

| Date : vers 1815
Matériaux : Peinture à l'huile sur toile Acquisition : The Ciechanowiecki Collection - Don de la Ahmanson Foundation
| Elément 13 sur 22 Peinture française Peinture (Thème historique)
Région en relation France
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 | Description |  |
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Ce fondateur légendaire de la République romaine qui jouait par ruse à l'idiot était, de par sa mère Tarquinia, le neveu de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome connu pour son épuration au sein de l'aristocratie.
Brutus (idiot en latin) accompagnera à Delphes deux des fils de Tarquin, Titus et Arruns, afin de consulter l'oracle après l'apparition d'un serpent sorti mystérieusement de l'un des piliers du palais. Les fils du roi, qui demanderont à l'oracle de leur dire qui serait le successeur de leur père, apprendront que la couronne reviendra au premier qui embrassera leur mère à leur retour. Ils dissimuleront la réponse à leur plus jeune frère Sextus Tarquin et accepteront de s'en remettre à un tirage au sort. Brutus trébuchera volontairement en apercevant leur mère et l'embrassera dans son élan. Le roi Tarquin le Superbe déclarera la guerre à la riche cité rutule Ardée. Sextus violera Lucrèce, la femme de son cousin Lucius Tarquin Collatinus, dans sa maison à Collatis. La victime demandera à son père et son mari, accompagnés de Brutus, de venger son honneur avant de se poignarder.
Brutus obtiendra, en échange de son aide, leur complicité pour chasser les Tarquins et établir la République à Rome. Les deux hommes découvriront l'intelligence de Brutus, qu'il croyait abruti, et accepteront qu'il prenne le commandement de l'insurrection qui conduira à un soulèvement des Romains et à l'abolition de la monarchie. Brutus remportera la victoire sur les troupes de Tarquin le Superbe qui assiégeaient Ardée. Brutus et Lucius Tarquin Collatinus seront élus consuls. Brutus demandera à ce dernier de quitter la ville. Des menaces planaient sur lui du fait de son nom. Publius Valerius Poplicola sera élu consul à sa place.
Brutus déjouera une conspiration royaliste à laquelle ses fils Titus et Tibérius prendront part. Les traîtres seront emprisonnés. Leurs domaines seront confisqués ainsi que ceux de l'ancienne famille royale et seront consacrés à Mars (le Champ de Mars). Brutus récompensera l'esclave qui l'avait informé en lui donnant le droit de cité et de l'argent. Il prononcera la sentence de mort à l'encontre de ses fils avant d'assister à leur exécution par flagellation et décapitation.
Brutus périra dans la bataille qui l'opposera à Tarquin le Superbe, venu reprendre le territoire romain. Le fils du roi, Arruns, se précipitera contre lui avec une telle violence que les deux adversaires succomberont avant l'affrontement général. Une voix, sortie de la forêt d'Arsia, proclamera la victoire des Romains qui avaient perdu un homme de moins que Tarquin le Superbe et ses alliés étrusques. Brutus aura droit à d'imposantes funérailles.
Histoire Romaine de Tite Live - Livre I : Des origines lointaines à la fin de la royauté
L'ambassade à Delphes avec Brutus
I, 56 4 - Au milieu de tous ces travaux, on vit avec terreur un nouveau prodige. Un serpent, sorti d'une colonne de bois, jeta l'épouvante parmi tous les habitants du palais, et les mit en fuite. Tarquin, d'abord moins effrayé, en conçut pourtant de graves inquiétudes pour l'avenir. 5 - Les devins étrusques étaient ordinairement consultés sur les présages qui se manifestaient en public; mais ce dernier paraissant menacer sa famille, 6 - Tarquin résolut de consulter l'oracle de Delphes, le plus célèbre du monde. Toutefois, ne sachant quelle serait la réponse du dieu, il n'osa confier à des étrangers le soin de l'aller recevoir, et envoya deux de ses fils en Grèce, à travers des contrées alors inconnues, et des mers plus inconnues encore. 