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Une maquette du Ramesseum et de son complexe économique y a récemment été installée. Les deux vitrines exposent des objets provenant des nécropoles de Napata et de Méroé.
L'ancienne Nubie s'étendait des deux côtés de la Vallée du Nil, approximativement entre Assouan, en Egypte, et Khartoum, au Soudan.
Elle comprenait, au Nord, la Basse Nubie (le Ouaouat), comprise entre la première et la deuxième cataracte du Nil. Cette région sera essentiellement égyptienne. La partie Sud, comprise entre la deuxième et la sixième cataracte, constitue la Haute Nubie, appelée Koush dans l'Antiquité.
Le Néolithique
Le Soudan central entre dans l'âge néolithique au milieu du Vème millénaire. Les archéologues distinguent le "Néolithique de Khartoum", comprenant les sites de Kadero et d'Es-Shaheinab, et le "Néolithique d'El-Kadada", qui porte le nom d'une localité située à 180 kilomètres en aval de Khartoum.
Le site de Kadruka, situé entre la première et la quatrième cataracte, révèle l'existence d'une population vivant essentiellement de la chasse et de la pêche. Cette dernière, pratiquant également l'élevage, est sans doute à l'origine des prémices de l'agriculture. Elle maîtrisait, plusieurs siècles avant la préhistoire égyptienne, les techniques de la céramique, comme en témoignent les vestiges découverts dans les différents sites.
Ces objets proviennent essentiellement des tombes circulaires ou ovales. Les défunts, enterrés en position foetale, portaient des bracelets et des colliers et étaient entourés d'un mobilier funéraire composé de vases en terre cuite, d'armes, d'ustensiles en pierre, en os ou en coquille, ainsi que de figurines féminines en argile ou en grès.
Les cultures du Groupe A
L'égyptologue américain George Reisner est à l'origine, au début du siècle, de la classification des cultures nubiennes au moyen de lettres de l'alphabet. Le Groupe B, phase terminale de la civilisation du Groupe A, a été supprimé.
La culture du Groupe A s'organise en chefferies, cours du IVème millénaire. Elle inaugure l'âge du cuivre, en Basse Nubie, et adopte un habitat constitué de huttes rondes. Les morts étaient enterrés dans des tombes circulaires surmontées d'un tumulus de terre. Situés sur la route qui conduit vers l'Afrique centrale et la Mer Rouge, les habitants entretiendront des relations commerciales avec l'Egypte prédynastique. Le commerce portera sur l'échange de vases et d'armes contre des produits exotiques, essentiellement des pierres semi-précieuses, de l'ivoire, de l'ébène, de l'encens et sans doute de l'or. La représentation fréquente de bovins et ovins sur la céramique atteste de l'importance de l'élevage nubien qui entrait également dans la composition des échanges commerciaux. Cette civilisation disparaîtra vers 2800 avant Jésus-Christ, pour des raisons encore inconnues à ce jour.
Les troupes égyptiennes interviennent pour la première fois dans la région sous le commandement du roi Aha, de la première dynastie. Elles atteignent la Deuxième Cataracte sous Djer. Les convoitises égyptiennes portent sur la présence de mines d'or (le nom même de la Nubie provient de l'égyptien noub, qui signifie or) et sont également motivées par des préoccupations stratégiques.
Les cultures du Groupe C
Les premières colonies égyptiennes s'implantent en Nubie, à proximité des centres miniers ou des voies commerciales, au terme des grandes expéditions militaires entreprises sous l'Ancien Empire. Ils s'installent notamment près de Bouhen, au Nord de la Deuxième Cataracte, qui servira de base à des expéditions commerciales et des voyages d'exploration.
La Basse Nubie reprend un nouveau souffle durant le période de la Vème dynastie. Elle donne naissance à une culture, baptisée Groupe C, qui reprend progressivement possession de la zone géographique occupée par l'ancien Groupe A, entre la Première et la Deuxième Cataracte. Cette civilisation profitera de l'affaiblissement de l'Egypte de la fin de l'Ancien Empire pour chasser ses voisins du Nord de la région de Bouhen.
L'Egypte va tenter d'imposer son autorité par la diplomatie et la force. Herkhouf, gouverneur égyptien d'Eléphantine, relatera ses trois expéditions commerciales en Basse Nubie. Les troubles de la Première Période Intermédiaire détournent les Egyptiens de la Nubie. De nombreux Nubiens s'enrôleront comme mercenaires au service des forces qui se disputaient le pouvoir. La Nubie restera indépendante jusqu'au début du Moyen Empire, avant de repasser sous le contrôle de l'administration égyptienne.
La culture du Groupe C laissera derrière elle une céramique de très haute qualité, ornée de motifs géométriques (zigzags, losanges), de motifs de vannerie tressée ou de quelques représentations figurées. Les maisons, bâties suivant un plan arrondi, comportaient des fondations de dalles et côtoyaient des tentes ou des huttes à pilier central. Certains villages, comme celui situé sur le site de Ouadi es-Seboua, deviendront prospères. Les tombes à tumulus, d'abord rondes puis rectangulaires, seront complétées par des chapelles funéraires, sans doute sous l'influence égyptienne. Des bijoux, armes et figurines de terre cuite à représentation humaine ou animale accompagneront le défunt dans sa dernière demeure.
