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Guide de visite : Le défi des Piérides
Le défi des Piérides






Date : approx. entre 1524 et 1527

Dimensions : 63 cm x 31 cm
Matériaux : Peinture à l'huile sur toile
Acquisition : Couronne de France (1682)
Elément 34 sur 45
Peinture italienne
Peinture (Thème mythologique)

Région en relation
Italie

Description   

Le roi macédonien Piéros, fils du Thessalien Magnés, donnera son nom au mont Piéros situé au nord de l'Olympe. Selon les Métamorphoses d'Ovide, ce souverain de Pella apprendra l'existence des Muses par un oracle, en Thrace, et introduira leur culte dans son pays. Il épousera Evippé qui lui donnera neuf filles, les Piérides. Ces dernières défieront les Muses dans un concours de musique, sur le mont Hélicon, arbitré par Apollon, Pallas et les nymphes. Les Muses, nues et pures, vaincront les Piérides, vêtues et dissimulatrices, jouant des instruments vils appréciés des satyres. Ces dernières seront transformées en corneilles.

Le tableau reprend une composition diffusée par la gravure de Caraglio et inventée par Rosso durant sa période romaine entre 1524 et 1527, sous l'influence du Parnasse peint à fresque par Raphaël au Vatican.

L'oeuvre, provenant de la collection Everharderhard Jabach, sera acquise par Louis XIV avant 1683.

Hippocrène. Les Piérides (Métamorphoses d'Ovide : V, 250-340)

La guerrière Pallas, soeur de Persée, invisible à ses yeux, avait jusqu'alors accompagné ses pas. Mais, s'enveloppant d'une nue épaisse, elle quitte Sériphos, laissant à sa droite et Cythnos et Gyaros. Elle plane sur les mers pour abréger sa route, découvre les murs de Thèbes, s'arrête sur l'Hélicon, aborde les neuf Soeurs, et leur tient ce langage : "La Renommée a porté jusqu'à moi la merveille de cette fontaine nouvellement sortie de la terre sous les pieds de Pégase. J'ai voulu voir ce prodige opéré par le coursier ailé qui naquit, en ma présence, du sang de la Gorgone."

[260] "Déesse, répond Uranie, quel que soit le motif qui vous amène, votre présence nous est toujours agréable. La Renommée n'a point semé un bruit mensonger. Oui, Pégase a fait jaillir cette onde merveilleuse". Et la muse conduit la déesse vers la source sacrée. Pallas admire le prodige de cette onde et de son origine. Elle visite l'Hélicon, ses bois antiques et sacrés, ses grottes, ses lits de verdure et de fleurs; et trouve les filles de Mnémosyne également heureuses et par leurs nobles études et par les charmes de leur séjour. Une des neuf Soeurs lui adresse alors ce discours :

"Si votre courage ne vous portait à de plus hautes entreprises, déesse, vous eussiez pu vous mêler dans nos choeurs. Oui : vous louez avec justice et nos travaux et notre asile. Notre destin serait plus heureux, s'il était plus tranquille. Mais il n'est rien que le crime n'ose tenter. Tout alarme des vierges timides; et, la sacrilège audace de Pyrénée vient sans cesse se retracer à mon esprit troublé.

[277] "Le barbare, à la tête des Thraces inhumains, s'était emparé de Daulis, des champs de la Phocide, et maintenait ses injustes conquêtes. Nous suivions le chemin du Parnasse. Il vient à nous, et nous rend les honneurs qu'on doit à des déesses (car il nous connaissait); mais ses hommages étaient trompeurs : "Filles de Mnémosyne, dit-il, arrêtez ici vos pas : ne craignez rien; entrez dans mon palais; vous y trouverez un asile contre l'orage et la pluie (il pleuvait effectivement). Souvent les dieux ont honoré de leur présence les simples cabanes des mortels." Cédant à sa prière, et vaincues par le temps, nous entrons dans le vestibule de son palais. L'orage était dissipé. Vainqueur de l'Auster pluvieux, l'Aquilon chassait au loin les sombres nuages, et le ciel redevenait serein. Nous sortions : Pyrénée ferme les portes, et se dispose à la violence. Soudain, nous élevant sur des ailes, nous fuyons à travers les airs. Le tyran étonné veut nous suivre, et monte au sommet d'une tour : "Quelque route que vous preniez, je la prendrai moi-même". Il dit, et, furieux, s'élance, se précipite, et, brisé dans sa chute, il arrose la terre de son sang odieux. "