7 - Titus et Arruns partirent accompagnés du fils de Tarquinia, soeur du roi, Lucius Iunius Brutus, lequel était d'un caractère bien différent de celui qu'il affectait de montrer en public. Instruit que les premiers de l'État, que son oncle, entre autres, avaient péri victimes de la cruauté de Tarquin, ce jeune homme prit dès ce moment le parti de ne rien laisser voir dans son caractère ni dans sa fortune qui pût donner de l'ombrage au tyran, et exciter sa cupidité; en un mot, de chercher dans le mépris d'autrui une sûreté que la justice ne lui offrait pas. 8 - Il contrefit l'insensé, livrant sa personne à la risée du prince, lui abandonnant tous ses biens, et acceptant même l'injurieux surnom de Brutus. C'est à la faveur de ce surnom que le libérateur de Rome attendait l'accomplissement de ses destinées. 9 - Conduit à Delphes par les Tarquins, dont il était le jouet plus que le compagnon, il apporta, dit-on, au dieu, un bâton de cornouiller, creux et renfermant un bâton d'or, emblème mystérieux de son caractère. 10 - Arrivés enfin, les jeunes princes, après avoir exécuté les ordres de leur père, eurent la curiosité de savoir auquel d'entre eux reviendrait le trône de Rome. On prétend qu'une voix répondit du fond du sanctuaire : "Celui-là possédera la souveraine puissance, qui le premier de vous, jeunes gens, baisera sa mère." 11 - Les Tarquins exigent le plus rigoureux silence sur cet incident, à l'égard de Sextus, leur frère, qui était resté à Rome, afin qu'ignorant la prédiction il perdît toute chance à l'empire. Quant à eux, ils abandonnent à la fortune le soin de décider lequel des deux, à leur retour, baisera sa mère. 12 - Mais Brutus, donnant une autre interprétation aux paroles de la Pythie, feignit de se laisser tomber, et baisa la terre, la mère commune de tous les hommes. Lorsqu'ils revinrent à Rome, on y faisait de grands préparatifs de guerre contre les Rutules.
La guerre contre Ardée - Sextus Tarquin viole Lucrèce qui se suicide
I, 57 1 - Les Rutules habitaient la ville d'Ardée. C'était une nation puissante et riche, et pour le temps et pour le pays. La guerre leur fut déclarée à cause de l'épuisement des finances, résultat des travaux somptueux, entrepris par Tarquin, lequel désirait de combler le vide et de regagner en même temps, par l'appât du butin, le coeur de ses sujets. 2 - Ceux-ci, en effet, irrités de son orgueil et de son despotisme, s'indignaient que le prince les enchaînât depuis si longtemps à des travaux de manoeuvres et d'esclaves. 3 - D'abord on essaya de prendre Ardée d'assaut; mais cette tentative eut peu de succès. On convertit le siège en blocus, et l'ennemi fut resserré dans l'enceinte de ses murs. 4 - Durant ce blocus, et comme il arrive ordinairement dans une guerre moins vive que longue, on accordait assez facilement des congés; mais aux officiers plutôt qu'aux soldats. 5 - De temps en temps les jeunes princes abrégeait les ennuis de l'oisiveté par des festins et des parties de débauche. 6 - Un jour qu'ils soupaient chez Sextus Tarquin, avec Tarquin Collatin, fils d'Égérius, la conversation tomba sur les femmes; et chacun d'eux de faire un éloge magnifique de la sienne. 7 - La discussion s'échauffant, Collatin dit qu'il n'était pas besoin de tant de paroles, et qu'en peu d'heures on pouvait savoir combien Lucrèce, sa femme, l'emportait sur les autres. "Si nous sommes jeunes et vigoureux, ajouta-t-il, montons à cheval, et allons nous assurer nous-mêmes du mérite de nos femmes. Comme elles ne nous attendent pas, nous les jugerons par les occupations où nous les aurons surprises." 8 - Le vin fermentait dans toutes les têtes. "Partons, s'écrièrent-ils ensemble," et ils courent à Rome à bride abattue. Ils arrivèrent à l'entrée de la nuit. De là ils vont à Collatie, 9 - où ils trouvent les belles-filles du roi et leurs compagnes au milieu des délices d'un repas somptueux; et Lucrèce, au contraire, occupée, au fond du palais, à filer de la laine, et veillant, au milieu de ses femmes, bien avant dans la nuit. 10 - Lucrèce eut tous les honneurs du défi. Elle reçoit avec bonté les deux Tarquins et son mari, lequel, fier de sa victoire, invite les princes à rester avec lui. Ce fut alors que S. Tarquin conçut l'odieux désir da posséder Lucrèce, fût-ce au prix d'un infâme viol. Outre la beauté de cette femme, une réputation de vertu si éprouvée piquait sa vanité. 11 - Après avoir achevé la nuit dans les divertissements de leur âge, ils retournent au camp.
