| Histoire |  |
 |
La datation du monument fait l'objet d'une controverse. On sait qu'il a été bâti au cours du IIe siècle avant Jésus-Christ. L'un des fragments de la dédicace porte l'inscription ΒΑΣΙΛΙΣΣ (Α), "reine". L'inscription désigne sans aucun doute Apollonis, femme d'Attale Ier et mère d'Eumène II et Attale II. Comme on ne connaît aucune dédicace commune à Attale Ier et Apollonis, on suppose qu'elle est désignée ici comme reine-mère : Eumène II et Attale II se désignent fréquemment comme les "fils du roi Attale et de la reine Apollonis". Le Grand Autel peut donc être daté après 197, date de la mort d'Attale Ier. Sur la base de poteries retrouvées dans les fondations, des commentateurs estiment que la construction est décidée vers 168-166 avant Jésus-Christ, au moment où la guerre contre les Galates prend fin. Cependant, on admet généralement que la décision d'entreprendre le projet se situe au début du règne d'Eumène II, après la paix d'Apamée de 188 avant Jésus-Christ — période où le royaume de Pergame atteint son apogée. On ignore combien de temps les travaux ont duré. Compte tenu de la finition parfaite de la Gigantomachie, il est probable qu'elle ait été exécutée en premier. Pour ce qui est de la frise de Télèphe, son inachèvement s'explique dans doute par la fin des Attalides, en 133 avant Jésus-Christ.
Il semblerait que l'autel avait disparu au XIIIe siècle, lorsque Théodore Lascaris futur empereur de Nicée visita les ruines de Pergame : il n'en fait aucune mention dans ses lettres. Charles Robert Cockerell en 1811 ne vit que des fragments d'un temple que les habitants des villages voisins transformaient en pierres tombales.
L'architecte allemand Carl Humann avait déjà travaillé sur Samos, où il avait participé aux fouilles de l'Héraion en 1861, lorsqu'il passa une première fois à Pergame en 1864. Il entra au service de son frère qui avait obtenu le droit de construire des routes dans l'ouest de l'Empire ottoman. Il devint chef d'une équipe de 2.000 ouvriers, 1000 boeufs, 500 chameaux, chevaux et mules et il s'installa à Pergame en 1868.
En 1871, lorsqu'Ernst Curtius, le grand archéologue allemand, lui rendit visite, il avait déjà dégagé un certain nombre de sculptures qui semblaient constituer une série. Curtius l'encouragea à les faire parvenir à Berlin.
En décembre 1871, dans un mur byzantin de l'acropole de Pergame, on trouva un panneau de marbre avec la figure sculptée d'un géant. Humann reconnut qu'il était en présence d'un chef d'oeuvre, même s'il croyait que la frise provenait du temple d'Athéna tout proche. Le panneau fut envoyé immédiatement à Berlin. En 1877, Alexander Coze, nouveau directeur de la collection de sculptures du Musée de Berlin, trouva chez Lucius Ampelius une référence à un "Autel des Géants", permettant ainsi une identification précise. Conze s'empressa d'écrire à Humann pour en faire son représentant sur place afin de retrouver les autres parties de l'autel.
En août 1878, le gouvernement allemand obtint un firman des Ottomans lui permettant de fouiller sur l'acropole de Pergame. Un premier accord fut signé : un tiers des trouvailles pour le propriétaire du terrain, un tiers pour le découvreur et un tiers pour l'État ottoman. L'ambassadeur réussit d'abord à obtenir les deux premiers tiers pour Berlin. Suite à un nouvel accord entre l'Allemagne et l'Empire ottoman, les pièces de l'Autel furent déplacées à Berlin à partir de 1879. Le gouvernement ottoman souhaitait d'abord que les découvertes fussent partagées, mais l'influence allemande, la faiblesse politique de l'Empire ottoman suite à sa défaite contre la Russie, le rôle de médiateur joué par Bismarck lors du congrès de Berlin, et un paiement de 20 000 marks permirent à l'Allemagne de récupérer l'intégralité des pièces.
