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Guide de visite : Vietnam (Champa)
Vietnam (Champa)
Section 10 sur 31

Musée Guimet
Arts d'Extrême-Orient

Champa (du VIIème siècle au 1832)

Période : entre le IVème et le XVIIIème siècle
Région en relation : Vietnam

Ouvert tous les jours sauf mardi

 
Le royaume Champa, le plus oriental des royaumes hindouisés, couvrira une superficie presque équivalente à celle du Cambodge actuel. Il livrera des témoignages d'une culture originale, au carrefour des influences indienne, indonésienne, khmer, chinoise puis vietnamienne et cambodgienne.

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Histoire   
Il semble possible de situer l'apparition du Champa au IVème siècle de notre ère. Ce petit état sera en guerre perpétuelle contre ses voisins du nord, chinois puis vietnamiens. Ces derniers se constitueront en état, le Dai Co Viêt, en 968. Le Champa semble avoir atteint sa plus grande superficie - de la Porte d'Annam au Cap Varella - avant l'an 1000, date à laquelle la capitale sera transférée plus au sud, dans la région de Binh Dinh.

Les fouilles entreprises le long des côtes orientales de l'Annam, notamment à Sa Huynh, près de l'actuelle Quang Ngai, au sud de Da Nang, et à Gio Linh, près de Quang Tri, livreront des céramiques, du matériel lithique et des objets de métal datant des premiers siècles de notre ère, qui témoignent d'un niveau de civilisation équivalent à celui des autres régions de l'Asie du Sud-Est.

Les plus anciens renseignements historiques de cette région sont fournis par des textes chinois qui mentionnent la commanderie du Rinan, marche-frontière à l'extrême sud de l'Empire du Milieu, créée sous les Han. Xianglin, la plus méridionale de ces sous-préfectures, aurait été peuplée d'aborigènes indisciplinés, et fréquemment envahie par les barbares voisins. Les Chinois devront évacuer la région en 137 de notre ère et le mandarin local sera tué. Un barbare nommé Quilan, qui se proclamera roi, donnera naissance au royaume du Linyi, au sud du Rinan.

Les historiens chinois mentionneront à plusieurs reprises le Linyi entre 137 et 758. Les rois descendant de Quilan, probablement installés dans la région de Hué, subiront progressivement l'influence chinoise. Ils sont très différents des souverains à nom sanskrit et à l'origine du Champa, qui laisseront des inscriptions dans le Quang Nam. Le Linyi et le Champa seront difficiles à différencier pour les Chinois qui s'empareront de la capitale du Linyi en 446 et emporteront des idoles anthropomorphes attestant d'un début d'hindouisation. Les noms des souverains du Linyi semblent permettre une reconstitution en sanskrit dès 520. Pi Cuibamo serait Vijayavarman. La fusion du Linyi et du Champa aura définitivement lieu avant 605, date de la première mention d'une capitale, établie au sud du Col des Nuages, près de Mi Son.

La naissance véritable du Champa serait contemporaine de quatre inscriptions en sanskrit de la fin du IVème siècle, trouvées dans le Quang Nam et le Phu Yên, qui mentionnent une divinité Bhadreshvara, le seigneur favorable, Shiva. Il s'agit de l'exemple le plus ancien, en Asie du Sud-Est, d'un nom de divinité analogue au nom du roi.

Les inscriptions de Śambhuvarman, au début du VIIème siècle, signalent la destruction, par le feu, du sanctuaire de Bhadreshvara, et sa reconstruction par le souverain régnant, qui associera son nom à celui du fondateur et donnera à la divinité vénérée dans le sanctuaire le nom de Sambhubhadreshvara. Cette divinité personnelle et dynastique sera la divinité nationale du Champa, celle qui procure le bonheur au pays.

Shambhuvarma, qui tentera de rompre le serment d'allégeance obligatoire à la Chine, sera vaincu en 605. Les Chinois s'empareront de sa capitale, située près de l'actuelle ville de Tra Kiêu. Le roi, qui reste en place, devra régulièrement envoyer des ambassades à la cour des Tang, chargées d'apporter le tribut.

