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   France > Paris Ier > Musée du Louvre > Vien > La mort de la femme de Darius
Guide de visite : La mort de la femme de Darius
La mort de la femme de Darius






Date : 1785

Dimensions : 4.24 m x 3.27 m
Matériaux : Peinture à l'huile sur toile
Acquisition : Collection de Louis XVI (Commande)
Ecole française - Néoclassique
Musée du Louvre
Vien
Aile Sully
Deuxième étage - Section 53
Elément 4 sur 13
Peinture française
Peinture (Tableau historique)

Région en relation
France

Description   

Cette oeuvre, inspirée de l'Histoire ancienne de Rollin et de la série des Triomphes d'Alexandre de Le Brun, représente l'empereur grec receuilli devant le corps de la femme de Darius. Ce tableau peint à Rome porte la mention LAGRENEE PINXIT ROMAE 1785. Il sera exposé au Salon des artistes français de Paris en 1785.

Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre IV

Pendant la route, un des eunuques captifs qui accompagnaient l'épouse de Darius, lui vint dire qu'elle était défaillante et respirait à peine. Accablée par la fatigue d'une marche continuelle et le poids de ses chagrins, elle était tombée, et puis s'était éteinte entre les bras de sa belle-mère et des jeunes princesses ses filles : un autre messager vint apporter cette autre nouvelle. Le roi, comme si on lui eût annoncé la mort de sa propre mère, poussa de douloureux gémissements; et, versant des larmes telles que les eût versées Darius lui-même, il se transporta dans la tente où était la mère de Darius, assise auprès du corps de la princesse. Là, il sentit sa douleur se renouveler en voyant la malheureuse reine gisante sur la terre : ramenée par cette dernière infortune au souvenir de ses infortunes passes, elle tenait appuyées sur son sein les jeunes princesses, bien faites pour la consoler d'une douleur qui leur était commune, mais auxquelles elle devait elle-même ses consolations. Devant elle était son petit-fils, jeune enfant, d'autant plus à plaindre qu'il ne sentait pas encore un malheur dont la plus triste part était pour lui. On eût dit qu'Alexandre pleurait au milieu de ses parents, et qu'au lieu de donner des consolations, il en cherchait; du moins, il s'abstint de toute nourriture, et fit rendre au corps de la reine tous les honneurs qui lui appartenaient d'après la coutume des Perses, bien digne sans doute de recueillir encore aujourd'hui le fruit de tant de douceur et de continence. Il n'avait vu cette princesse qu'une fois : c'était le jour où elle fut prise; encore n'était-ce pas elle, c'était la mère de Darius qu'il venait visiter, et sa rare beauté n'excita point en lui l'aiguillon des désirs, mais celui de la gloire.

Cependant un des eunuques placés auprès de la reine, Tyriotès, avait profité de ce moment de trouble et de douleur pour s'échapper par une porte qui, s'ouvrant du côté opposé à l'ennemi, était gardée avec moins de vigilance : il parvint au camp de Darius, et, recueilli par les sentinelles, fut conduit, baigné de larmes et les vêtements déchirés, dans la tente royale. Dès que Darius l'aperçut, saisi de mille craintes à la fois et incertain de ce qu'il devait le plus redouter : "Ton aspect, lui dit-il, me présage je ne sais quel grand désastre mais garde-toi d'épargner les oreilles d'un infortuné, car j'ai appris à être malheureux; et c'est souvent une consolation dans la misère, de connaître son sort tout entier. Viens-tu, ainsi que je le soupçonne et crains de le dire, m'annoncer le déshonneur de ma famille, plus affreux pour moi, et sans doute aussi pour elle, que toute espèce de supplice?" Tyriotès lui répondit : "Rien de semblable n'est arrivé; tout ce que des sujets peuvent rendre d'honneurs à leurs reines, les captives l'ont reçu du vainqueur; mais ton épouse, à l'instant même, vient de cesser de vivre." On entendit alors dans tout le camp, non seulement des gémissements, mais des cris lamentables : Darius ne douta point qu'on ne l'eût assassinée, parce qu'elle n'avait pas voulu consentir à son déshonneur; et, dans l'égarement de sa douleur, il s'écriait : "Quel crime si grand ai-je donc commis Alexandre? qui, de tes parents, ai-je fait périr, pour que tu aies payé ma cruauté d'un tel retour? Tu me hais sans que j'aie provoqué ta haine. Mais j'accorde que tu me fasses une guerre juste : fallait-il t'attaquer à des femmes?" Tyriotès prit à témoin les dieux de la patrie, que la reine n'avait été victime d'aucun attentat, que même Alexandre avait gémi sur sa mort, et versé d'aussi abondantes larmes qu'en versait le roi lui- même.

Ces serments ne firent qu'éveiller l'inquiétude et le soupçon dans ce coeur violemment épris; tant de regrets pour une captive ne pouvaient venir, à ce qu'il se figurait, que des habitudes d'un amour criminel. Ayant donc fait sortir tout le monde, et ne gardant auprès de lui que Tyriotès, il lui dit, non plus en pleurant, mais en soupirant : "Sais-tu bien, Tyriotès, que ce serait en vain que tu voudrais me tromper? en un instant, les instruments de la torture seront prêts; mais, au nom des dieux, n'attends pas jusque-là, si tu as quelque respect pour ton roi : ce que je désire savoir, ce que j'ai honte de demander, jeune et victorieux l'a-t-il osé faire?" Tyriotès offrit son corps à toutes les tortures, appela tous les dieux en témoignage de ses paroles, persistant à affirmer que la reine avait été traitée avec décence et respect. Enfin, lorsque le roi fut convaincu que Tyriotès ne disait que la vérité, il se voila la tête et pleura longtemps. Puis, ses larmes coulant encore, il se découvrit le visage, et, les mains levées vers le ciel : "O Dieux de mon pays! s'écria-t-il, affermissez avant tout mon empire; mais si déjà mon arrêt est prononcé, faites, je vous en supplie, que l'Asie n'ait pas d'autre roi que cet ennemi si juste, ce vainqueur si généreux !

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