Les fouilles se déroulèrent en trois campagnes : 1878-1879 ; 1880-1881 et 1883-1886. La première campagne débuta le 9 septembre 1878 par l'ouverture d'une tranchée entre la muraille byzantine et la muraille attalide. Le 24 septembre, dix-sept panneaux avaient été découverts. Fin décembre, c'était 39 panneaux de la Gigantomachie et 4 de la frise de Télèphe, près de 800 fragments, une dizaine de statues et trente inscriptions qui avaient été révélés. 1 800 mètres-cubes de terre avaient été déplacés[. Avant 1901 et la construction du "Musée de Pergame" de Berlin, 94 panneaux de la frise et 2000 fragments furent découverts. Il fallait une demi-journée à vingt hommes pour faire descendre un panneau depuis l'Acropole.
Si Humann réussit très rapidement à se faire une idée du plan de l'autel, grâce à la position de la frise, il fallut cependant attendre longtemps, et le dégagement complet de celle-ci pour trouver le premier vestige architectural. Il fallut 1300 jours de travail pour dégager l'autel du mur byzantin. Humann fit même construire une route pour faciliter l'évacuation des marbres. Il la fit détruire ensuite, pour qu'elle ne profitât à personne d'autre. Une nouvelle jetée fut construite pour permettre l'embarquement. Pour éviter que les Ottomans ne voient réellement ce qui avait été découvert, Humann laissa le ciment byzantin sur la frise et la fit transporter face vers le bas. Il réussit aussi à acheter les quelques fragments qui avaient été découverts plus tôt par d'autres et qui étaient à Constantinople.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Grand Autel fut caché dans les caves de la Reichsbank, puis dans un abri anti-aérien du Tiergarten. En 1945, les Soviétiques s'en emparèrent. Il fut alors exposé au musée de l'Ermitage à Leningrad (maintenant Saint-Pétersbourg). Le musée de Pergame étant dans la zone d'occupation soviétique, le Grand Autel fut restitué en 1958.
Source Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Autel_de_Pergame
Texte soumis à la licence GNU : http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html |
| Description |  |
 |
L'autel suit le schéma traditionnel de la Grèce de l'Est : il consiste en une vaste plate-forme entourée d'un mur doublé d'une colonnade ionique. De chaque côté de l'estrade, une aile enserre l'escalier monumental menant à une cour fermée, ceinte d'une colonnade extérieure, où devaient se dérouler les sacrifices. Suivant la tradition ionienne, la table de l'autel est placée sur une large base à degrés qui, ici, fait corps avec l'ensemble architectural.
Les frises de l'estrade représentent sur 110 mètres de longueur une gigantomachie, c'est-à-dire le combat entre les Géants, fils de Gaïa, et les dieux de l'Olympe. Les frises des murs de la cour, hautes de 1 mètre 10 pour 90 mètres de long, représentent l'histoire de Télèphe, fils d'Héraclès et fondateur légendaire de Pergame. Enfin, sur le toit des colonnades, des acrotères prennent la forme de chevaux, griffons ou lions. Une reconstitution récente suggère que des statues occupaient les entrecolonnements. Ainsi, le groupe dit des "Petits Gaulois" ou "Petits Galates" pourrait être placé sur la bordure de l'autel. Malgré cette profusion, l'oeuvre est incomplète : certaines décorations des colonnades supérieures et la frise de Télèphe sont inachevées.
Les vestiges de l'inscription dédicatoire de l'architrave ne permettent pas de savoir à quelle divinité il était consacré : on donne à l'autel le nom conventionnel de "Grand Autel". Les hypothèses les plus vraisemblables mentionnent Zeus, Athéna - protectrice de Pergame - les deux divinités ensemble ou encore les douze dieux de l'Olympe. La littérature ne vient pas ici au secours de l'archéologie : malgré le caractère exceptionnel de l'oeuvre, seul un certain Lucius Ampelius, dont l'activité se situerait au IIIe siècle après Jésus-Christ, en fait mention. Son témoignage n'apporte rien de neuf à notre connaissance du monument. |