le pont d'un bateau illustre ce culte. Certains supposent que le monument a été offert par les vainqueurs d'un combat naval. Le style de la Victoire, dont on ne connaît pas le sculpteur, permet de situer l'événement au cours du IIème siècle avant Jésus-Christ. Le style de l'oeuvre la rapproche des frises de l'autel érigé à Pergame vers 180-160 avant Jésus-Christ. Les Rhodiens remporteront d'importantes victoires face à Antiochos III de Syrie en 190 avant Jésus-Christ, aux cours des batailles navales de Sidé et de Myonnisos. La Victoire de Samothrace, qui pourrait commémorer ces évènements, serait donc légèrement postérieure à cette date.

Les Grecs représentaient la Victoire sous la forme d'une femme ailée. Le monument de Samothrace constitue la création la plus grandiose de ce type. Charles Champoiseau, vice consul de France à Andrinople (Turquie) découvrira cette oeuvre à Samothrace, île de la mer Egée.

L'ensemble se compose de trois éléments : un socle rectangulaire, une base figurant l'avant d'un navire et la statue de sa Victoire.

La statue représente une femme ailée, allégorie de la Victoire, vêtue d'un chiton à rabat ceinturé sous la poitrine, en tissu très fin, laissant apparaître les courbes du corps ; partiellement recouverte d'un himation (manteau) enroulé sur la taille et découvrant la jambe gauche. Le vent plaque les vêtements contre le corps et gonfle le chiton à l'arrière : la Victoire est représentée en train de se poser sur le pont du navire. Dans la restitution la plus communément acceptée, elle lève le bras droit, sans doute pour annoncer la victoire, tandis que son autre bras est ramené le long du corps. Peut-être tenait-il un trophée, comme la stylis (hampe arrière) d'un bateau ennemi. La Victoire est composée de six blocs de marbre travaillés séparément : le corps, le buste, les deux bras et les deux ailes. Cette astuce, largement utilisée par les sculpteurs grecs, permet d'économiser des frais de matériau : il est plus facile d'extraire de petits blocs qu'un seul gros. Or la Victoire mesure 2,38 m de haut - 3,28 m ailes comprises - soit environ 1,5 fois la hauteur naturelle. Les blocs sont assemblés entre eux par des goujons de bronze.

Le navire représenté est typiquement rhodien : il s'agit d'une τριηρημιολία / triêrêmiolía, un petit vaisseau de guerre long, sans pont, avec deux rangs et demi de rames, des éperons latéraux et à l'avant, un éperon supérieur, un éperon inférieur et une proue recourbée. Dans son état actuel, il manque au navire les deux éperons avant et l'ornement recourbé de l'étrave, ce qui modifie l'allure générale de l'ensemble.

La Victoire est en marbre blanc de Paros. Le bateau et le socle sont en marbre de Lartos, gris veiné de blanc, d'origine rhodienne. Le bloc en ciment est moderne. La main droite, retrouvée en 1950, est exposée dans une vitrine sur le palier situé à gauche.

Le socle lui-même est constitué de six dalles sur lesquelles s'empilent trois rangs de blocs - en tout, quinze et les fragments d'un seizième -, maintenus solidaires par des goujons, figurant le navire. Le deuxième rang se dédouble pour représenter les caisses de rames. La statue était posée sur le rang supérieur.

Nous ne possédons aucun témoignage antique sur la statue. Celle-ci ne peut donc être datée qu'en fonction de son style. On a d'abord considéré que les monnaires de Démétrios Poliorcète représentaient le monument lui-même ; le roi l'aurait édifié en commémoration de sa victoire navale. À ce stade, la statue est attribuée à un sculpteur de la fin du IVe siècle ou du début du IIIe siècle av. J.-C., par exemple un élève de Scopas, qui a travaillé à Samothrace. Cependant, Samothrace est alors sous le contrôle de Lysimaque, ennemi de Démétrios : il parait peu probable que ce dernier ait pu y dédier un monument.

La découverte de monuments en forme de bateau à Lindos, une cité de Rhodes, le type de bateau représenté et l'origine du marbre du socle font ensuite conclure à un monument rhodien, en commémoration d'une victoire telle que celle de Cos (v. 261 av. J.-C.), de Sidè ou encore de Myonnisos (toutes deux en 190 av. J.-C.).

L'époque correspond à la période d'activité du sculpteur Pythocritos, fils de Timocharis, mentionné par Pline et plusieurs bases inscrites, connu pour être l'auteur de l'un des monuments de l'acropole de Lindos. Or Champoiseau avait trouvé en 1892, aux environs immédiats de la statue, un fragment en marbre de Lartos portant la signature " ...Σ ΡΟΔΙΟΣ / ...S RHODIOS", ce qui peut correspondre à « Pythocritos de Rhodes ». Cependant, son rapport avec l'exèdre contenant la Victoire n'est pas attesté.

Une autre hypothèse fait de la statue une offrande votive d'Antigone II Gonatas après sa victoire contre les Ptolémées à Cos, dans les années 250 av. J.-C. On sait en effet qu'Antigone consacre une statue à Délos : il aurait pu en consacrer une autre à Samothrace, sanctuaire traditionnellement sous protection des Antigonides.

Enfin, certains ont également comparé la Victoire à des personnages de la frise du Grand Autel de Pergame, dont les sculpteurs étaient alors très réputés.

Plus de photos   
Elément(s) en relation   
Lindos :
Acropole de Lindos
Poupe d'un triemola
Bas-relief
Pythocritos
approx. de 180 à 190 avant J.C.

La Victoire de Samothrace
Pythocritos
La Victoire