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   France > Paris IIIème > Musée d'art et d'histoire du Judaïsme > Les Juifs en France au Moyen Age > More Nevoukhim
Guide de visite : More Nevoukhim
More Nevoukhim






Date : 1476

Matériaux : Encre, Papier
Acquisition : Dépôt de l'Alliance Israélite universelle
Guide des Egarés
Elément 4 sur 13
Art du judaïsme
Ecrit (Livre)

Vitrine : S02

Région en relation
Sicile (Italie)

Description   

Moïse ben Maïmon, de la dynastie des Maïmonides, est sans doute la plus haute figure juive du Moyen Âge. Issu d'une longue lignée de rabbins et de hauts dignitaires juifs, il recevra une vaste culture théologique, philosophique et scientifique.

Né à proximité du fleuve Guadalquivir, il apprendra l'arabe alors qu'il avait à peine trois ou quatre ans, grâce à son compagnon de jeu nommé Ali. Sa mère Rebecca, soignée par l'oncle d'Ali, Abbas, le Mufti de Cordoue, décédera de maladie. Cet événement, qui déterminera Moïse à devenir médecin, l'engagera à se poser la question du devenir de l'âme et à poser les bases d'une quête mystique.

Moïse, qui travaillera intensément pour approfondir ses connaissances médicales, notera dans le même temps ses réflexions concernant l'ésotérisme et la spiritualité en prenant appui sur le Talmud et la Torah. L'intolérance et les persécutions des nouveaux princes Almohades contraindront sa famille à fuir l'Espagne en 1148. Moïse ben Maïmon voyagera dans plusieurs villes du sud de l'Espagne pendant dix ans avant de s'installer à Fès. Il embarquera pour la "Terre d'Israël" en 1165, à l'âge de trente ans. La famille s'installera au Caire à la mort du père. Le frère de Moïse, David, qui faisait le commerce de pierres précieuses, périra noyé au cours du voyage en barque. Maïmonide, qui gagnera sa vie en prodiguant des soins, deviendra l'un des plus célèbres herboristes et phytothérapeutes de son temps. Médecin personnel du sultan Saladin (Salah-al-Din), il deviendra le chef de la communauté juive d'Egypte, son représentant auprès du souverain et à ce titre responsable de l'organisation intérieure et des règlements judiciaires.

Sa réputation comme philosophe talmudiste et médecin sera telle que les juifs le compareront au Moïse de la Bible: "De Moche jusqu'à Moche, il n'y eut personne comme Moche" diront de lui ses coreligionnaires. Les chrétiens lui donneront le titre d' "Aigle de la Synagogue." Richard Coeur de Lion tentera, en vain de l'attirer auprès de lui à Ashkelon en Palestine au cours de la troisième croisade.

Moïse Ben Maïmon laissera derrière lui une abondante littérature.

Le "Sefer Hamizot", composé initialement en arabe, présente les 613 commandements de la Loi écrite qui constitue l'armature de la Loi juive. Le "Michne Torah", le seul traité religieux rédigé en hébreu, aborde les différents aspects de la Législation juive. Le "Perouch Hamichna" est un commentaire de la Michna, sans passer par la Guemara. Le "More Nevoukhim" ("Guide des Egarés"), écrit en arabe, est à la fois un recueil religieux et traité pour conserver une bonne santé. Écrit pour des intellectuels partagés entre la tradition religieuse et la pensée scientifique, cet ouvrage tentera de mettre en accord l'enseignement de la Torah et de ses commentaires avec la philosophie d'Aristote. Le Guide, qui influencera de manière décisive la pensée monothéiste, constitue une analyse approfondie du judaïsme, dans le domaine des croyances comme dans ses aspects rituels. Il y est question de Dieu, de la Création, de la Prophétie. La " Lettre sur l'Astrologie", qui répond à une interrogation des rabbins de France, conclut à l'indiscutable responsabilité de l'homme, en dressant une synthèse des connaissances cosmologiques de l'époque. Une dizaine de livres de médecine lui sont attribués, écrits en arabe avant d'être traduit en hébreu, en particulier par son disciple Samuel ibn Tibbon de Montpellier.

La "Prière médicale" qui lui est attribuée est un acte de foi professionnelle, aussi noble que le Serment d'Hippocrate, qui inspire encore aujourd'hui de nombreux médecins juifs :

"Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'art et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon coeur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.
Fais que je ne voie que l'homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu'il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu'il ait présent tout ce que l'expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures. Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu'ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Eloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout : car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l'Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l'amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l'âge de mes ennemis. Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.
Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Eloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l'Art est grand mais l'esprit de l'homme pénètre toujours plus avant."
(Traduction tirée de : Soulier, Du Serment d'Hippocrate à l'éthique médicale, Thèse médecine, Marseille, 1985)

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