
|  | La bataille d'Issus La bataille d'Arbelles Elément 2 sur 13
Peinture flamande - Ecoles du Nord Peinture (Bataille)
Dimensions : 136 cm x 80 cm Matériaux : Peinture à l'huile sur bois
Date : 1602
Région en relation : Flandres
Acquisition : Don d'André Le Nôtre à Louis XIV (1693)
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| Description |  |  |
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Le tableau, autrefois improprement intitulé La bataille d'Arbelles, est daté et signé : "BRUEGHEL, 1602". Autrefois dans le collection de Fouquet, il sera offert à Louis XIV par Le Nôtre. La victoire d'Issus contre Darius nous est racontée par Quinte-Curce.
Histoire d'Alexandre de Quinte-Curce - Livre III
Déjà les deux armées étaient à la portée du trait, lorsque la cavalerie des Perses fondit avec fureur sur l'aile droite de l'ennemi : car c'était un combat de cavalerie que cherchait à engager Darius, persuadé que la phalange faisait la force de l'armée macédonienne. Déjà même l'aile droite d'Alexandre était enveloppée. Dès qu'il s'en aperçut, il prit le parti de ne laisser sur la montagne que deux escadrons de sa cavalerie, et de lancer le reste au milieu de la mêlée. Détachant ensuite du gros de l'armée les cavaliers thessaliens, il commande à leur chef de passer à la dérobée derrière le corps de bataille, de se réunir à Parménion, et d'exécuter ponctuellement tous ses ordres. Cependant les Macédoniens, pressés au milieu des Perses qui les environnaient de toutes parts, se défendaient avec vigueur; mais, serrés et se tenant en quelque sorte les uns aux autres, ils ne pouvaient diriger leurs javelots : à peine lancés, on les voyait s'entrechoquer et revenir sur les rangs d'où ils étaient partis; un petit nombre allait porter à l'ennemi de légères et impuissantes blessures; la plupart tombaient inutilement à terre. Il fallut donc engager de près le combat, et les épées furent vaillamment tirées. Des flots de sang coulèrent alors : car les deux armées se touchaient de si près que les armes se croisaient, et que les coups ne pouvaient s'adresser qu'au visage. Le timide et le lâche n'avaient point là le pouvoir de reculer : pied contre pied, et comme en un combat singulier, ils restaient attachés à la même place, jusqu'à ce qu'ils se fussent ouvert un passage par la victoire. Ils ne faisaient un pas en avant que sur le corps d'un ennemi terrassé; mais, fatigués, ils trouvaient un nouvel adversaire, et il était impossible de retirer, comme on le fait toujours, les blessés de la mêlée : devant, ils avaient l'ennemi; derrière, ils étaient poussés par leurs compagnons.
Alexandre remplissait aussi bien les devoirs de soldat que ceux de capitaine : il cherchait, en tuant Darius, le plus noble prix de la victoire. Darius, en effet, du haut de son char dominait le champ de bataille, et c'était pour les Perses un puissant aiguillon à le défendre; pour l'ennemi, à l'attaquer. Alexandre le pressait donc de plus en plus, lorsque Oxathrès se jeta au-devant du char même du roi son frère, avec la cavalerie qu'il commandait, remarquable entre tous par l'éclat de ses armes et la force de son corps, et surtout modèle bien rare de vaillance et de piété fraternelle. Ce combat l'illustra beaucoup, et on le vit tour à tour renverser à ses pieds ceux qui le pressaient imprudemment, et forcer les autres à fuir. Mais les Macédoniens, qui avaient leur roi au milieu d'eux, après s'être animés par de mutuelles exhortations, s'élancent avec lui sur cette cavalerie. Le carnage devint alors un massacre. Autour du char de Darius gisaient les chefs les plus distingués de l'armée, morts d'un trépas honorable sous les yeux de leur roi, tous le visage contre terre, comme ils étaient tombés en combattant, tous ayant reçu par devant leurs blessures. Dans le nombre, on reconnaissait Atizyès, Rhéomithrès et Sabacès, le gouverneur de l'Égypte, qui, jadis, avait commandé de grandes expéditions; autour d'eux était entassée une foule moins illustre de cavaliers et de fantassins. Il y eut aussi des Macédoniens qui périrent, non pas en grand nombre, mais ce furent les plus vaillants : Alexandre lui-même eut la cuisse droite légèrement atteinte d'un coup d'épée. Cependant les chevaux qui traînaient Darius, percés de traits et effarouchés par la douleur, commençaient à secouer le joug et à faire chanceler le roi sur son char. Craignant alors de tomber vivant au pouvoir de ses ennemis, il saute à bas et se fait mettre sur un cheval qui le suivait pour cet usage; il a peur aussi que les ornements de la royauté ne trahissent sa fuite, et les rejette honteusement loin de lui. À ce coup, l'épouvante dissipe le reste de ses soldats : partout où un passage leur est ouvert pour fuir, ils s'y précipitent, jetant leurs armes, qu'un instant auparavant ils avaient prises pour se défendre : tant la peur leur fait redouter même leurs moyens de salut!