Le Royaume de Kerma
Les pharaons de la XIIème dynastie vont progressivement coloniser la Nubie. Le Ouaouat sera contrôlé par les Egyptiens après la campagne militaire conduite par Sésostris Ier. Les colons construisent des forteresses afin de protéger les pistes des carrières et des mines d'or, principalement celle du Wadi Allaki, ainsi que les mouvements des caravanes et des nomades.
Les troupes de Sésostris III pénètrent à trois reprises en territoire koushite. La frontière, reportée au Sud de la Troisième Cataracte, est renforcée par les forteresses de Semnah et de Qouma.
Le premier véritable royaume nubien, celui de la culture de Kerma appelé Iam en ancien Egyptien, prospérera au-delà de cette limite pendant plus d'un millénaire. Située dans la riche plaine du Dongola, la ville de Kerma donnera son nom à un royaume qui connaîtra quatre phases de développement.
· la phase du pré-Kerma durant le Néolithique, de 2800 à 2400 environ avant Jésus-Christ
· le Kerma Ancien : de 2400 à 2050 environ avant Jésus-Christ
· le Kerma Moyen : de 2050 à 1750 environ avant Jésus-Christ
· le Kerma Classique : de 1750 à 1500 environ avant Jésus-Christ
Le Kerma Ancien : de 2400 à 2050 environ avant Jésus-Christ
Le Kerma Ancien couvre la période de l'Ancien Empire et de la première Période Intermédiaire égyptiens. Ce royaume devait initialement comprendre des chefferies de culture identique, en grande partie nomades, installées le long de la vallée entre la Deuxième et la Quatrième Cataracte. La ville de Kerma, placée sous l'autorité d'un prince, étend progressivement son influence sur la région. Elle entreprendra les premiers échanges commerciaux avec les voisins du Groupe C ainsi qu'avec les Egyptiens. Les principaux indices de cette civilisation proviennent des nécropoles constituées de petites fosses surmontées d'un tumulus, de dalles de pierres noires et de galets blancs ou d'une stèle. Le défunt, recouvert d'une peau de bovidé, est enseveli avec son mobilier personnel, ses armes, ses parures et bijoux. Les sacrifices d'animaux sont fréquents. Les chèvres et moutons sont parfois déposés auprès du défunt et des bucranes en bordure de la fosse.
Le Kerma Moyen : de 2050 à 1750 environ avant Jésus-Christ
Les diverses chefferies locales commencent à se fédérer sous l'autorité du prince de Kerma.
La capitale se développe et contrôle les routes commerciales en direction de l'Afrique orientale et centrale. Certaines tombes, qui s'agrandissent et reçoivent un matériel funéraire plus important, témoignent sans doute de la création d'une aristocratie locale. Des chapelles sont construites à proximité des sépultures des personnages les plus importants de la communauté.
Le Kerma Classique : de 1750 à 1500 environ avant Jésus-Christ
La culture de Kerma atteint son apogée au moment où l'Egypte, divisée, est envahie par une population étrangère et doit quitter la Nubie. Les princes de Kerma gouvernent alors un territoire d'environ 1000 kilomètres, entre la Première et la Quatrième Cataracte. Ils prennent possession les anciennes forteresses égyptiennes et font alliance avec les Hyksôs du Delta du Nil contre les dynastes thébains.
La ville de Kerma, entourée de fortifications, est constituée d'ateliers, de fermes, de constructions rectangulaires en briques et de palais durant sa période classique. Le vaste quartier religieux est dominé par une hutte de grande taille, probablement une salle d'audience royale, et la "deffufa", expression nubienne désignant un ouvrage fortifié en briques crues.
La très vaste nécropole comprend notamment les tombes princières recouvertes de tumuli pouvant atteindre une centaine de mètres de diamètre. La place du défunt dans la société est liée à l'importance du mobilier funéraire composé notamment de vaisselle précieuse et de bijoux en or. Le corps est déposé sur un lit funéraire, l'angareb. Les sacrifices d'animaux se raréfient et sont parfois remplacés par des sacrifices humains dont le nombre est un indicateur de la position sociale du mort. Les sépultures des personnes de rang inférieur sont situées à la périphérie des tombes royales.
L'archéologue George Reisner, qui entreprendra une campagne de fouilles entre 1913 et 1916 sur le site de Kerma, mettra à jour un nombre important d'objets égyptiens. Cette découverte témoigne de l'importance des échanges de la cité située au carrefour de l'Afrique profonde, de la Mer Rouge et de l'Egypte. La civilisation de Haute Nubie influencera l'organisation politique et religieuse adoptées par les princes très amateurs de produits égyptiens. La céramique locale, comprenant notamment des vases aux parois très fines recouverts de décors en relief, témoignent cependant du niveau de perfection atteint par les artisans de Kerma durant cette période.
La prospérité de Kerma durera jusqu'à la réunification de l'Egypte par Khamose. Les premiers souverains de la XVIIIème repartent en guerre contre la Nubie et refoulent les habitants de la région plus au Sud. Il faudra attendre l'apparition, plusieurs siècles plus tard, du nouveau royaume de Napata pour renouer les fils de la civilisation nubienne. |