 |  |  Milet
Ce grand port qui se développera à l'embouchure du Grand Méandre (Büyül Menderes) est peut-être l'ancienne Millawanda citée par les textes hittites. Les fouilles archéologiques livreront le témoignage de l'existence d'une cité mycénienne au XIVème siècle avant Jésus-Christ. La ville sera colonisée par des Grecs exilés du continent conduits par Néléus, fils du roi d'Athènes Kodros, au IXème avant notre ère. Elle résistera à l'invasion des Cimmériens au VIIIème siècle avant Jésus-Christ, connaîtra son apogée au cours des deux siècles suivants, et adoptera successivement la monarchie, l'oligarchie, l'aristocratie ainsi que la tyrannie avec Thrasybule de Milet, celui qui fera alliance avec le roi Alyatte de Lydie.
La cité deviendra l'une des plus puissantes cités de la confédération ionienne, les douze cités-états, formant le Dodécapole. Elle fondera de nombreuses colonies sur les rivages de la mer de Marmara et de la mer Noire (Abydos, Cyzique, Cius, Byzance, Sinope, Trapezonte, Odessos, Olbia) et disposera d'un quasi-monopole sur le Pont-Euxin.
Si Ephèse et Colophon seront elles aussi assez puissantes pour frapper monnaie, Milet donnera le jour à de brillants esprits parmi lesquels Thalès, auteur du fameux théorème, Anaximandre et Anaximène, Hécatée de Milet, historien et géographe, Hippodamos de Milet, urbaniste révolutionnaire auteur du premier plan "en damier" appliqué à la ville. Plus tard, l'architecte Isidore se chargera de l'édification de Sainte-Sophie à Constantinople. L'alphabet de Milet deviendra celui du monde grec.
Histoire
La rébellion ionienne de 494 avant Jésus-Christ, menée par le tyran Aristagoras et Histiée, prendra naissance à Milet. L'armée de Darius, roi des Perses, détruira la flotte ionienne au cours de la bataille de Lade, rasera la cité et déportera ses habitants en Mésopotamie.
Les habitants de la cité, libérée en 479 avant Jésus-Christ demanderont à Hippodamos de dessiner les plans d'une nouvelle ville. Acquis au pythagorisme et héritier de Thalès, ce dernier était le descendant de l'école philosophique de Milet.
Construite sur une presqu'île d'environ de trois kilomètres de longueur et large en moyenne de huit cents à mille mètres, Milet sera séparée du continent par un isthme et protégée par de hauts murs d'enceinte. Les quatre baies qui l'entourent formeront plusieurs ports naturels. L'entrée du port du nord-est, qui constituait le coeur de la cité, sera protégée par deux lions colossaux.
L'architecte, libéré des contraintes d'un bâti existant qu'il fallait préservé, témoignera de l'originalité de ses idées (division de la ville en zones, régularité du tracé, adaptation à la situation géographique), qui feront de lui un précurseur de l'urbanisme fonctionnel. Il dessinera la première ville pensée géométriquement, conçue pour 5.040 habitants répartis en trois classes (artisans, agriculteurs et soldats) et divisée en trois partie, la première étant sacrée, la deuxième publique (avec les combattants), la troisième privée (avec les agriculteurs).
L'architecte placera une acropole au centre de la ville d'où partiront douze axes ("les plateiai") qui recouperont des transversales et formeront des éléments d'un damier. L'espace urbain sera ainsi divisé en zones à vocation publique ou privée. L'emplacement et l'étendue des zones destinées aux activités politiques, économiques, sociales, religieuses sont fixés d'après leur fonction. Un nombre d'îlots sont ainsi réservés, selon les conditions topographiques, pour les sanctuaires, les agoras et places marchandes, les édifices de représentations et de concours, théâtres, gymnases ... les édifices politiques et administratifs.
Les rues droites et les places rondes borderont des maisons strictement identiques destinées à des citoyens à part entière. Milet n'abritera ni esclaves, ni pauvres et ni d'artistes. Ces derniers, selon lui, sont des gens imprévisibles, générateurs de désordre.
Mausole s'empara de la cité qui passera ensuite sous le contrôle de Sparte puis des Perses, avant qu'Alexandre le Grand s'en empare en 344 avant Jésus-Christ. La cité sera intégrée dans l'empire séleucide, avant de passer sous la domination de Pergame puis de Rome. Saint Paul y séjournera en 57, au retour de sa troisième mission. Milet, qui prendra le nom d'Ania à l'époque byzantine, deviendra, au début de l'ère chrétienne, siège d'un évêché. L'envasement définitif de son port, au XVIème siècle, entraînera la désertion de la cité par ses habitants.
Département : Carie Région : Ionie Pays : Turquie
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