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Insecula > Jean-Désiré-Gustave Courbet
Jean-Désiré-Gustave Courbet
Naissance : Ornans, 1819 - Décès : La Tour-de-Peilz, 1877
Gustave Courbet est un peintre réaliste français. Engagé dans les mouvements politiques de son temps, il a été l'un des élus de la Commune de 1871.

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Biographie   
D'un profil assyrien et hongrois, buvant fort, parlant dru, pérorant, vaniteux, hâbleur, d'une truculence affichée, dont les outrances entretiennent la chronique scandaleuse dont Baudelaire s'afflige, mais sa correspondance révèle des traits plus subtils et sa peinture ne reflète nullement une nature aussi fruste. D'autre part, très attaché à son terroir natal, Gustave Courbet peindra plusieurs oeuvres telles que Un enterrement à Ornans, ou encore Le Chêne de Flagey, (également intitulé "Le Chêne de Gwenole"). Flagey est un village proche d'Ornans et dont la famille Courbet est originaire.

Courbet a été l'élève de Charles-Antoine Flajoulot à l'école des Beaux-arts de Besançon. Il fut invité par Eugène Le Poittevin dans sa maison d'Étretat en 1869.

Le Peintre
Comme les anciens maîtres, Gustave Courbet enduisait sa toile d'un fond sombre, presque noir, à partir duquel il remontait vers la clarté. Proudhon, le théoricien socialiste (et l'homme qu'il admira le plus) aurait voulu faire de lui un peintre prolétarien mais hormis les casseurs de pierre, pas d'ouvriers sur ses toiles et, somme toute, bien peu de paysans.

Deux tableaux feront beaucoup parler de lui : Un enterrement à Ornans (1850) et L'Origine du monde (1866). Courbet n'hérite de personne et n'aura pas de disciple.

La colonne Vendôme
Ses idées républicaines et socialistes lui font refuser la Légion d'Honneur proposée par Napoléon III. Après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, il est nommé président de la commission des musées et délégué aux Beaux-Arts. Il propose, au Gouvernement de la Défense nationale le déplacement de la Colonne Vendôme, qui évoque les guerres napoléoniennes, aux Invalides. Soutenant l'action de la Commune de Paris, il est élu au Conseil de la Commune par le VIe arrondissement. Aux élections complémentaires du 16 avril 1871, il siège à la commission de l'Enseignement et vote contre la création du Comité de Salut public, il signe le manifeste de la minorité. La Commune décide le 13 avril d'abattre et non de déboulonner la Colonne Vendôme. Courbet propose alors, puisqu'il a eu en premier l'idée d'enlever cette colonne, de payer les frais de sa réparation. Après la Semaine sanglante il est arrêté le 7 juin 1871, et le 3e conseil de guerre le condamne à six mois de prison et 500 francs d'amende.

Mais en mai 1873, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac-Mahon, décide de faire reconstruire la Colonne Vendôme aux frais de Courbet (soit plus de 323 000 francs selon le devis établi). Lui qui fut riche (une toile importante de lui se vendait quinze mille francs, soit dix ans du salaire d'un ouvrier), le voilà acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. Il s'exile en Suisse, à La Tour-de-Peilz, près de Vevey. Courbet obtient de payer près de 10.000 francs par an pendant 33 ans! Il meurt avant d'avoir eu à verser la première annuité.

Courbet et la Suisse (1873-1877)
Après quelques semaines passées dans le Jura (Le Locle, La Chauds de Fonds, Neuchâtel), à Genève et dans le Valais, Courbet se rend compte que c'est sur la Riviera lémanique, grâce aux nombreux étrangers qui y séjournent, qu'il aura le plus de chance de nouer des contacts et de trouver d'éventuels débouchés pour sa peinture. Il séjourne brièvement à Veytaux (Château de Chillon), Clarens et Montreux, puis jette son dévolu sur la petite bourgade de La Tour-de-Peilz (au bord du lac Léman) et s'installe dans une maison au bord du lac du nom de Bon Port. Ce sera le port d'attache des dernières années de sa vie. De là, il circule beaucoup et les rapports que des espions (infiltrés jusque parmi la colonie des proscrits de la Commune de Paris) envoient à la Police française nous renseignent sur ses nombreux contacts et ses innombrables déplacements (Genève, Fribourg, la Gruyère, Interlaken, Lucerne, Martigny, Loèche-les-Bains, La Chaux de Fonds, etc...). Contrairement à ce qu'ont affirmé presque tous ses biographes, Courbet n'est ni malade, ni alcoolique, ni improductif durant les premières années de son exil. Il écrit à sa soeur en 1876:

"Ma chère Juliette, je me porte parfaitement bien, jamais de ma vie je ne me suis porté ainsi, malgré que les journaux réactionnaires disent que je suis assisté de cinq médecins, que je suis hydropique, que je reviens à la religion, que je fais mon testament, etc... Tout cela sont les derniers vestiges du napoléonisme, c'est le Figaro et les journaux cléricaux."