[294] Ainsi parlait la muse, lorsque l'air frémit d'un bruit confus de battements ailés; et, du haut des arbres, une voix semble saluer Minerve. La déesse lève les yeux, et cherche d'où partent des sons si bien articulés. Elle croit qu'une voix humaine a frappé son oreille. C'était celle d'un oiseau; c'était celle des pies qui, au nombre de neuf, déploraient leurs nouveaux destins, et, placées sur des branches élevées, imitaient de l'homme la voix et le langage.

Minerve s'étonne et la muse reprend : "C'est depuis peu que, vaincues dans un défi, celles que vous entendez augmentent le nombre des oiseaux. Elles naquirent d'Évippé, de Péonie, et de Piéros, qui règne sur les riches campagnes de Pella. Évippé invoqua neuf fois Lucine, et neuf fois féconde mit neuf vierges au jour. Fières de leur nombre au nôtre égal, elles traversent les villes de l'Hémonie et de l'Achaïe, arrivent sur la double Colline, et, par ces mots, nous défient au combat :

[308] "Cessez, Thespiades, cessez d'abuser par de vains accords les esprits ignorants. Osez aujourd'hui nous disputer le prix du chant. Vous ne l'emporterez ni par votre voix, ni par votre art. Notre nombre égale le vôtre. Cédez-nous, si vous êtes vaincues, les sources d'Hippocrène et d'Aganippe; ou recevez pour prix de la victoire les campagnes d'Émathie jusqu'aux monts couverts de neige qu'habitent les Péoniens. Que les Nymphes soient les juges du combat."

"Il était peu glorieux sans doute d'accepter un tel défi; mais il eût paru honteux de le refuser. Les Nymphes prises pour arbitres jurèrent par les fleuves qu'elles jugeraient avec équité, et s'assirent sur des bancs de rocher.

[318] Alors sans que le sort eût réglé l'ordre du chant, celle des Piérides qui proposa le défi chante la guerre des Géants, dégrade la majesté des dieux, et célèbre l'audace de leurs coupables ennemis. Elle raconte que Typhée, sorti des entrailles de la terre, porta la terreur aux plaines de l'éther; que les dieux prirent la fuite, et ne s'arrêtèrent qu'aux sept bouches du Nil. Elle ajoute que, toujours poursuivis par ce monstrueux enfant de la Terre, les immortels effrayés se dérobèrent à sa fureur, sous les formes de divers animaux. Jupiter, dit-elle, devint le chef de ce troupeau; et c'est depuis ce temps que la Libye, lui donnant des cornes recourbées, l'adore sous le nom d'Ammon. Le dieu de Délos prit la noire figure d'un corbeau; Bacchus se cacha sous la forme d'un bouc; on vit Diane se changer en chatte; et Junon en génisse. Vénus se couvrit de l'écaille d'un poisson, et Mercure emprunta les traits et l'aile de l'ibis.

[332] C'est ainsi que la fille de Piérus chanta sur sa lyre la guerre des Géants. Les Nymphes nous invitèrent à commencer nos concerts... Mais peut-être, déesse, un soin plus important vous appelle loin de nous. -- Non, répond l'immortelle; répétez fidèlement ce que vous chantâtes; et elle s'assied sous les ombrages verts.

La muse reprend : Une seule de nous, ce fut Calliope, soutint l'honneur du combat. Elle se lève, et ceignant de lierre ses cheveux flottants, ses doigts légers préludent savamment sur les cordes de sa lyre. Elle chante, et sa voix harmonieuse s'unit à ses brillants accords.

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Le défi des Piérides
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