I, 58 1 - Peu de jours après, Sextus Tarquin, à l'insu de Collatin, revient à Collatie, accompagné d'un seul homme. 2 - Comme nul ne soupçonnait ses desseins, il est accueilli avec bienveillance, et on le conduit, après souper, dans son appartement. Là, brûlant de désirs, et jugeant, au silence qui l'environne, que tout dort dans le palais, il tire son épée, marche au lit de Lucrèce déjà endormie, et, appuyant une main sur le sein de cette femme : "Silence, Lucrèce, dit-il, je suis Sextus Tarquin : je tiens une épée, vous êtes morte, s'il vous échappe une parole." 3 - Tandis qu'éveillée en sursaut et muette d'épouvante, Lucrèce, sans défense, voit la mort suspendue sur sa tête, Tarquin lui déclare son amour; il la presse, il la menace et la conjure tour à tour, et n'oublie rien de ce qui peut agir sur le coeur d'une femme. 4 - Mais, voyant qu'elle s'affermit dans sa résistance, que la crainte même de la mort ne peut la fléchir, il tente de l'effrayer sur sa réputation. Il affirme qu'après l'avoir tuée, il placera près de son corps le corps nu d'un esclave égorgé, afin de faire croire qu'elle aurait été poignardée dans la consommation d'un ignoble adultère. 5 - Vaincue par cette crainte, l'inflexible chasteté de Lucrèce cède à la brutalité de Tarquin, et celui-ci part ensuite, tout fier de son triomphe sur l'honneur d'une femme. Lucrèce, succombant sous le poids de son malheur, envoie un messager à Rome et à Ardée, avertir son père et son mari qu'ils se hâtent de venir chacun avec un ami sûr; qu'un affreux événement exige leur présence. 6 - Spurius Lucrétius arrive avec Publius Valérius, fils de Volésus, et Collatin avec Lucius Iunius Brutus. Ces deux derniers retournaient à Rome de compagnie lorsqu'ils furent rencontrés par le messager de Lucrèce. 7 - Ils la trouvent assise dans son appartement, plongée dans une morne douleur. À l'aspect des siens, elle pleure; et son mari, lui demandant si tout va bien : "Non, répond-elle; car, quel bien reste-t-il à une femme qui a perdu l'honneur ? Collatin, les traces d'un étranger sont encore dans ton lit. Cependant le corps seul a été souillé; le coeur est toujours pur, et ma mort le prouvera. Mais vous, jurez-moi que l'adultère ne sera pas impuni. 8 - C'est Sextus Tarquin, c'est lui qui, cachant un ennemi sous les dehors d'un hôte, est venu la nuit dernière ravir, les armes à la main, un plaisir qui doit lui coûter aussi cher qu'à moi-même, si vous êtes des hommes." 9 - Tous, à tour de rôle, lui donnent leur parole, et tâchent d'adoucir son désespoir, en rejetant toute la faute sur l'auteur de la violence; ils lui disent que le corps n'est pas coupable quand le coeur est innocent, et qu'il n'y a pas de faute là ou il n'y a pas d'intention. 10 - C'est à vous, reprend-elle, à décider du sort de Sextus. Pour moi, si je m'absous du crime, je ne m'exempte pas de la peine. Désormais que nulle femme, survivant à sa honte, n'ose invoquer l'exemple de Lucrèce !" 11 - À ces mots, elle s'enfonce dans le coeur un couteau qu'elle tenait sous sa robe, et, tombant sur le coup, elle expire. Son père et son mari poussent des cris.