Le sacre de Vikrântavarman, en 653, marquera le début d'un long règne paisible. Son père, qui avait épousé une princesse cambodgienne du Zhenla (Chen La), semble avoir favoriser le renforcement de l'influence hindouiste. De nombreuses fondations verront le jour dans le cirque montagneux de Mi Son. Le style de Mi Son E1 (650-730) constitue la première étape de la chronologie des arts du Champa, établie par Philippe Stern à partir de l'évolution des monuments et des motifs de décoration. Le Champa semble être indépendant lorsque disparaîtra l'appellation de Linyi et son remplacement par celle de Huangwang dans les chroniques chinoises postérieures à 758. La région de My Son et Tra Kieû, dans l'actuel Quang Nam, qui correspondait à la province chame d'Amarâvati, perdra de son importance au milieu du VIIIème siècle, au profit du Khanh Hoa (la plaine de Nha Trang) et du Ninh Thuan (région de Phang Rang), plus au sud. Ces provinces méridionales du Vietnam, qui correspondaient aux provinces du Kauthara et du Pandurânga, abritent le plus grand nombre de sites archéologiques de l'ancien Champa. Le pays sera gouverné par une nouvelle dynastie, qui vénérera toujours le sanctuaire shivaïte du Po Nagar de Nha Trang, abritant un linga sous la forme de la représentation phallique du dieu.

Le Champa subira plusieurs incursions javanaises qui aboutiront à la destruction du premier sanctuaire du Po Nagar en 774. Le plus ancien monument debout du Champa (fin du VIIIème siècle ou du début du IXème) est un ensemble de trois tours-sanctuaires ou kalan en briques, à la cella carrée et à la haute toiture en encorbellement, se trouvant au Pandurânga (région du Ninh Thuan). Ils semblent influencés par l'art indo-javanais.

Le souverain Harivarman Ier, qui mènera des campagnes militaires dans le nord du pays en 703 et 809, étendra son autorité sur la région comprise entre Hué et Phan Ri. L'extension maximale du Champa correspondra au règne d'Indravarman II. Ce roi bouddhiste, qui revendiquera son pouvoir au nom des mérites acquis lors de ses existences antérieures, exprimera une dévotion particulière au boddhisattva Avalokiteshvara, le Seigneur qui regarde vers le bas et incarne la Compassion du Bouddha.

Indravarman II fera construire un temple et un monastère à Dông Duong, installés à l'intérieur d'une enceinte rectangulaire de 325 sur 155 mètres. Marqués par la prolifération d'arcatures ogivales et un abondant décor végétal, ces édifices nettement bouddhiques (tours-stûpa, vihara, grands autels adossés) seront ornés de nombreuses statues au service du bouddhisme du Mahâyâna (bouddhas, images de donateurs et gardiens de porte). Le type ethnique de la statuaire de Dông Duong, presque caricatural, semble être une exagération volontaire des traits chams, avec un nez très écrasé et des lèvres épaisses.

La capitale sera transférée à Indrapura, dans la province septentrionale d'Amaravâti. Indravarman III y règnera près de quarante ans. Une inscription de 918, qui le décrit comme un excellent connaisseur des textes sanskrits, pose le problème d'un retour, peut-être partiel, à l'hindouisme. Le souverain, qui repoussera les Khmers en 950, se rapprochera de la Chine qui continuera à recevoir régulièrement les ambassades chames porteuses d'un tribut symbolique. Le Dai Co Viêt, ancêtre du Dai Viêt, se proclamera indépendant de la Chine en 968. Le souverain vietnamien Lê Hoan, qui occupera une partie du Champa, détruira Indrapura en 982. Les Chams devront installer une nouvelle capitale à Vijaya, près de Binh Dinh, en 1000. Elle y restera jusqu'à la fin du XVème siècle. Cette offensive vietnamienne marquera le début du déclin du Champa.