Même si le peintre tente peut-être de rassurer sa famille dans ces lignes, en cachant sa mélancolie de ne pouvoir retourner en France, sa vie en Suisse est bien remplie: il peint, sculpte, expose et vend ses oeuvres; il se bat pour organiser sa défense face aux attaques du gouvernement de l'"Ordre moral" et obtenir justice auprès des députés français; il participe à de nombreuses manifestations (fêtes de gymnastique, de tir et de chant); il est accueilli dans de nombreux cercles démocratiques confédérés et dans les réunions de proscrits. Comme par le passé, il organise sa propre publicité et entretient des rapports sociaux tant dans les cafés qu'avec les représentants de l'establishment du pays qui l'accueille. Courbet a toujours cultivé son image de lutteur bon vivant et de "buveur de chope". Son naturel optimiste, cache pourtant une sensibilité à fleur de peau. Il s'analysait finement dans une lettre à Alfred Bruyas, son ami et protecteur des années 1850, en disant:

"Avec ce masque riant que vous me connaissez, je cache à l'intérieur le chagrin, l'amertume et une tristesse qui s'attache au coeur comme un vampire".

Ces dispositions le rendent évidemment extrêmement vulnérable et expliquent ce continuel va-et-vient entre un optimisme de façade et une secrète tendance à l'abattement. Ce trait de sa personnalité n'est pas apparu subitement pendant l'exil: la tonalité sombre de sa peinture, son goût pour les grottes et les gorges ainsi que les nombreux autoportraits (en blessé, en désespéré) qui jalonnent son oeuvre en témoignent. Toute sa vie Courbet a cultivé son indépendance (artistique, sociale et familiale) et la liberté qui en découle a toujours eu son pendant: la solitude. Elle est d'autant plus sensible maintenant qu'il est déraciné.

"Il lui manquait, avec le repos de l'esprit, deux choses sans lesquelles un artiste ne se conserve pas longtemps: des modèles et des appréciateurs".

Ce jugement d'un ami du peintre, le critique Jules Antoine Castagnary, n'est pas dénué de fondements car la vie artistique en Suisse n'était en rien comparable à la vie parisienne.

Exposer quelques oeuvres à Lausanne, Berne ou Aarau aux côtés des peintres locaux n'est pas aussi prestigieux qu'une présentation au Salon de peinture de Paris en compagnie d'artistes célèbres. Heureusement, il reçoit des encouragements de l'étranger: en 1873, invité par l'association des artistes autrichiens, il expose 34 tableaux à Vienne en marge de l'Exposition Universelle; le peintre James Whistler le contacte pour exposer des oeuvres à Londres; aux Etats-Unis, il a sa clientèle et il expose régulièrement à Boston depuis 1866. Plusieurs peintres du pays lui rendent fréquemment visite à La Tour et peignent à ses côtés (Auguste Baud-Bovy, François Furet, François Bocion) ou exposent leurs tableaux dans les mêmes expositions (Ferdinand Hodler). Des marchands, comme l'ingénieur exilé Paul Pia à Genève, proposent régulièrement à la vente des oeuvres du peintre franc-comtois.

La demande de tableaux était tellement importante depuis 1872 que Courbet ne pouvait suivre et s'était assuré la collaboration d'"aides" qui préparaient ses paysages. Il renouait ainsi avec l'ancienne tradition de l'atelier où maître et élèves collaboraient, non sans quelques similitudes avec la division du travail pratiquée dans les ateliers de "petits-maîtres" suisses d'estampes topographiques. Courbet ne faisait aucun mystère de ce mode de production. On sait, en outre, que Courbet n'hésitait pas à signer de temps à autre un tableau peint par l'un ou l'autre de ses collaborateurs... Pure provocation de sa part, mais qui est parfaitement cohérente avec ce qu'il a tenté toute sa vie: briser les hiérarchies, ruiner l'esprit de sérieux et semer le trouble parmi les connaisseurs distingués. Ceci explique le peu de sympathie que beaucoup de critiques et d'historiens de l'art, obnubilés par l'"oeuvre originale", manifestent vis à vis de cette production "industrielle". Mais d'autres raisons entrent généralement aussi en ligne de compte dans cette antipathie: on ne lui pardonne pas ses prises de position "communiste", son acharnement à se faire rendre justice, ses provocations tonitruantes, son refus de la légion d'honneur, ses tableaux qui mettent en scène des gens du commun (casseurs de pierres, prostituées, paysans, mendiants, etc.).