Brutus organise la révolution qui va mettre fin à la royauté
I, 59 1 - Tandis qu'ils s'abandonnent à la douleur, Brutus retire de la blessure le fer tout dégoûtant de sang et, le tenant levé : "Je jure, dit-il, et vous prends à témoin, ô dieux ! par ce sang, si pur avant l'outrage qu'il a reçu de l'odieux fils des rois; je jure de poursuivre par le fer et par le feu, par tous les moyens qui seront en mon pouvoir, l'orgueilleux Tarquin, sa femme criminelle et toute sa race, et de ne plus souffrir de rois à Rome, ni eux, ni aucun autre." 2 - Il passe ensuite le fer à Collatin, puis à Lucrétius et à Valérius, étonnés de ce prodigieux changement chez un homme qu'ils regardaient comme un insensé. Ils répètent le serment qu'il leur a prescrit, et, passant tout à coup de la douleur à tous les sentiments de la vengeance, ils suivent Brutus, qui déjà les appelait à la destruction de la royauté. 3 - Ils transportent sur la place publique le corps de Lucrèce, et ce spectacle extraordinaire excite, comme ils s'y attendaient, une horreur universelle. Le peuple maudit l'exécrable violence de Sextus; 4 - il est ému par la douleur du père, par Brutus, lequel, condamnant ces larmes et ces plaintes inutiles, propose le seul avis digne d'être entendu par des hommes, par des Romains, celui de prendre les armes contre des princes qui les traitent en ennemis. 5 - Les plus braves se présentent spontanément tout armés; le reste suit bientôt leur exemple. On en laisse la moitié à Collatie pour la défense de la ville, et pour empêcher que la nouvelle de ce mouvement ne parvienne aux oreilles du roi; l'autre moitié marche vers Rome sur les pas de Brutus. 6 - À leur arrivée, et partout où cette multitude en armes s'avance, on s'effraie, on s'agite; mais, lorsqu'on les voit guidés par les premiers citoyens de l'état, on se rassure sur leurs projets, quels qu'ils soient. 7 - L'atrocité du crime ne produisit pas moins d'effet à Rome qu'à Collatie. De toutes les parties de la ville, on accourt au Forum, et la voix du héraut rassemble le peuple autour du tribun des Célères. Brutus était alors revêtu de cette dignité. 8 - Il harangue le peuple, et sa parole est loin de se ressentir de cette simplicité d'esprit qu'il avait affectée jusqu'à ce jour. Il raconte la passion brutale de Sextus Tarquin, et la violence infâme qu'il a exercée sur Lucrèce, la mort déplorable de cette femme, et la douleur de Tricipitinus, qui perdait sa fille, et s'affligeait de cette perte moins encore que de l'indigne cause qui l'avait provoquée. 9 - Il peint le despotisme orgueilleux de Tarquin, les travaux et les misères du peuple, de ce peuple plongé dans des fosses, dans des cloaques immondes qu'il lui faut épuiser; il montre ces Romains, vainqueurs de toutes les nations voisines, transformés en ouvriers et en maçons. 10 - Il rappelle les horreurs de l'assassinat de Servius, et cette fille impie faisant passer son char sur le corps de son père; puis il invoque les dieux vengeurs des parricides. 11 - De pareils forfaits et d'autres plus atroces sans doute, qu'il n'est pas facile à l'historien de retracer avec la même force que ceux qui en ont été témoins, enflamment la multitude. Entraînée par l'orateur, elle prononce la déchéance du roi, et condamne à l'exil Lucius Tarquin, sa femme et ses enfants. 12 - Brutus lui-même, ayant enrôlé et armé tous les jeunes gens qui s'empressaient de donner leurs noms, marche au camp devant Ardée, afin de soulever l'armée contre Tarquin. Il laisse le gouvernement de Rome à Lucrétius, que le roi lui-même avait nommé préfet de la ville quelque temps auparavant. 13 - Au milieu du tumulte général, Tullia s'enfuit de son palais, recueillant partout sur son passage les exécrations de la foule, et entendant vouer sa tête aux furies vengeresses des parricides.
I, 60 1 - Lorsque la nouvelle en arrive dans le camp, le roi, surpris et effrayé, accourt à Rome en toute hâte, pour y étouffer la révolution naissante. Brutus est informé de son approche, et, pour ne pas le rencontrer, il se détourne de sa roule. Ils arrivèrent tous deux presque en même temps par des chemins opposés, Brutus au camp, et Tarquin à Rome. 2 - Tarquin trouva les portes fermées, et on lui signifia son exil. L'armée, au contraire, reçut avec enthousiasme le libérateur de Rome, et chassa de ses rangs les enfants du roi. Deux d'entre eux suivirent leur père en exil à Caeré chez les Étrusques. Sextus Tarquin, qui s'était retiré à Gabies comme dans ses propres états, y périt assassiné par ceux dont ses meurtres et ses rapines avaient autrefois soulevé les haines. 3 - Le règne de Tarquin le Superbe fut de vingt-cinq ans; et celui de tous les rois, depuis la fondation de Rome jusqu'à son affranchissement, de deux cent quarante-quatre. 4 - Les comices alors assemblés par centuries, et convoqués par le préfet de Rome, suivant le plan de Servius, nommèrent deux consuls, Lucius Iunius Brutus et Lucius Tarquin Collatin.
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