Très progressivement annexé par le Dai Co Viêt, qui deviendra le Dai Viêt à partir de 1054, le petit royaume hindouisé devra céder trois provinces du nord à la dynastie vietnamienne des Ly en 1069. Réduit, le Champa survivra encore plusieurs siècles, protégé par son relief montagneux et privé de voies de communication. Harivarman IV (1074-1081) repoussera une tentative d'invasion vietnamienne avant d'entreprendre une expédition en pays khmer. Le développement de ce dernier royaume placera le Champa en étau entre deux ennemis, Dai Viêt au nord et Cambodge à l'ouest.

Suryavarman II, le roi des Khmers, s'emparera de Vijaya en 1145. Jaya Indravarman IV, après avoir usurpé le trône du Champa, attaque le Cambodge et s'emparera d'Angkor après avoir tué son souverain. Jayavarman VII, l'un des grands souverains du Cambodge, envahira le Champa qui deviendra une province khmère entre 1203 et 1220.

Les Chams et les Vietnamiens s'uniront entre 1260 et 1285 pour lutter contre les hordes sino-mongoles venues du nord, finalement battues par les troupes vietnamiennes.

Cette période médiévale sera marquée par le style de Mi Son A1, correspondant aux trois tours-sanctuaires de Khuong My. Les influences indonésiennes, de plus en plus nettes, expliquent la profusion de rinceaux et de personnages en position d'orants. La sculpture de cette période sera marquée par un adoucissement des traits, surtout lorsqu'on la compare à celle de Dông Duong, et par des visages plus souriants.

L'influence indo-javanaise à Tra Kiêu donnera naissance à un style empreint de souplesse et de douceur. Le style de Mi Son A1 sera suivi d'une longue transition, qui précédera le style du Binh Dinh qui simplifiera le décor architectural et produira une statuaire de plus en plus hiératique et austère. Les tours d'Argent, d'Or et d'Ivoire ainsi que les dragons de Thâp Mâm révèlent l'influence sino-vietnamienne, qui éclipse progressivement celle de l'Indonésie.

Le Champa, sous la dépendance du Dai Viêt au cours de la première moitié du XIVème siècle, retrouvera son indépendance sous Che Bong Nga. Le souverain mènera plusieurs campagnes militaires qui conduiront à la prise d'Hanoi en 1371. L'équilibre des forces, qui restera inchangées pendant près d'un siècle, basculera au profit du Dai Viêt lors de la prise de Vijaya. La Cochinchine, gouvernée par les Nguyên, étendra ses territoires vers le sud au cours du XVIIème siècle, amputant à chaque nouvelle conquête l'ancien royaume Champa.

Une petite région indépendante en théorie, correspondant au Khanh Hoa et au Ninh Thuân actuels, deviendra dans les faits un protectorat gouverné par un souverain sans pouvoir et sans argent, surveillé par gouverneur vietnamien. Les officiers de la frégate française Galathée, reçus en 1720, décrira un roi chaussé de petites bottines et portant une couronne de drap rouge. Un mandarin du royaume de Cochinchine se tenait à sa droite, au Bal Chanar de Phan Ri, dernier palais royal du Champa.

Les styles de Yang Mum, puis de Pô Rome, correspondent aux dernières périodes de la chronologie artistique du Champa, des XIVème au XVIème siècles. De facture assez médiocre, les sculptures représentent des divinités dont les jambes se réduisent parfois à un bloc de pierre triangulaire. Une forme abâtardie d'hindouisme se perpétuera avec les bijoux et parures de statues des trésors des rois chams. Des stèles funéraires, les kut, adoptent grossièrement une silhouette humaine.

De nombreux éléments semblent confirmer la persistance de l'hindouisme, en particulier l'existence d'un fourreau d'Epée Sacrée, qui rappelle le palladium du Cambodge. Le rite de la sâti, sacrifice des veuves sur le bûcher funéraire de leur époux, serait encore attesté au Champa au XVIIème siècle.

