Henri Marchal, formé à l'anastylose par les archéologues néerlandais dans l'île de Java, mettra pour la première fois cette technique en oeuvre au Cambodge, dans les années 1930, pour restaurer Banteay Srey.
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L'anastylose consiste à reconstruire avec ses propres matériaux un monument entièrement ou partiellement effondré, en remplaçant le cas échéant tel ou tel bloc manquant. Elle sera particulièrement utile ici grâce à l'excellente conservation du décor richement sculpté de rinceaux et de décors végétaux qui a servi de canevas.
Le temple, construit juste avant la mort de Râjendravarman et au cours des premières années du règne de son successeur Jayavarman V, exprime à lui seul un style qui portera son nom. Fait unique dans l'histoire khmère, ce style sera associé non à un roi mais à un brâhmane de sang royal, petit-fils de Harshavarman I et précepteur de Râjendravarman puis de Jayavarman V. Le religieux bouddhiste fera édifier le temple Tribhuvanamahesvara (actuel Banteay Srey) sur ses terres d'Ishavarapura, à 20 kilomètres au nord-est d'Angkor, en 967.
Les frontons des bibliothèques sont composés de trois arches "ondulées" superposées, dont le départ est assuré par des monstres crachant des lions ou des serpents nâga. Les bas-reliefs historiés des tympans, entourés de feuillages, illustrent des épisodes de la légende de Shiva. Les personnages illustrent un épisode de légende sacrée sur un fond orné d'un ou deux arbres stylisés, emprunt manifeste à l'art javanais mais à travers le style de Preah Ko. Les linteaux de portes sont sculptés de guirlandes qui entourent une petite scène mythologique et un masque de démon.
Construit au centre de plusieurs enceintes concentriques en latérite, ce temple est d'un style unique, une sorte de synthèse des styles précédents. Le sanctuaire, dédié à Shiva en tant que "Seigneur suprême des trois mondes", comprend trois tours sanctuaires disposées de front sur une seule terrasse pourvue de six volées de marches. L'avant-corps du sanctuaire central est décoré de carreaux garnis de feuillage et les échiffres d'escaliers sont gardées par des personnages à tête fantastique. Celle du centre, la plus haute (9,80 mètres), est précédée à l'est par une salle (mandapa) de plan oblong voûtée en brique. Deux magnifiques bibliothèques bordent la plate-forme centrale. Les portes de la deuxième enceinte, surmontées d'une sorte de gopura à l'est et à l'ouest, sont précédées de portiques à fronton triangulaire aux angles retroussés (stylisation de makara), dont le sommet est orné d'un motif en forme de flamme. Les divinités féminines qui décorent les murs portent des jupes lisses tirées des statuaires préangkoriens. Leurs parures et coiffures affectent le même archaïsme.
Les visages aux lèvres sensuelles et yeux largement ouverts séduiront André Malraux, qui choisira ce temple pour accomplir son forfait : "Du Siam au Cambodge, le long de la voie royale qui va de Dangrek à Angkor, il y a de grands temples, ceux qui ont été repérés et décrits dans l'Inventaire, mais il y en a sûrement d'autres, encore inconnus aujourd'hui...Nous allons dans quelque petit temple du Cambodge, nous enlevons quelques statues, nous les vendons en Amérique, ce qui nous permettra de vivre ensuite tranquillement pendant deux à trois ans."
(André Malraux)

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