Courbet a toujours cultivé le paradoxe; il en va de même durant l'exil: il travaille simultanément pour Madame Arnaud de l'Ariège dans son château des Crètes à Clarens et donne des tableaux pour des tombolas de sinistrés et d'exilés; il réfléchit à un projet de drapeau pour le syndicat des typographes à Genève et exécute le portrait d'un avocat lausannois, le député radical Louis Ruchonnet (futur conseiller fédéral); il converse avec Henri Rochefort et Madame Charles Hugo à La Tour-de-Peilz et, quelques jours après, il joue le rôle de porte-drapeau d'une société locale lors d'une fête de gymnastique à Zurich. Son oeuvre n'échappe pas non plus à ce continuel va-et-vient entre une trivialité proche du kitsch et un réalisme poétique, entre des tableaux "bâclés" et des oeuvres achevées. Cette production inégale n'est pas limitée à la période d'exil, mais elle s'accentue depuis la menace qui pèse sur le peintre de devoir payer les frais exorbitants de reconstruction de la Colonne, l'entraînant à produire de plus en plus. Cela a incité de nombreux faussaires à profiter de la situation et, déjà du vivant de l'artiste, le marché de l'art a été envahi d'oeuvres attribuées à Courbet dont il est difficile d'apprécier l'originalité. Il est néanmoins important de contester l'affirmation de bien des historiens qui considèrent que Courbet n'a plus rien produit de bon depuis la Commune et que son oeuvre postérieur à 1873 est insignifiante.

Les circonstances (guerre et exil), les procès, l'étroitesse de l'espace culturel du pays qui accueille le peintre, l'éloignement de Paris sont autant de facteurs qui ne l'incitent guère à réaliser des oeuvres de l'importance de celles des années 1850. Mais dans ce contexte défavorable, Courbet a pourtant la force de peindre des portraits de grande qualité (Régis Courbet père de l'artiste, Petit-Palais, Paris), des paysages largement peints (Léman au coucher du soleil du Musée Jenisch à Vevey et du Musée des Beaux-Arts à Saint-Gall), quelques Château de Chillon puissants (comme celui du Musée Gustave Courbet à Ornans), pour ne donner que quelques exemples bien connus. Il s'attaque même en 1877, en prévision de l'Exposition Universelle de l'année suivante, à un Grand panorama des Alpes (The Cleveland Museum of Art) resté partiellement inachevé, mais dont la maîtrise prouve, si besoin était, que Courbet a conservé ses facultés de peindre les forces élémentaires de la nature alpestre comme il peignait les vagues de l'océan. Il aborde également la sculpture et, bien que cela ne soit ni sa technique de prédilection, ni le domaine dans lequel il innove, les deux réalisations de ces années d'exil, la Dame à la mouette et Helvétia sont intéressantes à plus d'un titre.

Par solidarité avec ses compatriotes exilés de la Commune de Paris, Courbet refusa toujours de retourner en France avant une amnistie générale. Sa volonté fut respectée et son corps fut inhumé à La Tour-de-Peilz dans les premiers jours de 1878. Dans Le Réveil du 6 janvier, Jules Vallès rendra un vibrant hommage au peintre et à "l'homme de paix":

" ... Il a eu la vie plus belle que ceux qui sentent, dès la jeunesse et jusqu'à la mort, l'odeur des ministères, le moisi des commandes. Il a traversé les grands courants, il a plongé dans l'océan des foules, il a entendu battre comme des coups de canon le coeur d'un peuple, et il a fini en pleine nature, au milieu des arbres, en respirant les parfums qui avaient enivrés sa jeunesse, sous un ciel que n'a pas terni la vapeur des grands massacres, mais, qui, ce soir peut-être, embrasé par le soleil couchant, s'étendra sur la maison du mort, comme un grand drapeau rouge".

Source Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gustave_Courbet
Texte soumis à la licence GNU : http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html

Ami de Louis Eugène Boudin, Charles Émile Auguste Durand (Carolus-Duran), Honoré-Victorien Daumier, Jean-Baptiste Camille Corot, Aimé Jules Dalou et Edouard Manet En relation avec Emile Zola
Réalisation(s)   
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