L'annexion définitive du Champa aura lieu en 1822, après la mort de Gia Long, réunificateur du Vietnam et fondateur de la dynastie impériale des Nguyên, par son fils Minh Mang. Le Vietnam maintiendra de manière purement formelle la présence des rois de Phan Ri. La dernière souveraine décédera en 1927. L'islam, introduit à partir des XVème et XVIème siècles, deviendra la religion de nombreux Chams, notamment dans les communautés installées à l'extérieur de leur pays d'origine.
Description   
Le musée Guimet est le seul en Europe à présenter une véritable collection sur le Champa, dont il ne reste qu'un nombre restreint d'édifices (souvent des tours) et des sculptures. Ces dernières sont principalement exposées dans les musées de Da Nang, d'Hanoi, de Hué et de Saigon.

On retrouvera plusieurs inscriptions faisant référence au royaume sous le nom de Campā (Tchampâ selon la prononciation restituée). Ce pays est désormais appelé le Champa, et ses habitants les Chams. Il s'étendra sur la côte orientale du Vietnam d'aujourd'hui, de la Porte d'Annam au nord à la région de Phan Thiêt (région du Binh Thuân), entre les IVème et XVIIème siècles. L'essentiel des connaissances de cette culture provient de l'archéologie et de l'étude des monuments, dont le plus grand nombre se situe dans l'actuelle province de Khanh Hoa, région de Nha Trang. Les vestiges, déjà en ruine au moment de leur inventaire systématique par l'Ecole Française d'Extrême-Orient au XIXème siècle, subiront d'importantes destructions au cours de la seconde moitié du XXème siècle. Certains édifices ne sont plus connus que par les photographies ou les croquis des années 1950-1960.

Le littoral indochinois est constitué de plaines côtières isolées les unes des autres qui abriteront de nombreuses principautés, le plus souvent rivales. Certaines d'entre elles parviendront à asseoir leur autorité par la force ou en revendiquant la possession de sanctuaires dédiés à Shiva. Les lieux saints les plus importants seront érigés à Po Nagar, près de Nha Trang, dans l'actuel Khanh Hoa, et à Mi Son, au sud de Da Nang, dans le Quang Nam.

Les apports de l'Inde enrichiront le fonds culturel local de manière pacifique. Plusieurs vagues de colonisateurs, installés sur le littoral de l'Indochine au début de l'ère chrétienne, auraient été formées d'une élite de marchands, brahmanes et nobles qui apporteront l'hindouisme et le sanskrit. Elles seront suivies par l'arrivée de moines bouddhistes d'origine indienne qui introduiront le Mahâyâna (Grand Véhicule). Cette colonisation partielle ne fera pas disparaître les caractères ethniques de population d'origine. La statuaire semble avoir volontairement accusé les caractères chams, sans doute pour se démarquer des stéréotypes indiens ou indonésiens.
Contenu de la section    Classement par : noms / artistes / nature / époques

Anonyme
Tympan
Relief
Prolongement du style de Thap Mam
du XIIIème au XIVème siècle

Anonyme
Statue
Style de Dong Duong
approx. de 875 à 920

Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle
Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle

Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle

Anonyme
Relief
Style de My Son A1
Xème siècle

Anonyme
Elément d'échiffre
Style de Thap Mam
approx. de 1180 à 1220

Anonyme
Relief
Style de Thap Mam
approx. de 1180 à 1220

Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle
Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle

Anonyme
Relief
Style de Thap Mam
approx. de 1180 à 1220

Anonyme
Statue
Style de Dong Duong
approx. de 875 à 920

Anonyme
Tympan
Relief
Style de Chanh Lô
approx. de 1180 à 1220

Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle
Anonyme
Pièce d'accent
Style de Tra Kieu
Xème siècle

Anonyme
Elément d'un décor architectural
Style de Tra Kieu
Xème siècle

Anonyme
Pièce d'accent
Style de Chanh Lô
approx. de 980 à 1120

Anonyme
Tympan
Relief
Style de My Son A1
vers Xème siècle

Anonyme
Statue
Transition entre le style de My Son A1 et le style de Thap Mam
du XIème au XIIème siècle
Anonyme
Relief
Style de Yang Mum
du XIVème au XVème siècle

Anonyme
Elément de chevet
Style de Dong Duong
approx. de 875 à 920
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