Un corps de cavalerie que Parménion avait détaché de l'aile gauche, poursuivait les fuyards, qui, par un singulier hasard, s'étaient tous portés de ce côté; mais, à la droite, les Perses pressaient vivement la cavalerie thessalienne; déjà même un escadron avait été renversé par l'impétuosité de leur choc, lorsque les Thessaliens, faisant rapidement tourner leurs chevaux, s'éloignent, et, revenant à la charge, font une affreuse boucherie des Barbares, que la confiance de la victoire avait débandés et mis en désordre. Les cavaliers perses, ainsi que leurs montures, surchargés de plaques de fer, avaient peine à se former en escadrons, manoeuvre qui exige surtout de l'agilité; et c'était en la faisant exécuter à leurs chevaux qu'ils avaient été surpris par les Thessaliens. À la nouvelle de l'heureux succès de cet engagement, Alexandre, qui jusqu'alors n'avait pas osé poursuivre les Barbares, vainqueur des deux côtés, n'hésita plus à se lancer sur leur trace. Mille cavaliers au plus l'accompagnaient, et une foule innombrable de Perses tombaient sous leurs coups; mais dans la victoire ou dans la fuite, compte-t-on jamais l'ennemi? Ils couraient donc, chassés comme un troupeau par cette poignée d'hommes, et la même terreur qui les faisait fuir ralentissait leur fuite. Cependant, les Grecs qui s'étaient rangés sous les enseignes de Darius, conduits par Amyntas, autrefois lieutenant d'Alexandre, aujourd'hui transfuge, marchaient séparés du reste de l'armée, et ce n'était pas en fuyards qu'ils avaient quitté le champ de bataille. Quant aux Barbares, la frayeur les emporta dans des routes toutes diverses : les uns suivirent celle qui conduisait directement en Perse; d'autres, par des détours, gagnèrent les rochers et la retraite des bois dans les montagnes; un petit nombre retournèrent au camp de Darius. Mais déjà l'ennemi vainqueur avait pénétré dans ce camp même, si plein de toutes sortes de richesses : une immense quantité d'or et d'argent, vain appareil de luxe et non de guerre, était devenue la proie des soldats; et, comme tous enlevaient plus qu'ils ne pouvaient porter, les chemins étaient jonchés d'objets de médiocre valeur, que leur avarice avait dédaignés par comparaison avec de plus précieux. On était arrivé jusqu'aux femmes, à qui leurs ornements étaient arrachés avec d'autant plus de violence qu'ils leur était plus chers : leurs personnes même n'étaient pas respectées par la brutale passion des soldats. Tout était dans le camp tumulte et désolation, selon les diverses fortunes de chacun, et nulle scène de désastre n'y manquait, la cruauté et la licence du vainqueur s'étendant à tous les rangs et à tous les âges. C'est alors que l'on put se donner le spectacle des jeux cruels de la fortune : les mêmes hommes qui, naguère, avaient orné la tente de Darius, avec tout l'éclat du luxe et de l'opulence, gardaient maintenant ses trésors pour Alexandre, comme pour un ancien maître : car il n'y avait que cela qu'eût épargné la main du soldat, d'après l'usage établi, que le vainqueur fût reçu dans la tente du roi vaincu.
Mais c'était la mère et l'épouse de Darius, toutes deux prisonnières, qui appelaient sur elles les regards et l'attention de tous : l'une, vénérable par la majesté de sa personne aussi bien que par son grand âge; l'autre, d'une beauté que son infortune même n'avait en rien altérée. Elle entourait de ses bras son fils, qui n'avait point encore accompli sa sixième année, et qu'elle avait mis au jour dans l'espoir de cette haute fortune que son père venait de perdre. Sur le sein de la vieille reine étaient penchées les deux filles de Darius, déjà sorties de l'enfance, et accablées de la douleur de leur aïeule autant que de la leur. Autour d'elles s'étaient rassemblées une foule de femmes de distinction, qui s'arrachaient les cheveux et déchiraient leurs vêtements, n'ayant plus aucun souvenir de leur ancien rang : elles leur donnaient encore les noms de leurs reines, de leurs maîtresses; noms véritables autrefois, mais qui maintenant n'étaient plus faits pour elles. Les infortunées princesses, ne songeant point à leur propre misère, demandaient à quelle aile avait combattu. Darius, quelle avait été l'issue de la bataille; elles ne pouvaient se croire captives, si le roi était encore vivant. Mais le roi, changeant sans cesse de chevaux, avait été emporté déjà bien loin par la fuite.
Il périt dans cette bataille, du côté des Perses, cent mille fantassins et dix mille chevaux. Du côté d'Alexandre, les blessés furent au nombre de cinq cent quatre; l'infanterie ne perdit en tout que trente-deux hommes, et la cavalerie ne compta pas plus de cent cinquante morts : voilà à quel faible prix s'acheta cette grande victoire!
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